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Une rentrée politique de tous les dangers

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©DR

La rentrée politique est à l’image des deux années précédentes : confuse, sous tension et incertaine. Nostradamus lui-même aurait peine à prévoir ce qui pourrait arriver à la France dans les années qui viennent. Quelques éléments sont néanmoins déjà bien connus, à commencer par la solidification du duopole opposant le Rassemblement national à la République en Marche, au moins à l’échelon national. Une donnée qu’Emmanuel Macron ne méconnait pas.

 

 

 

Faisons abstraction du jeu électoral classique de la Vème République en éloignant nos regards des échéances municipales de début 2020. Très particulières, les élections municipales ne seront pas un baromètre rendant parfaitement compte du marasme dans lequel la France est plongée. Dernier élu à conserver majoritairement l’estime de ses concitoyens, le maire est mieux protégé des soubresauts politiques nationaux que ses collègues députés ou conseillers régionaux. Car, en dépit de la métropolisation et des agglomérations, qui réduisent ses pouvoirs de l’Alsace à la Provence, le maire dispose encore d’atouts importants, ce qui pourrait conduire à l’apparition d’un nouveau municipalisme à la française, faisant la part belle aux expériences de démocratie locale.

 

Ce sont ces spécificités qui font des municipales des élections dont les enseignements politiques sont difficiles à tirer. Les partis historiques, tels que le PS ou LR, pourront en profiter pour ne pas définitivement sombrer. La République en Marche essaiera de tisser sa toile localement. Quant au Rassemblement national, il pourra inscrire son action durablement dans les villes dont il a déjà la charge, et, pourquoi pas, en conquérir de nouvelles. La victoire à Perpignan serait notamment une accélération, puisque le Rassemblement national ne dirige plus de ville de plus de 100.000 habitants depuis les années 1990, époque où la formation présidée par Marine Le Pen était dirigée par son père et s’appelait toujours Front national.

En déclenchant son débat sur l’immigration, quelques mois après des élections européennes marquées par ces débats, Emmanuel Macron cherche à « reconnecter » avec le peuple et à mieux l’entendre. Une sortie de route très contrôlée, s’accompagnant des soutiens d’Aurore Bergé ou de Sibeth N’Diaye, peu reconnues pour leurs positions tranchées en la matière.

À rebours des grandes élections nationales, les élections municipales seront donc l’occasion d’observer des poches de résistance localisées pour les grandes formations classiques. Anne Hidalgo n’est, par exemple, pas assurée de perdre à Paris, et certains barons issus des Républicains tenteront le tout pour le tout pour conserver leurs fiefs. Dans ce contexte, l’évolution du discours macronien, perceptible depuis le début de son ascension à qui prenait la peine de l’écouter, semble de prime abord extrêmement habile. Se positionnant en dernier rempart contre le Rassemblement national, il s’attaque « en même temps » à sa base électorale et à ses fondamentaux. Le tout non sans une certaine démagogie.

 

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Emmanuel Macron a notamment lancé quelques roquettes à destination de sa majorité, celle-là même qui avait totalement dénaturé le projet de loi de lutte contre l’immigration pensé par Gérard Collomb, lequel avait au moins le mérite de regarder la réalité en face. Pourquoi Emmanuel Macron ne s’est-il pas alors emparé du sujet ? Il en avait l’opportunité. En déclenchant son débat sur l’immigration, quelques mois après des élections européennes marquées par ces débats, Emmanuel Macron cherche à « reconnecter » avec le peuple et à mieux l’entendre. Une sortie de route très contrôlée, s’accompagnant des soutiens d’Aurore Bergé ou de Sibeth N’Diaye, peu reconnues pour leurs positions tranchées en la matière.

Mais de quels bourgeois parle-t-il ? Aujourd’hui, l’immigration est partout en France et il faudrait être aveugle pour ne pas la voir. La Creuse est un département très pauvre plutôt épargné, alors que Paris est très riche et envahie sans que cela ne semble profondément déranger la population.

Du reste, le Président le fait avec beaucoup de légèreté, opposant les « bourgeois » qui ne croiraient pas à la réalité de l’immigration et les « plus pauvres qui en sont le réceptacle ». Mais de quels bourgeois parlent-t-il ? Aujourd’hui, l’immigration est partout en France et il faudrait être aveugle pour ne pas la voir. La Creuse est un département très pauvre plutôt épargné, alors que Paris est très riche et envahie sans que cela ne semble profondément déranger la population. Le problème est donc beaucoup plus idéologique que lié au niveau de vie ou à la classe sociale. S’il parlait des élites confinées dans quelques appartements parisiens, il a effectivement raison. Ses déclarations ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles de Marine Le Pen, dont le socle électoral est très solide, qui avançait en 2012 : « C’est bien de faire de la générosité, surtout quand on est confortablement installé […] dans le XVIe arrondissement. L’immigration que nous avons accueillie depuis trente ans, ce ne sont pas les élites qui la vivent et qui la subissent, ce sont les classes populaires ».

 

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Afin de ne pas trop brusquer sa gauche et ses verts, Emmanuel Macron donne « en même temps » (et comme toujours) quelques os à ronger sur l’écologie, la PMA ou les nouveaux débats (vieux comme le monde) tels que les « féminicides ». Peut-être pourrait-il y trouver une forme de synthèse, en rappelant le drame de Johanna, cette jeune mère du Havre convertie à l’islam tuée par son compagnon d’origine étrangère qu’elle a rencontré après sa rupture avec un autre homme d’origine étrangère, mais passons. La vérité est que l’opposition créée par Emmanuel Macron entre « progressistes » et « nationalistes » est artificielle.

Etouffés de normes semblables aux octrois de la France prérévolutionnaire, les Français sont aussi la proie de l’insécurité culturelle et matérielle, de la fiscalité, de la violence relationnelle, de la morosité et des grands arbitrages mondiaux sur lesquels nos dirigeants ne semblent plus avoir de prise.

La France est, en effet, confrontée à des problèmes existentiels d’une ampleur rare qui excèdent très largement les formules publicitaires, même les mieux pensées. Des problèmes qui se cumulent. Etouffés de normes semblables aux octrois de la France prérévolutionnaire, les Français sont aussi la proie de l’insécurité culturelle et matérielle, de la fiscalité, de la violence relationnelle, de la morosité et des grands arbitrages mondiaux sur lesquels nos dirigeants ne semblent plus avoir de prise. Ajoutez à cela une crise institutionnelle puissante – particulièrement sur la question de la représentativité -, et vous aurez un cocktail démoniaque dont les effets pourraient être tenaces. C’est d’un reset total dont la France a besoin. Un reset qui devra nécessairement tenir compte d’équilibres internationaux et nationaux extrêmement précaires. Disons-le tout net, ce n’est pas prêt d’arriver. « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être », dit-un jour Danton. Un mot qui a pu faire dire très directement à Napoléon dans une missive aux soldats d’un certain 18 brumaire an 8 : « La République est mal gouvernée depuis deux ans ».

 

Gabriel Robin

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