Pourriez-vous expliquer en quoi consiste l’association « Touche pas à mon flic » ? Quels sont ses objectifs ?
Nous avons monté cette association avec quelques collègues et amis, alors que la vidéo de Michel Zecler nous avait fait terriblement mal. Nous nous étions dit qu’il fallait faire quelque chose. Il y a beaucoup de médias très orientés anti-flics qui désinforment sciemment et qui ne donnent pas la bonne version des faits. Vous allez sur le site de Loopsider, ce sont des procureurs, des juges. Il fallait donner la parole aux policiers. Dans tous les médias, vous avez des gens qui se disent victimes de violences policières illégitimes sans que l’on ait d’éléments concrets. On a juste leurs témoignages. Et nos collègues subissent car, tenus au droit de réserve, ils doivent attendre le procès pour se défendre. Nous trouvons bizarre qu’il n’y ait pas un média qui se dise qu’en ne prenant que le témoignage d’untel, il n’y a pas de débat, pas de contradiction. Ça n’a pas l’air de les choquer.
Il y a beaucoup de médias très orientés anti-flics qui désinforment sciemment et qui ne donnent pas la bonne version des faits
Ce qu’il faut, c’est donc regarder les vidéos pour les décortiquer, et s’intéresser aux médias qui font des montages à la Loopsider. Nous voulons contre-argumenter pour ensuite permettre aux citoyens de se faire leur propre avis. J’essaie aussi de partager notre propre expérience de policier pour montrer que ce n’est pas si facile de dire ce qui relève de la violence légitime ou illégitime. On demande une perfection aux policiers dans la violence. Or la violence est par définition imparfaite. Nous essayons toujours de faire de notre mieux mais il peut y avoir des débordements et ils doivent être sanctionnés. Il peut aussi y avoir des collègues qui se retrouvent en prison de manière préventive, et ça c’est pour nous intolérable.
Vous avez publié cette première vidéo qui déconstruit « l’affaire Zecler ». Avez-vous eu des retours à ce sujet ?
Nous sommes à plus de 100 000 vues. Nous avons reçu un peu plus de 2 000 messages de soutien et une vingtaine de messages un peu plus « coriaces ». Dans cette vidéo, j’essaie d’être le plus objectif possible. C’est difficile de parler des erreurs que ses collègues ont pu commettre, notamment, dans cette affaire. Mais ce sont des erreurs. Il y a des professionnels qui font des enquêtes judiciaires, laissons-leur le temps. On pense que les policiers ne sont pas sanctionnés, tout simplement parce qu’après-enquête, lorsqu’on écoute une parole contradictoire, on se rend compte que ce n’est pas forcément ce qu’il s’est passé. Ça donne une mauvaise image de la justice, on pense qu’ils sont protégés, mais pas du tout ! C’est juste qu’il y a un débat contradictoire et ce n’est pas toujours ce qu’on a bien voulu dire ou montrer dans les médias qui est la vérité.
Beaucoup d’hommes politiques ont soutenu Michel Zecler…
Ce que je comprends ! Quand j’ai vu la vidéo, j’en voulais à ces trois policiers. Vu comment le montage était fait, je n’ai pas cherché plus loin, je peux comprendre qu’on ait soutenu Zecler. Et c’est très difficile pour un homme politique ou une personnalité publique de dire qu’on s’est trompé. Mais la présomption d’innocence n’a pas été respectée.
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Aujourd’hui quand on parle de Richard Berry, j’entends « présumé » à chaque fois et c’est normal. Quand on parle de personnalité, il y a le mot « présumé », mais jamais quand on parle de policiers. Patience, il y a une justice, attendons son verdict. Ces policiers ne sont pas des voyous.
Quelle va être la suite de votre démarche ?
Nous portons plainte contre Loopsider pour atteinte à la présomption d’innocence et obstacle à la manifestation de la vérité. L’article 474-4 du Code pénal explique bien que transformer une vérité pour la cacher à la justice est une infraction pénale. Notre avocat Maître Gilles-William Goldnadel est quelqu’un de compétent et nous lui faisons entièrement confiance. Et c’est factuel, Loopsider n’a jamais utilisé une seule fois le mot « présumé » sur leur site internet. Nous attendons également que le Parquet engage des poursuites pénales contre Michel Zecler pour les faits de rébellion qu’il a commis.
Ces journalistes sont-ils des anti-flics ?
Je les plains. Moi si demain j’entends qu’un policier commet des violences avec intention de nuire, je ne le défendrais pas, je ne voudrais pas de lui. Ça s’appelle la conscience. Mais le jour où il y aura une vraie victime de violence policière illégitime, la croira-t-on ?
Nous voulons contre-argumenter pour ensuite permettre aux citoyens de se faire leur propre avis
Ces gens-là ont instauré le doute. Ils trafiquent des vidéos. Ce n’est pas l’intérêt général, ce pour quoi nous, nous travaillons. Eux ils travaillent pour un intérêt politique, voire financier.
Considérez-vous qu’il y a une volonté de s’en prendre aux policiers en France ?
On est aujourd’hui dans la société du buzz. Avec l’affaire Zecler, Loopsider a fait des millions de vues. Mais moi je le vois sur la voie publique. J’étais policier sur le terrain il y a encore trois semaines, et je peux vous dire que les gens sont plutôt adorables avec nous. Alors c’est vrai qu’on nous demande d’embêter les concitoyens qui n’ont pas de masques ou qui ont mal mis leur ceinture, et on nous demande de laisser tranquille ceux qui vendent du shit dans les cités. Je peux comprendre que cela énerve nos concitoyens. Nous faisons de notre mieux, nous sommes pris entre le marteau et l’enclume.
J’ai fait des erreurs dans ma vie de policier, nous en faisons tous. Mais on ne peut pas jeter l’anathème sur la Police nationale. Nous avons une belle Police, croyez-moi ! Ce sont des hommes et des femmes formidables qui donnent de leur temps pour un salaire de misère. Nous sommes l’administration la plus pauvre. Nous sommes les clochards de la République. Il y a des rats dans mon casier quand je me change. Quant à ceux qui s’en prennent aux policiers… Si vous saviez ce qu’il se passe réellement dans les cités, aujourd’hui on y est à environ vingt policiers blessés par jour ! Mais ça, ça ne fait pas la Une.





