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Olivia Ruiz, l’arrogance et la médiocrité

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Publié le

22 septembre 2020

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois. L’Incorrect tient à votre hygiène mentale, voici la rubrique Antipop.

Cet été, sur France Inter, la chanteuse Olivia Ruiz parlait de son premier roman où elle évoque sa grand-mère immigrée et la destinée des réfugiés espagnols du franquisme. Cela la conduisit à émettre certaines considérations historiques et culturelles qui me surprirent, quoiqu’elles relèvent finalement de la bouillie idéologique la plus commune. Son rayonnement, la France ne le tenait sûrement pas de sa francité, disait-elle en substance, laquelle n’aurait jamais séduit personne, mais, bien sûr, des nombreuses vagues d’immigration qui avaient fait bourgeonner notre pays tel un engrais formidable. En somme : non, évidemment, ce ne sont pas les bâtisseurs de cathédrales, les vignerons de la Champagne, saint Louis, Racine, Victor Hugo, Arthur Rimbaud ou Brigitte Bardot, si banalement autochtones, qui ont permis à la France d’éblouir plusieurs fois le monde, mais… les gens comme Olivia Ruiz et sa mamie.

En somme : non, évidemment, ce ne sont pas les bâtisseurs de cathédrales, les vignerons de la Champagne, saint Louis, Racine, Victor Hugo, Arthur Rimbaud ou Brigitte Bardot, si banalement autochtones, qui ont permis à la France d’éblouir plusieurs fois le monde, mais… les gens comme Olivia Ruiz et sa mamie

Que ces derniers aient pu significativement contribuer à notre rayonnement selon l’effet cinétique d’un cercle vertueux me paraît évident, mais l’inversion de causalité concluant sur cette espèce d’aporie en fonction de laquelle la France était essentiellement grande de n’être pas française me laissa tout de même intrigué. Quels arguments pouvait-on donc brandir pour défendre une thèse d’apparence si absurde ? Le roman d’Olivia en étant sans doute un, j’ouvris La Commode aux tiroirs de couleurs (Lattès).

Une longue rédaction de 3e

« On a poussé les meubles et dansé toute la nuit dans un bain de larmes avec Papi », commençait la primo-romancière, et je m’imaginais la difficulté qu’on pouvait éprouver à garder le tempo au milieu d’un semblable aquarium, surtout à un âge vénérable, « ça nous a fait du bien. » À la mort de Mamie, la narratrice hérite d’une commode. Ses tiroirs renferment des objets dont la symbolique est éclairée par une lettre de la défunte. Manière de raconter la vie de la matriarche en mode « maison de poupée », excusez du kitsch. Le style ne trahit pas l’incipit, plein de maladresses et de formulations puériles : « Comme toute gosse de quinze ans, j’avais besoin d’un cadre. » (Pourquoi à treize, on s’en dispense ?) ; « Toute ma haine se réunit en une boule de feu qui fait croître en moi une force démentielle » (Nous voici en plein épisode de Dragon Ball) ; sans compter les phrases hachurées de points pour serrer la gorge du lecteur.

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Si la forme est celle d’une longue rédaction de 3e, le fond ne dépare pas. Les pauvres immigrés espagnols combinent le courage, l’honneur et la justice, et fuient les méchants franquistes pour subir le racisme des salauds de Français. Ce qui est étonnant, c’est que tous les lieux communs sur l’hispanité y sont mitraillés sans scrupule, avec des personnages espagnols forcément ombrageux, virils, impulsifs et nobles, quand les Français sont tièdes et veules à quelques exceptions près, ce qui fait qu’on n’a pas forcément envie de s’intégrer chez ces ploucs qui néanmoins vous hébergent (« Alors ça y est, je suis vraiment devenue une foutue Française ? Quelle honte ».)

Chansonniers : restez chez vous !

Si le roman d’Olivia Ruiz ne constitue pas une preuve que l’apport des immigrés à la culture locale soit si crucial, il démontre encore une fois qu’à quelques exceptions près (Dominique A., Bertrand Belin), le passage à la prose des chansonniers français, après Cali, Mathias Malzieu ou Raphaël, est l’une des grosses arnaques de l’époque. Parce que la notoriété précède le talent, on offre une promotion délirante à une série d’émotifs incultes qui ont peut-être un jour commis un refrain mignon ou fédérateur et disposent d’une bonne base-clients, certes, mais voilà qui ne suffit pas pour succéder à Chateaubriand.

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