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Vincent Léglantier : « La filière viticole française est à genoux »

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Publié le

9 avril 2021

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Plusieurs nuits consécutives de gel ont brûlé les bourgeons de nombreuses vignes. Une catastrophe pour les viticulteurs puisqu’une grande partie de leur récolte pourrait être perdue. Un désastre qui touche tous les vignobles. Vincent Léglantier est vigneron en Champagne et nous explique la situation. Entretien.
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Que s’est-il passé dans nos vignes cette semaine ? 

Comme vous avez pu le voir ces derniers jours, principalement dans les nuits entre lundi et mercredi, nous avons connu une vague de gel. Les températures sont descendues autour de -4°C. Ce qui provoque de nombreux dégâts, principalement dans les secteurs les plus hâtifs que sont le Vitryat, les coteaux du Sézannais et l’Aube. Dans des secteurs comme chez moi, il y avait entre 10 et 20% de dégâts. Dans les plus hâtifs, on va jusqu’à 40 ou 50% de dégâts. Pour nous, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Contexte financier, crise du Covid-19… Les ventes de bouteilles se sont effondrées depuis le premier confinement. Les restaurateurs ont fermé, les mariages se sont annulés. La disparition de ces événements festifs est une grande perte pour nous.

D’un côté, on est triste de voir que le travail d’une année puisse être ainsi abîmé en l’espace de deux nuits. Mais d’un autre côté, on relativise, on a bien vu ce qu’il s’est passé chez nos voisins et amis bourguignons. Dans le Châlonnais et le sud de la côte de Beaune, c’est une catastrophe. Ils ont entre 80 et 90% de dégâts. Dans le secteur bordelais qui est un peu plus avancé, où les feuilles étaient déjà sorties, ils ont aussi subi un triste sort. Les secteurs déjà en détresse comme le Languedoc ont été encore très lourdement touchés. La filière viticole française est à genoux. 

À combien estimez-vous la perte pour votre production viticole ?

Le gel est traître parce qu’on ne voit vraiment les dégâts qu’au bout de quatre ou cinq jours, lorsque les bourgeons commencent à noircir. Pour l’instant on ne fait que des pronostics. Pour ma part, je compte 10% de bourgeons morts. Mais juste au sud de chez moi, ils sont déjà à 40%.

Le gel est traître parce qu’on ne voit vraiment les dégâts qu’au bout de quatre ou cinq jours

Que peuvent faire les vignerons dans ces circonstances ? On parle de braseros et bottes de paille. Est-ce suffisant ?

Il y a un paradoxe qui nous attriste. On voit sur tous les réseaux sociaux des gens commenter les photos de bûchettes et de feux de paille pour dire qu’ils trouvent ça magnifique. Mais il ne faut pas oublier que derrière c’est un drame ! Visuellement c’est très beau, mais pour les vignerons c’est un désespoir. En Bourgogne ils n’ont réussi à faire remonter la température que d’à peine 1°C. Ça n’a vraiment pas aidé à les sauver de la situation. Ça n’est qu’une forme de pansement sur une plaie béante. Et les vignerons ne peuvent rien faire d’autre. C’est mère nature qui décide.

Le ministre de l’Agriculture s’est voulu rassurant : « Notre mobilisation est totale pour que les mesures d’accompagnement soient mises en place le plus rapidement possible ». Quelles mesures pourraient être mises en place ? Êtes-vous confiant ?

Julien Denormandie est un brave type. On a rarement eu un ministre aussi proche de nous. Mes idées sont loin d’être celles de Macron. Néanmoins je suis assez pragmatique. Le ministre est assez populaire chez les agriculteurs. Il faut le reconnaître, il connaît le boulot, il nous reçoit, il est très attentif. Il y a déjà plusieurs plans d’aide déclenchés. Ils ont été plutôt réactifs. À l’inverse d’un Bruno le Maire sous Sarkozy. Il était catastrophique.

Qu’est ce que le régime de calamité agricole qui devrait être déclenché ?

C’est l’équivalent d’un état de catastrophe naturelle, réservé à la filière agricole et viticole. On déclenche ainsi un ensemble d’aides d’État.

Vous êtes le secrétaire général de l’Association nationale des élus de la vigne et du vin. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?

C’est une association qui regroupe plusieurs centaines d’élus de plusieurs centaines de collectivités, et des parlementaires. Il y a trois objectifs. Faire remonter les problématiques des territoires viticoles aux parlementaires, faire redescendre ce qu’il se passe au Parlement aux élus locaux, et une mission transversale : partager les connaissances et les progrès entre les territoires, les mettre en relation. Et puis, on ne veut pas se transformer en lobby, mais il s’agit aussi d’être à l’écoute des filières et des syndicats professionnels. Nous ne vivons que des cotisations des adhérents, nous n’avons de financements de personne. 

Lire aussi : Champagne des vignerons, la magie de la terre

Il y a eu quelques personnes pour regretter la pollution générée par les feux. Que pensez-vous de l’image des agriculteurs en France ?

On passe pour des pollueurs et des connards alors que la France a l’agriculture la plus propre du monde. Mais à cause de certains médias et journalistes comme Élise Lucet, tout est déformé. Et on n’écoute pas les paysans. Les gens pensent qu’on prend plaisir à mettre des produits dans nos champs. Mais non, si on en utilise c’est parce que nos champs en ont besoin. Le particulier qui va acheter son petit pot au supermarché pour traiter son géranium sur son balcon parisien, il est proportionnellement dix fois plus pollueur que nous. Y en a marre de l’agri-bashing ! Néanmoins, tous les médias ne sont pas comme ça. Et en qualité de président de la confrérie de Saint-Vincent du Sézannais, je remettrais bien volontiers à votre directeur des rédactions Jacques de Guillebon la médaille de saint Vincent.

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