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Mathieu Bock-Côté, le conservateur venu du froid

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Publié le

7 avril 2018

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© Laszlo Kovacs pour L’Incorrect

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Intellectuel reconnu au Canada, et détracteur redouté du multiculturalisme à la Trudeau, Mathieu Bock-Côté défend une Alternative crédible pour une droite en quête d’intelligence.

 

Fier de son héritage et de sa culture, et profondément attaché à sa « petite nation », comme il l’appelle en citant la belle formule de Milan Kundera, Mathieu Bock-Côté a rejoint très tôt le Parti Québécois, le principal parti qui luttait pour l’indépendance du pays. Pourtant, le militant a vite ressenti un besoin de parler en son nom propre, en tant qu’universitaire et intellectuel, et non plus au nom d’un appareil. Ses aspirations à une vie intellectuelle ambitieuse et structurée se heurtaient en effet à l’étroitesse inhérente aux partis, dans lesquels la liberté de parole est toujours conditionnée. Pour autant, Mathieu Bock-Côté nuance, sans la renier, la critique radicale que Simone Weil a développée dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Selon lui, les partis demeurent incontournables dans un régime démocratique. Parce que la contradiction est une nécessité de la vie politique, parce qu’il n’y a qu’elle pour faire jaillir, peu à peu et subtilement, les aspirations des âmes individuelles.

Mathieu Bock-Côté nuance, sans la renier, la critique radicale que Simone Weil a développée dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques.

Dans la bibliothèque de son père, à côté de Raymond Aron ou de Julien Freund, il découvre deux compatriotes: Maurice Séguin (1918-1984), historien des deux Canadas, le francophone et l’anglophone, et théoricien de la nécessité de l’indépendance ; et le sociologue Fernand Dumont (1927-1997), penseur de la « Révolution tranquille » qui bouleversa la société québécoise dans les années 1960. C’est d’ailleurs vers la philosophie puis un doctorat de sociologie politique que se tournera l’étudiant Bock-Côté, pour revenir à l’observation du réel, après avoir soupé du libéralisme procédural à la John Rawls. Pourquoi ce choix ? Pour étudier les conditions de la communauté politique, à la fois dans leurs constantes civilisationnelles et dans leurs adaptations face à la modernité. Pour « penser l’histoire qui se fait », comme disait Aron, avant de penser comment l’histoire « devrait se faire ».

 

Lire aussi : Nicolas Diat, un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines.

 

Celui que les médias des deux côtés de l’Atlantique s’acharnent à étiqueter comme un « conservateur » se dit plutôt « moderne sceptique ». La modernité, il l’accepte comme l’élan d’émancipation qui a permis une vraie démocratie formée d’hommes désireux de délibérer sur les conditions de leur existence commune. Ce qu’il vilipende, en revanche, c’est le fondamentalisme d’une modernité qui s’érige comme l’aboutissement de l’histoire humaine, en se coupant de tout ce qui lui est antérieur et de toute transcendance. Pour notre Québécois, qui ne se dit pourtant pas chrétien, la condition de la liberté politique pour l’individu est justement cette disposition à la transcendance : on ne reste jamais totalement inféodé à l’ordre social établi quand on s’enracine dans une histoire humaine longue, antérieure à tout ordre idéologique et tournée vers une finalité qui n’appartient pas au monde terrestre.

Ce qu’il vilipende, c’est le fondamentalisme d’une modernité qui s’érige comme l’aboutissement de l’histoire humaine, en se coupant de tout ce qui lui est antérieur et de toute transcendance.

Ce pourfendeur inlassable de Justin Trudeau pense la laïcité à la française comme une réelle plus-value comparée au monde anglo-saxon où le multiculturalisme, libertaire à l’extrême, disqualifie arbitrairement, au nom du « progrès » et de « l’ouverture » les questions d’identité et de laïcité. Mais il y met quelques conditions bien affirmées: que la laïcité ne soit jamais absolutisée en principe, mais reste au contraire un mode d’organisation de la cité ; qu’elle cesse de parler des « religions » en général pour s’affirmer plutôt comme une « catho-laïcité », qui vient rappeler, face au défi posé par l’islam, que le catholicisme est en France un principe de civilisation et un marqueur fondamental.

On ne reste jamais totalement inféodé à l’ordre social établi quand on s’enracine dans une histoire humaine longue, antérieure à tout ordre idéologique et tournée vers une finalité qui n’appartient pas au monde terrestre.

Pour l’heure, Bock-Côté élève sa voix aux mélodieuses inclinations québécoises pour s’adresser à la droite française ; si celle-ci veut s’élever face à Macron, il lui faut des arguments à la hauteur du discours de l’Élysée. Ce dont notre président europhile a besoin, ce n’est pas de critiques circonstancielles, mais d’une solide opposition philosophique qui propose une autre conception de l’histoire de France.

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