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Woke sive natura

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Publié le

6 décembre 2021

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Pétri d’arrogance face à une nature qu’il croit dominer et finalement abolir, le woke de base s’y soumettant sans le savoir prend l’immense risque d’en être la victime.
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Au fond, le wokisme, et par là les théories du genre et autres études postcoloniales, révèle moins un réarrangement de la notion de norme déterminé par le postmodernisme et l’éclatement kaléidoscopique de la vérité sous les coups de marteau de Nietzsche que leur détournement au profit d’une nature hypostasiée à laquelle les wokes laissent libre cours, car, prisonniers d’un naturalisme foncier excluant la morale de la Faute et tout surplomb qui ne soit pas déjà le chaînon d’une causalité infinie, tout à la fin ne peut que se réordonner ici-bas. Tout change et se redéfinit sans cesse, identité, sexualité, race, genre, tout peut changer puisque tout s’équivaut à hauteur de soi. S’il n’y a de nature que ce que nous en faisons, alors il faut admettre que la nature ne peut être abîmée, qu’elle est en son for inaltérable et que rien ne se perd quand tout se transforme.

On pourrait prendre les wokes pour les prolégomènes du post humain, ils sont simplement l’homme réduit à sa dimension d’espèce

C’est une banalité de dire que les wokes refusent le tragique de la condition humaine et qu’ils sont simplement des volontaristes purs asservis par leur ego, tant ce refus par son affirmation grotesque et bruyante ressemble en tout point au refoulement et au déni révélant qu’ils y succombent peut-être plus qu’aucun autre. Le tragique est un ordre païen, l’acceptation que nos actes ne changent jamais rien au destin, qu’il n’existe pas de catastrophes, de crimes, ni de scandales qui ne soient déjà prévus, infoutus de dérouter le fleuve de son cours. Dire que la nature d’un humain est ce qu’il en fait, sans que ce qu’il en fasse puisse l’altérer et la menacer de telle sorte qu’elle puisse être annihilée pour toujours et à jamais, revient à faire de la nature un premier moteur susceptible de n’être appréhendé qu’au travers d’un vocabulaire emprunté à la théologie négative : la nature n’est pas définissable, elle n’est pas mortelle, elle n’est pas circonscrite, elle est infinie, elle ne commence pas ni ne s’achève, la nature c’est Dieu, et ce dieu c’est le monde qui se comprend lui-même et possède ses propres lumières, comme le fou possède sa propre raison qu’il ne peut communiquer à personne, mais dont la logique interne le convainc de n’en être pas dépourvu.

Dès lors, constructivisme, volontarisme, ne sont plus des profanations de la nature, mais l’acceptation malsaine de sa toute-puissance et de son autonomie qui garantit à l’homme de ne lui accorder aucun égard puisqu’il ne peut rien ni pour ni contre elle tant sa puissance le dépasse. Les wokes sont alors les victimes du tyran qu’ils ont reconnu et qu’ils craignent en même temps qu’ils l’idolâtrent et qui les pousse à cette espèce de contradiction superficielle qui les fait désireux de s’abriter dans des safe space où rien ne leur rappellera ce qu’ils sont, parce que tout regard extérieur devient le symbole d’une altérité niant leur faux dieu mais pour lequel néanmoins ils seraient capables de tout détruire afin d’illustrer la puissance d’une nature déifiée sans cesse renaissante… « La vie trouve toujours un chemin », semblent-ils dire à l’instar du héros du premier Jurassic Park, alors que le fameux parc est en train d’être ravagé par les reptiles préhistoriques récemment ressuscités. Du reste, si la vie trouve toujours un chemin, pas sûr non plus que l’homme en face forcément partie. On pourrait prendre les wokes pour les prolégomènes du post humain, ils sont simplement l’homme réduit à sa dimension d’espèce, un animal parmi d’autres dont la capacité à se transformer sous l’effet des circonstances le rend tel qu’en lui-même pour toujours. De fait, ils ne sont plus les garants de rien, ni de la nature ni d’eux-mêmes, ils ne se transforment pas mais se réalisent selon les dimensions univoques du monde.

Lire aussi : Isaac Asimov est-il soluble dans la culture woke ?

C’est oublier que l’aspiration à la transcendance figure une composante essentielle de la singularité humaine et que bien plus que l’animal malade décrit par Nietzsche, l’homme est un dieu fragile, placé en surplomb d’une nature qu’il ne peut porter vers la plénitude mais dont il s’efforce de conserver l’imperfection en l’état afin d’éviter qu’elle ne se défasse plus encore. C’est oublier aussi que, contrairement à lui, la nature n’est pas économe et que les espèces disparaissent dès qu’elles ne sont plus adaptées à leur environnement. Alors, naturellement amphibie, à cheval sur la nature et sur ce qui la dépasse, l’homme en renonçant à son déséquilibre ontologique pour se confondre dans la nature pourrait bien passer au compte de pertes et profits et se traverser pour de bon, non plus vers la femme ou vers l’homme quand il est un homme ou une femme, ni même vers un mélange des deux, mais vers la poussière d’où rien ne le relèvera plus.

© Romée de Saint Céran pour L’Incorrect

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