Le philosophe Jean Vioulac, auteur de livres fort importants pour comprendre notre époque, déçoit avec cette Métaphysique de l’Anthropocène. Il s’efforce de penser la négativité essentielle de l’homme, sa capacité à détruire, via le concept scientifique d’« Anthropocène ». Partant d’une anthropologie évolutionniste selon laquelle l’homme est « l’animal désanimalisé », qui introduit dans l’être du néant par sa conscience, Vioulac veut faire l’histoire philosophique du déploiement de cette négativité. Son analyse de la Grande Guerre est passionnante, en tant qu’il y voit « l’Apocalypse de la Modernité », qui manifeste la violence et la puissance d’anéantissement propre à l’époque.
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Mais ensuite il recherche l’origine du totalitarisme annihilant et la trouve dans la métaphysique platonicienne puis sa réalisation effective dans l’Église médiévale, ce qui est beaucoup moins convaincant, aussi peu que sa lecture philosophique, psychanalytique et athée du christianisme comme anarchisme ontologique. Sans doute est-ce un problème de méthode : ses analyses de philosophie de l’histoire sont très riches, mais ses présupposés historicistes anti-métaphysiques implicites limitent l’ampleur de ses vues. Reste que l’effort de penser notre époque philosophiquement est louable.

MÉTAPHYSIQUE DE L’ANTHROPOCÈNE, JEAN VIOULAC, PUF, 368 p., 17,99 €





