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Racisme linguistique en Afrique du Sud ?

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Publié le

22 avril 2021

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L’université de Stellenbosch fait-elle preuve de racisme linguistique ? C’est la question qui agite le monde politique et médiatique en Afrique du Sud, alors qu’une grande université a décidé d’abandonner l’afrikaans.
Stellenbosch

C’est « une déclaration de guerre » pour l’Alliance démocratique (DA). Le premier parti d’opposition au gouvernement sud-africain a décidé de lancer une pétition afin de préserver l’afrikaans, dont l’enseignement est de plus en plus réduit au profit de l’anglais. Il y a même urgence pour le député Léon Schreiber : l’université de Stellenbsoch, bastion de l’afrikanerdom où sont passés tous les grands ténors de l’apartheid, a pris de récentes dispositions afin d’interdire aux étudiants de première année de parler afrikaans dans leurs chambres, et même sur les bancs du campus. Cette décision est assumée par le recteur Wim de Villiers, qui affirme que cette langue peut stigmatiser, marginaliser voire exclure les étudiants noirs qui ne la parlent pas.

Cet idiome est parlé par huit millions de personnes en Afrique australe ; c’est un mélange de néerlandais, de français, d’allemand et de langages ethniques locaux. En 1875, un groupe d’enseignants et de pasteurs blancs fondent avec succès une association à Paarl avec pour objectif  d’imposer l’afrikaans comme langue officielle aux côtés de l’anglais. Lorsque les Afrikaners arrivent au pouvoir en 1948, l’afrikaans devient quasiment obligatoire et symbole du régime de ségrégation raciale, qui poussera les étudiants noirs à se révolter vingt-huit ans plus tard dans le township de Soweto. Depuis 1994, les Afrikaners ont initié un «  taalbeweging » (mouvement linguistique)  afin de s’assurer que leur langue soit toujours sur un pied d’égalité avec l’anglais devenu de plus en plus prépondérant au sein de la société civile.

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Léon Schreiber est un ancien élève et professeur de l’université de Stellenbosch, qu’il a quitté fin 2019 avec perte et fracas. Pour lui, la décision de cette prestigieuse école est tout simplement « anticonstitutionnelle ». Saisie sur ce sujet, la Cour constitutionnelle a pourtant donné raison à l’université et débouté l’association de défense de la langue afrikaner, qui exigeait que ce lieu prestigieux de l’enseignement revienne à la politique linguistique d’avant sa réforme de 2016.

Pour l’Alliance démocratique, l’enjeu électoral est aussi électoral. Bien que parti multiracial, sa base d’électeurs est composée d’Afrikaners modérés attachés aux traditions et qui pourraient à tout moment décider de rejoindre des partis plus conservateurs, en nette progression ces dernières années. « Compte tenu de la manière dont la place de l’afrikaans a été considérablement réduite, une nouvelle politique linguistique doit être décidée et s’engager explicitement à garantir un accès à cette langue à tous les étudiants méritants qui souhaitent étudier en afrikaans, tout en maintenant l’accès pour les étudiants qui souhaitent étudier en anglais » a plaidé le député Schreiber lors d’une interview.

Après avoir reçu plusieurs plaintes, la Commission des droits de l’homme a décidé d’ouvrir une enquête afin de vérifier que les étudiants afrikaners ne fassent pas l’objet d’une discrimination

Le débat fait aussi rage dans la presse sud-africaine. Dans un éditorial publié début avril, le recteur Wim de Villiers justifiait sa décision en confirmant que 37,7% des étudiants de premier cycle indiquaient l’afrikaans comme leur langue d’origine, et que 49,2% avaient choisi de suivre un enseignement exclusivement en anglais en 2021.

Après avoir reçu plusieurs plaintes, la Commission des droits de l’homme a décidé d’ouvrir une enquête afin de vérifier que les étudiants afrikaners ne fassent pas l’objet d’une discrimination. « Nous devons nous assurer que l’université se transforme et que cela répond en partie aux nouveaux besoins de communication de nos nouveaux étudiants » affirme l’université qui se défend de tout « racisme linguistique ». Présente depuis un mois sur le site de l’Alliance démocratique, la pétition n’a pour l’instant recueilli que 5685 des 20000 signatures requises pour être discutée au parlement.

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