L’ombre du réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul plane sur ce premier film égyptien : plans fixes, souvent décadrés, à la plastique irréprochable, et suggérant par l’hors-champ un monde inquiétant, insitué dans le temps. Sur un prétexte surréaliste – un père de famille disparaît pendant une séance de magie, remplacé par un poulet – Omar El Zohairy dresse le portrait terrible d’une mère de famille hébétée par la misère, dans un pays entrevu comme une gigantesque friche industrielle, régulièrement menacé par un brouillard chimique qui fait peser sur tout le film un danger imminent, digne d’une bande-dessinée d’Enki Bilal.
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L’histoire nous est contée par tableaux allusifs, en pointillés. Les cadrages serrés et la lumière magnifique, à la fois solaire et sépulcrale, contribuent à faire de ce premier film une étonnante réussite, pas forcément sympathique, et complètement à rebours de la production actuelle. N’écoutez pas les critiques qui parlent d’une « farce »: on rit peu dans Plumes, et on cauchemarde beaucoup.
Plumes (1h52), d’Omar El Zohairy, avec Demyana Nassar, Samy Bassouny, Fady MinaFawzy, en salles le 23 mars





