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Anissa B. : Ministre de nos intérieurs

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Publié le

26 janvier 2021

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Anissa B. est architecte d’intérieur, designer et peintre. L’Atelier Dinanderie, son cabinet de création et conseil, n’a jamais autant été sollicité, maintenant que chacun est calfeutré. L’enjeu a été de se réinventer face à une situation inédite.
Annissa©Benjamin_de_Diesbach-1

Repenser totalement l’organisation de son entreprise, devoir faire confiance à des professionnels inconnus, se constituer un réseau plus local. Rouennaise d’origine, parisienne de cœur, elle exerce en Normandie, Paris et Île-de-France depuis une décennie. Sa première émotion artistique a été la Piéta de Michel-Ange : « J’ai ressenti à quel point Michel-Ange y a retranscrit la piété et la puissance de la foi universelle ! Je n’avais aucune connaissance digne de ce nom en art. Ce fut un déclic ».

C’est ce goût de l’art qu’elle ins­tille intra-muros, en invitant le sacré dans nos intérieurs afin de transcender le quotidien. Cette recherche du sacré s’oppose à l’utili­taire. Pour cette raison, l’intervention d’une œuvre picturale a beaucoup de sens au sein du lieu de vie. La première fois qu’elle réalise une fresque murale de façon impulsive, c’était sans l’aval de son client, prête à repeindre le mur en blanc au moindre sourcillement. Le proprié­taire a exprimé ce que d’autres éprouve­ront à leur tour : « Je ne me serais jamais autorisé à posséder une œuvre ! Hors de question de la faire dis­paraître ». Les gens pensent « déco » alors qu’inconsciem­ment ils veulent vivre l’expérience numineuse d’une relation affective au sacré.

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Plusieurs de ses clients sont en recherche d’initiation : l’art pictural demeure élitiste. Pour Anissa, il ne s’agit pas forcément une question de porte-monnaie mais de sensibilité. Il est aussi question de musique : « Elle permet de se relier au sacré en une connexion rapide et garantie ». Elle qui se rêvait musicienne se sert de son métier pour insérer de la musicalité au quotidien. Une façon de poser ou bous­culer les matières sur la toile dans le rythme des transferts d’énergie. La musique minimaliste et le rock indépendant, de Philip Glass et Ruichi Sakamoto en passant par Sonic Youth et David Bowie, sont à son sens l’expression contemporaine d’une forme brute, linéaire et intelligente.

Restauration et réparation requièrent humilité et sincérité, sans lesquelles une bonne connaissance de la technique et des arts ne seraient rien. « Je suis touchée par la menace de disparition qui pèse sur toute chose qui a eu une histoire, surtout après avoir été d’une grande utilité. Constater l’état de délabrement d’un édifice prestigieux ou l’obsolescence d’une belle pièce de mobilier utilitaire est toujours un déchirement. Je ne peux m’empêcher d’avoir des réflexes protecteurs et une intention de rénovation ! » En « touchant » au quotidien, elle approche l’intime. En changeant la forme, elle change nécessairement le fond. L’architecte d’intérieur est le garant de projets qui sont parfois ceux d’une vie.

En changeant la forme, elle change nécessairement le fond. L’architecte d’intérieur est le garant de projets qui sont parfois ceux d’une vie

Un pro­fond désir de changement, souvent ancré dans le fait que le quotidien tue. Il n’est pour autant pas aisé de bousculer un agencement qui a une mémoire. Ni de redynamiser un espace quotidien qui ne convient plus. Il faut aller à l’essentiel, éliminer pour illuminer. « Je m’assois au milieu des pièces, et j’observe à 180°. Le lieu et le donneur d’ordre livrent leurs envies. J’ai de la chance si l’on me donne carte blanche ». La remise des clés est un moment d’adrénaline sans nom. Elle traque la moindre réaction. La beauté et la raison d’être de ce métier résident en cet instant précis : « À ce moment, on sait si la magie a opéré ».

Anissa vient de sauver la mise à un bâtiment du XVIIIe siècle au cœur du Vieux Rouen. Un défi grisant malgré des travaux titanesques : conserver l’âme ancienne tout en l’inscrivant dans un registre contemporain. « Quel vertige de faire ressurgir les murs anciens, de récupérer sols et poutres d’origine, disparus. Pour l’atelier, j’ai dessiné une énorme verrière en ferronnerie d’art afin d’accueillir la marquise d’époque que j’ai revêtue de verre armé. C’est un bijou niché secrètement dans une cour intérieure arborée ». Elle aime particulièrement la nuit, propice à la concentra­tion : « La nuit, il existe un silence dérangeant très arran­geant ». Anissa porte un regard simple sur son ouvrage et son relationnel : « Je travaille l’instant à l’instinct ». L’archi­tecte oublie le diktat de la tendance, met un point d’honneur à trouver le « parent pauvre » de l’espace pour y insérer liberté et circulation : « En peinture ce n’est pas le même rap­port, l’architecture s’achève, la peinture, rien de moins sûr »

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