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Pierre Téqui, aumônier de prison : « Les détenus finissent par former une Église »

Pierre Téqui est aumônier de prison. Il porte un regard humaniste et chrétien sur l’expérience carcérale, qu’il côtoie dans son quotidien. Son discours équilibré doit être entendu.

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© Facebook Pierre Téqui

Vous êtes aumônier de prison, une mission difficile. Est-elle aussi enrichissante ? Qu’avez-vous appris sur les hommes, sur notre société ?

Je ne dirais pas que cette mission est difficile. La prison est bien sûr un univers difficile, où l’on purge sa peine – expression éloquente – mais être aumônier n’est pas plus difficile que d’autres missions d’Église auprès des malades ou des pauvres. Tout est une question de charisme. Il me serait bien plus difficile de m’occuper du catéchisme. Mais, évidemment, tout le monde ne peut pas être aumônier de prison. L’univers carcéral fait peur. La prison charrie un imaginaire qui rebute les gens. La prison où je me rends le week-end est entourée d’un mur, nu, austère, pensé par l’architecte pour être une rupture au cœur de la ville. Ce sont ces murs qui sont la première difficulté : ils constituent une barrière entre le monde du dedans et le nôtre, celui du dehors. La mission de l’aumônier rejoint l’étymologie de « religion ». Il s’agit de « relier » ces deux mondes. Au cœur de la détention, nous sommes « signe d’Évangile » ; c’est-à-dire que nous venons rappeler à ces hommes retranchés de la société qu’ils n’ont pas été retranchés de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Au cœur de la détention, nous sommes « signe d’Évangile » ; c’est-à-dire que nous venons rappeler à ces hommes retranchés de la société qu’ils n’ont pas été retranchés de l’amour et de la miséricorde de Dieu.

Vous avez en revanche bien raison de sous-entendre que cette mission est enrichissante. Je me dis très souvent que les détenus m’évangélisent bien davantage que je le fais. Lorsque l’un d’eux demande le baptême la cérémonie me bouleverse. Étant le témoin de leur parcours de foi, je suis aussi le témoin de l’action de Dieu au cœur de leur vie brisée. Chaque semaine, j’ai à l’esprit ce passage du Psaume 50 : « Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé ».

À gauche, on entend souvent la petite musique abolitionniste. De l’autre côté, à droite, on décrit souvent les prisons comme des « hôtels ». Qu’en est-il réellement ?

 Effectivement. C’est assez rare d’entendre une parole politique pertinente au sujet des prisons. Mais c’est assez normal : encore une fois, la prison est un repoussoir. Dès lors, la plupart des personnes qui parlent de cet univers n’en savent rien. Depuis la loi du 15 juin 2000, les députés et sénateurs sont autorisés à visiter les prisons à tout moment. Il serait bon qu’ils usent de ce droit. [...]

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