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Un pour tous et chacun pour soi

Auscultant à nouveau la grande Entreprise, ce Baal moderne, Stéphane Brizé échoue à décrire la prise de conscience d’un de ses petits soldats. Un Autre monde, ou la fuite quand je veux…

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©Un autre monde

Un film sur l’horreur économique peut-il prétendre au qualificatif impossible de spielbergo-hanekien ? On s’interroge devant ce troisième volet de la trilogie du travail made in Brizéland, ce pays de plan-séquences et de caméras de surveillance où les stars jeunes sexagénaires subissent le poids du libéralisme, les mâchoires serrées, avant de retrouver leur dressing débordant de chaussures sur mesure (la scène avec Vincent Lindon la plus cruelle/touchante du Pater d’Alain Cavalier). Les quelques accomplissements discernables dans Un Autre monde outrepassent un temps le caractère programmatique qui engluait La Loi du marché et En guerre, centré l’un sur un chômeur déclassé, l’autre sur un syndicaliste à bout.

La fiction de gauche dans ta face reste bien là, mais biseautée, coupée en deux, versant « ma famille va craquer » avec Lindon-Cruise en ciment tardif d’une maisonnée mise à mal par les aliens invisibles de La Guerre des Performances, versant « jamais sans mes employés » quand le directeur de site industriel manipulé-manipulant joue à qui perd gagne et cumule pertes collectives puis gains individuels. Tout, au fond, est attendu, et la partie familiale déporte un peu vite les responsabilités du père et mari, les traduisant par la névrose de la femme et surtout la folie du fils, Benny qui n’aurait jamais trouvé sa vidéo et se rêverait en futur Zuckerberg.

Malgré la qualités des acteurs, le système Brizé de blocs-séquences condamne les mal-engagées à tourner à la purge (ainsi le jeu des voitures mimées qui ressemble à une improvisation ratée). L’aspect dégraisseur en cols blancs, tout aussi attendu, est plus réussi grâce notamment à une progression mieux amenée et à Marie Drucker, surprenante. Les discussions pied à pied entre toutes les parties rendent compte des leviers et stratégies de chacun pour sauver ou non la masse salariale, jusqu’à la fin de la récré sifflée par le Big Boss américain qui coupe net tout contrechamp. Pour user d’un point Godwin à peine douteux, Lindon qui était une sorte d’Eichmann libéral - quoique apprécié de tous - se découvre soudain Schindler et tente d’imposer sa liste, ou du moins un pis-aller, avec un résultat peu concluant. [...]

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