Skip to content

Un ver de terre oublieux d’une étoile

Par

Publié le

13 mai 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1557732644403{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

« La France, c’est une étoile !

La France est une personne,

Le rayon hexagonal,

D’une étoile qui raisonne ! »

Paul Claudel, Personnalité de la France, 1938

 

Mardi 16 avril, les braises de Notre-Dame encore chaudes, la France s’est réveillée dans une émotion digne du deuil national qu’elle faisait de son âme. Réjouissons-nous que cet édifice dédié à la patronne principale de la France ait encore une place si grande dans le cœur des Français. Des Français, mais peut-être pas de tous : leur président, passée la légitime et sincère émotion de lundi soir, enchaîne depuis des bévues dramatiques. Confronté à une situation inédite pour lui, se retrouvant à cette occasion à la tête non d’une « startup nation » en perpétuelle innovation, mais d’un pays chrétien à l’histoire longue, Macron montre son vrai visage, celui de l’incompétence, de l’irresponsabilité, et surtout de l’impiété.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Guerre civile mondiale

 

Le 17 avril, le Premier ministre annonce la tenue d’un concours international d’architecture pour la reconstruction d’une flèche « adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque » et confie au général Georgelin la mission de veiller à l’avancement des travaux. Vive la start-up Notre-Dame et son ouverture à l’économie mondiale ! En 1843-1844, le concours qui avait sélectionné le duo d’architectes Pierre Lassus-Eugène Viollet-le-Duc pour la restauration de Notre-Dame n’était pas un concours « international » ! Le choix entre les impétrants – tous Français et fins connaisseurs du patrimoine national – s’était fondé sur leur science respective des techniques de la construction médiévale, l’architecte précédemment en charge de la restauration des églises parisiennes ayant été mis au placard par méconnaissance du bâti.

En 1843, le directeur de la commission des Monuments historiques chargée du projet n’est autre que Prosper Mérimée, armé de son expérience d’archéologue et d’analyste des monuments français, dont il avait dressé et documenté le premier inventaire en 1840. En 2019, le concours doit être ouvert à l’économie mondiale et la sélection confiée à un militaire, chapeauté par un ministre de la Culture diplômé d’un institut de gestion, autrement dit n’entendant strictement rien au patrimoine. Quant au pauvre général Georgelin, on ne peut que le plaindre d’être devenu un sbire aux ordres directs de Jupiter et de s’exposer aux critiques des spécialistes dont il a pris la place, même sans le vouloir Le plus triste, c’est que notre belle France regorge de cerveaux et de mains talentueux et expérimentés, largement à la hauteur de cet enjeu qui, n’en déplaise à Édouard Philippe, n’est pas celui de « notre époque » mais celui de notre patrimoine historique.

 

Notre belle France regorge de cerveaux et de mains talentueux et expérimentés, largement à la hauteur de cet enjeu.

 

Mais tous ces talents sont volontairement méprisés. Qui ont été les premiers mis en cause comme responsables du drame ? La magnifique entreprise d’échafaudage et de couverture Le Bras-Frères, dont les couvreurs notamment sont de véritables artistes. Elle paye de sa réputation pour l’irresponsabilité de l’État, propriétaire de la cathédrale, qui n’a pas consacré le budget nécessaire à la sécurisation d’un bâtiment qui lui appartient. Qui sont les grands oubliés du débat ? Les membres de la Conservation régionale des monuments historique, le directeur général des Patrimoines au Ministère de la Culture, les historiens de l’architecture, autant de spécialistes que Macron n’a pas pris la peine d’inviter à sa réunion de crise. Il aurait même donné ordre à certains de ne pas s’exprimer sur le sujet sans y être officiellement invités.

Ces professionnels auraient pourtant pu lui rappeler que la restauration du patrimoine répond à une éthique précise qu’un président de la République française n’est pas en droit d’ignorer. En 1964, les architectes français des Monuments historiques ont signé avec leurs confrères du monde entier la Charte de Venise portant sur « la conservation et la restauration des monuments et des sites ». En son article 9, cette Charte toujours en vigueur stipule que la restauration « a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques ».

 

Lire aussi : Sonia Mabrouk pour L’Incorrect : « La France n’est pas multiculturelle et ne peut pas l’être ! »

 

Cette sage éthique n’empêche certes pas qu’une flèche novatrice soit construite de nihilo sur la toiture reconstruite en conformité avec son historique. Espérons seulement que le projet sélectionné sera digne de l’âme de la France. Car c’est bien d’elle qu’il s’agit : devant Notre-Dame de Paris, nul Français ne peut plus affirmer que notre culture est un agrégat en perpétuelle mutation et qu’elle n’est pas fondée sur des racines chrétiennes. Mgr Aupetit a donné la clé de cette âme : « Cet écrin a été construit pour un morceau de pain dont nous croyons qu’il est le corps du Christ ». Cette profession de foi, même un État laïc devrait être en mesure de la comprendre, à défaut de la partager.

C’est à cette condition que la « cathédrale version Macron » pourra encore toucher les âmes des Français et de tous ses visiteurs. Puisse Macron dire avec Claudel : « Salut, Mères de la France là-bas, Paris et Chartres et Rouen, Grandes Maries toutes usées et chenues, ô Mères toutes noires de temps !

 

Marie Dumoulin

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest