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Premières générations d’immigrés : vous avez dit irréprochables ?

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Publié le

12 mai 2021

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Pour sauver leur idéal multiculturel et immigrationniste, beaucoup avancent que les premières générations d’immigration extra-européenne n’ont pas posé problème. La réalité fut pourtant tout autre.
algérie

Les vagues d’immigration européenne ne se sont pas faites sans heurt malgré une culture proche. Comment imaginer alors que les premières générations d’immigrés extra-européens se soient intégrées sans confrontation, et ce alors même que le nombre d’immigrés africains était bien inférieur aux millions issus d’Italie ou d’Espagne ?

Dans sa Genèse de l’Algérie algérienne, Charles-Robert Ageron donne quelques éléments de réponses. Dès le début du XXème siècle, les employeurs français préféraient recruter de la main d’œuvre européenne plutôt que maghrébine, car jugée plus performante, et tentaient par divers procédés de freiner la venue d’individus provenant des colonies. Après la Seconde Guerre mondiale a été envisagée la venue de 310 000 immigrés jusqu’en 1949 pour reconstruire le pays (nombre relativement faible, qui va à l’encontre du mythe de Français incapables de reconstruire leur propre pays), parmi lesquels 90 000 Maghrébins. On s’aperçut pourtant du taux de chômage faramineux des Algériens déjà présents sur le territoire (50% des 203 000 Algériens vivant en France en 1951), ce qui poussa le ministre de l’Intérieur et le ministre du Travail à refuser de nouveaux Algériens et à réduire le nombre total de Maghrébins.

Lire aussi : Enquête : Le coût de l’immigration

Les archives font état d’une immigration subie plutôt que demandée, de 1919 jusqu’aux alentours de 1962. Ni les pouvoirs publics, ni le patronat français ne souhaitaient cette immigration. Loin de relever du simple cliché, la connaissance de la distribution d’allocations familiales et la possibilité de s’installer dans des logements HLM ont été des motivations essentielles à l’arrivée de Nord-Africains sur le territoire national. À noter que depuis 1966, les allocations familiales étaient même distribuées aux familles des travailleurs tunisiens étrangers restées dans le pays d’origine. À proprement parler, ce n’est qu’à partir des années 60 que le patronat fit appel à la main-d’œuvre étrangère, surtout marocaine, par le biais d’agents de recrutement pour des tâches dans le domaine de l’automobile ou du bâtiment, au grand dam des travailleurs français.

Déjà, les faits divers imputables à ces communautés existaient. La presse populaire de l’époque comme L’Aurore ou Le Parisien Libéré font état d’une délinquance importante dont les auteurs seraient les travailleurs algériens venus en métropole. L’hebdomadaire Minute titrait en 1964 : « Assez de crimes algériens : assassinats, viols, vols, rixes en hausse continuelle ». Rebelote en 1966, toujours à la une du même journal : « Les viols nord-africains », avec en prime l’éditorial suivant : « L’angoisse est partout : attention aux Arabes ! […]. Partout en France on constate une flambée de viols commis par des Nord-Africains ». En 1970, Paris Match publiait « L’armée du crime », où l’immigration était pointée du doigt pour son lien avec la délinquance.

Les ouvriers nord-africains ne se mélangeaient d’ailleurs pas aux mouvements ouvriers français car suspectés de relent colonialiste, et de peur de perdre leur identité

Les ouvriers nord-africains ne se mélangeaient d’ailleurs pas aux mouvements ouvriers français car suspectés de relent colonialiste, et de peur de perdre leur identité : « Nous sommes contre l’assimilation. Nous tenons à rester Arabes et Musulmans » déclaraient certains, avant et après les indépendances. Ce communautarisme était d’ailleurs encouragé par la presse maghrébine qui présentait l’émigré comme un outil de production d’une société raciste qui ponctionnait l’Afrique. La proclamation de l’indépendance de l’Algérie n’y a rien changé : les Algériens résidant en France se voyaient offrir la possibilité de demander jusqu’en 1968 la nationalité française, possibilité qui fut déclinée par une large majorité d’entre eux pour ne pas « trahir la nation algérienne » ou pour ne pas se voir restreindre l’accès au pays d’origine. Le métissage n’était pas non plus la coutume, puisqu’en 1970, les 2/3 des hommes algériens vivant sur le sol national de manière régulière et étant en couple l’étaient avec une compagne algérienne[1].

La guerre d’Algérie a forcé la prise de position des Algériens de métropole vis-à-vis de leur terre d’origine. Le financement du FLN s’effectuait via des prélèvements mensuels effectués sur le salaire de 250 000 volontaires à hauteur de 5 à 9%, des dons et même des revenus issus des réseaux de prostitutions. Il y eut aussi le boycott de produits, le sabotage et les attentats, la soumission aux prescriptions de l’Islam et aux jugements des « comités de justice locaux » pouvant mener à l’élimination d’un membre (organisation qualifiée de totalitaire par Jean-Paul Brunet).

Lire aussi : Enquête : Pourquoi seul 1% des infractions aboutit à de la prison ferme ?

L’opinion des Français des années 50-70 sur ces populations variait selon la situation économique. En période de croissance, l’immigré maghrébin était globalement bien vu, et inversement. L’opinion la plus négative provenait comme aujourd’hui des classes populaires, vouées à côtoyer avec plus d’intensité cette population immigrée tout en y voyant une concurrente pour l’emploi.

L’opinion se radicalise drastiquement dans les années 70, au moment de l’achèvement de véritables ghettos où la violence règne et provoque une gentrification plus importante de la population. Un sondage de 1979 révèle que pour 44% des Français, la solution la plus efficace contre le chômage serait le renvoi des immigrés[2]. Les émeutes urbaines, aujourd’hui communes, n’ont pas attendu pour exister, avec celles de la Grappinière à Lyon dès 1979.

Les rapports entre Français et immigration nord-africaine n’étaient donc pas l’idylle contée par certains contemporains de gauche comme de droite. Si le thème de l’insécurité n’était pas aussi pesant à l’époque, ce n’est pas parce que les immigrés étaient irréprochables, mais bien plutôt parce qu’ils étaient moins nombreux. Depuis, avec 1,85 enfants par femme française contre 5,5 enfants par femme maghrébine en 1981 (contre 3,5 en 2014[3]), corroborant le taux minimum de 5 enfants par femme pour l’immigration dans son ensemble en 1990[4], il n’est pas bien difficile de comprendre le dénouement de l’histoire.


[1] Mireille Ginesy-Galano, Les immigrés hors la cité

[2] Charles-Robert Ageron, Genèse de l’Algérie algérienne

[3] Sabrina Volant, Gilles Pison, François Héran, Population & Sociétés n°568, INED

[4] Valérie Honoré-Castellin, Femmes du Maghreb au présent : la dot, le travail, l’identité

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