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Un étonnant « débat » autour des racines chrétiennes de la Corse

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Publié le

12 octobre 2020

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Dotée d’un statut particulier, l’Assemblée de Corse, présidée par Jean-Guy Talamoni, le leader du mouvement indépendantiste Corsica Libera, avait décidé en 2016 de créer une instance dénommée l’Assemblea di Giuventù (« l’Assemblée des jeunes ») dans le but de permettre l’expression des mouvements de jeunesse (quasiment tous nationalistes) de l’île. Calquée sur son aînée, elle organise des sessions qui sont l’occasion pour les groupes représentés d’aborder les problématiques insulaires. Au cours de sa dernière réunion, une proposition présentée par le groupe Ghjuventu di u Centru Dirittu (« Jeunesse du centre-droit ») sur la reconnaissance des racines chrétiennes de la Corse a suscité des divergences et des visions partagées entre le strict respect de la laïcité et la nécessité de défendre le charnel et le sacré.
Corse

Santa Maria, San Roccu, A Santa di U Niolu, A Madonna di Pancheraccia, A Madunuccia d’Ajaccio, San Ghjisè à Bastia, San Francescu, Santa Chjara, San Antone, Santa Maria di Lota, San Martinu, Santa Divota : en Corse, les noms des lieux communs, des communes et des pèlerinages liés à la chrétienté et à la religion catholique ne manquent pas. Ils marquent la présence d’au moins 1500 ans de christianisme, et les églises, les clochers, les cimetières, les croix implantées sur le bord des routes et des chemins ont façonné les paysages et les hommes au cours des siècles. Nier l’évidence que cette terre de Corse soit chrétienne relèverait a minima d’une cécité extraordinaire !

Et pourtant, on pourrait s’étonner devant certains propos tenus lors de l’Assemblea di a Giuventù : une motion présentée par Jean-Alain Tarelli, l’un des membres du groupe Giuventu di Centru Dirittu, a soulevé un certain malaise. Qui l’eût cru ? Il n’y avait rien de choquant ni de discriminant qu’un jeune propose à son assemblée délibérante de faire reconnaître les racines chrétiennes de l’île. Le message se voulait culturel, et les réactions envers cette proposition ont pris, elles, une tournure des plus politiques. En premier lieu, celle de Jean-Guy Talamoni, qui, en sa qualité de Président de l’Assemblée de Corse, conduit les débats de cette « Assemblea di a Giuventù ». Ses propos repris dans le quotidien régional Corse Matin indiquaient que « ces racines sont difficiles à nier », mais que cette reconnaissance pouvait « poser problème ».  Quel problème ? « Ces gens qui se disent plus chrétiens que les autres mais racontent qu’il ne faut pas accueillir de migrants ». Au terme de « racines », le Président Talamoni suggérait de substituer celui de « valeurs »… Toujours dans le quotidien régional, les autres groupes politiques, comme Cuistruimu l’Avvene (« Construisons l’avenir »), qualifiaient cette motion de « dangereuse ».

On se demande quel est le danger de faire reconnaître les racines chrétiennes de l’île, à moins d’estimer qu’il serait envisagé de remettre en œuvre les bûchers de l’inquisition ? Un peu de sérieux, per piacè (s’il vous plaît !) !

On se demande quel est le danger de faire reconnaître les racines chrétiennes de l’île, à moins d’estimer qu’il serait envisagé de remettre en œuvre les bûchers de l’inquisition ? Un peu de sérieux, per piacè (s’il vous plaît !) ! Une autre opposition, le groupe Ghjuventù Naziunalista, a préféré souligner la place importante de l’héritage païen en Corse tout en indiquant que « la crainte de l’autre était une philosophie très présente dans la droite conservatrice ». C’est certain, pas même Terra Nova n’irait aussi loin dans la psychologie de comptoir. Finalement, deux amendements portés par un non-inscrit ont eu raison de la motion de Jean-Alain Tarelli. Deux amendements estimant que « les diverses cultures ont successivement enrichi la Corse ainsi que les traditions ancestrales qui sont les siennes ». Un en même temps que ne renierait pas Emmanuel Macron !

Dans la foulée, le Président de l’Assemblée de Corse s’est fendu d’un communiqué sur les réseaux sociaux : « Suite à l’examen d’une motion présentée devant l’Assemblea di a giuventù au sujet de la reconnaissance des racines chrétiennes de la Corse et afin qu’aucune ambiguïté ne subsiste s’agissant d’une question importante, je rappelle ma position telle que je l’ai exprimée devant l’Assemblea : – Les « racines chrétiennes » de la Corse sont une évidence et il n’existe aucune raison de les nier, même si cette expression a été instrumentalisée par certains courants politiques.  – À titre personnel, je reconnais pleinement cette influence majeure dans mes propres orientations politiques. – Plus encore que de « racines », il conviendrait de parler de « valeurs chrétiennes », afin d’affirmer l’actualité de ces adhésions spirituelles et la nécessité de les mettre en œuvre concrètement (et non seulement pour s’opposer à d’autres confessions religieuses). – Une de ces applications concrètes serait de se souvenir des enseignements de l’Évangile quand d’autres êtres humains sont en danger (ex: affaire de l’Aquarius). En conclusion, nous pouvons évidemment affirmer par les mots cette filiation culturelle et spirituelle, mais il serait plus utile encore de le faire à travers nos actes personnels et collectifs, tant il est vrai que « A pratica vince a grammatica ». »

Lire aussi : La pensée et l’action napoléoniennes célébrées à Sartène

Président de l’association Corsica Cristiana, le professeur et chercheur en théologie Paul-Michel Castellani Leandri manifeste son incompréhension face à un tel débat : « Poser la question sur la reconnaissance des racines chrétiennes prouve que l’on est dans une déculturation totale. C’est triste de voir une chose pareille. On nous parle aussi du paganisme : c’est vrai, la Corse en est imprégnée. Mais Saint Paul, lui-même le dit – puisque c’est Saint Paul qui a christianisé la Corse – Saint Paul dit que les Corses étaient préparés à recevoir la parole du Christ. Le christianisme a habilement intégré le paganisme, il ne l’a pas renié. Les prières dérogations, l’ochju, l’incantesimu… Il faut lire les textes de Monseigneur Llosa (ancien évêque d’Ajaccio) qui non seulement les reconnaît et les recommande.

« Qu’est-ce qu’aussi que le gâteau de Pâques, « u cacavellu »  (ou le campanile selon les régions de Corse) ? C’était un gâteau qui existait déjà du temps du paganisme. Il représentait le cercle qui n’a ni début ni fin, l’abondance des récoltes. Ensuite, dans le deuxième temps du paganisme, on y a ajouté l’œuf car il représentait le soleil. Il y a déjà une démarche vers le monothéisme. On y inclut l’œuf aussi qui symbolise le mystère car l’on ne sait pas qui de l’œuf ou de la poule ? Que fait ensuite le christianisme ? Il garde ce gâteau et y intègre une croix directement faite sur la pâte non levée au-dessus de l’œuf. C’est sa version définitive. La croix sur l’œuf signifie que le christianisme a vaincu le mystère. C’est une continuité. On a eu besoin de ce substrat et on l’a christianisé. »

Paul-Michel Castellani Leandri : « Que dit Saint François d’Assise au moment de mourir ? Il appelle son successeur et lui dit : « Ti a ricommanda la mia navicella ! (Je te recommande ma petite barque !) », en parlant de la Corse. Et nous ne serions pas pétris de christianisme ? Alors, je m’efface ! Je dirais même nous ne sommes que ça, la culture corse n’est que ça !

« Le christianisme a opéré dans l’île avec bienveillance et grâce. La langue corse elle-même véhicule ses racines. Comment dit-on une personne en corse ? Un cristianu (un chrétien). A Cunsulta de 1735 au Couvent de Corte reconnait le dogme de l’Immaculée Conception, presqu’un siècle avant que le Vatican ne fasse la même chose. Qui a aidé Pascal Paoli ? Les abbés Salvini et Natali, ce sont eux qui ont rédigé la Constitution de la Corse. Qu’écrit ensuite Pascal Paoli au moment où il fonde l’Université de Corte ? « Je la créée au service de Dieu et de la Nation ». Et A Ghjustificazione sur laquelle les élus de l’Assemblée de Corse ont prêté serment ? Ce n’est rien d’autre que le Tyrannicide de Saint Thomas d’Aquin ».     

Rappelons que l’hymne de la Corse est le « Dio vi salvi Regina » et qu’il est des plus insensés de voir une telle position exprimée aujourd’hui dans une Corse que certains voudraient voir suivre les moutons du progressisme…  Marie, reine de Corse, l’affirmation doit être plus que jamais défendue pour Paul-Michel Castellani Leandri : « Que dit Saint François d’Assise au moment de mourir ? Il appelle son successeur et lui dit : « Ti a ricommanda la mia navicella ! (Je te recommande ma petite barque !) », en parlant de la Corse. Et nous ne serions pas pétris de christianisme ? Alors, je m’efface ! Je dirais même nous ne sommes que ça, la culture corse n’est que ça ! L’histoire, nous ne pouvons pas la réécrire. C’est un débat qui ne devrait pas prêter à discussion ». E cusi sia, in grazia di Diu !

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