Agnès Thill : « Au motif de ne pas mourir, on nous empêche de vivre »

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

 Traçage numérique, instauration d’une mise en quarantaine, immunité, cultes, la député de l’Oise Agnès Thill pointe du doigt les incohérences et dangers du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire. 

 

 

Quel est votre sentiment à l’égard du projet de loi prorogeant l’état d’urgence et de l’article qui accorde une immunité judiciaire aux élus locaux pour les décisions qu’ils auront prises pendant la crise ?

 

Cette mesure a été présentée comme une manière de protéger les élus, notamment les maires, mais sera applicable bien plus largement, et s’étendra à tous les dépositaires de l’autorité : les hauts fonctionnaires et les fonctionnaires. C’est on ne peut plus clair, nul pourra voir sa responsabilité pénale être mise en cause. Il n’y a pas meilleur moyen pour se dédouaner que d’adopter une telle proposition ainsi, dans une telle précipitation. Peut-être que personne n’a rien à se reprocher sur le plan pénal, mais nous sommes dans un État de droit.

Malgré tout, vouloir prendre de telles justifications législatives pour se protéger de quelconques poursuites sème le doute. Cela vaut pour tous. J’ai lu dans la presse qu’il y a des plaintes déposées ou des volontés de déposer des plaintes contre l’exécutif. Peut-être que ça n’arrivera pas, peut-être qu’elles seront classées sans suite, car il faut quand même prouver qu’il y ait intention de faire le mal. En tout cas, l’idée d’inscrire dans la loi quelque chose qui vous dédouane est inquiétante.

 

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Les mesures de confinement sont-elles pleinement justifiées pour vous ? Que pensez-vous du traçage numérique, une idée présente dans ce projet de loi ?

 

Nous sommes, au motif de ne pas mourir, en train de nous empêcher de vivre. On verbalise des gens dans la rue qui avaient barré la date ou n’avaient pas renouvelé leur papier, on verbalise des gens en bonne santé qui ne nuisent pas à la société… Tout ceci est contraire à l’article 4 de la déclaration des droits de l’homme.

En parallèle, on voit des gens faire des rodéos ou des délits de ce genre sans être verbalisés. Le gouvernement a retiré beaucoup de liberté aux Français. Il est impératif que l’objectif de protection de la population n’ouvre pas la porte au fichage, au traçage et à la suppression des libertés individuelles.

Le projet de loi met en place des brigades sanitaires ou « anges gardiens », qui sont composées de médecins ainsi que d’agents sanitaires territoriaux, comme ceux des CCAS ou de l’ARS. Les données médicales des individus ne peuvent pas être ainsi révélées à tout le monde. Le secret médical est bafoué, d’ailleurs l’ordre des médecins a réagi. Nous sommes fichés même sans n’avoir commis aucune infraction.

On ne peut pas continuer à s’empêcher de vivre, pour ne pas mourir !

Les fichés S sont-ils aussi bien surveillés que nous le serons ? Nous voilà dans une société où celui qui n’a rien fait et est en bonne santé est verbalisé. Il y a un deux poids deux mesures, lorsqu’on voit ce qu’il se passe dans certaines banlieues, avec des personnes qui se livrent à des rodéos en pleine ville et qui ne sont jamais verbalisées, alors que la personne âgée qui n’avait pas le bon papier l’est.

Il y a des tas d’aberrations dans ce projet de loi. S’il y avait une raison extraordinaire, je veux bien, mais la raison est qu’ils n’ont pas assez de masques à nous fournir, ni suffisamment de lits, ni de respirateurs. Nous sommes en mai, deux mois après le début de la crise et nous en sommes au même point. On ne peut pas continuer à s’empêcher de vivre, pour ne pas mourir ! C’est une aberration. Être vivant, c’est être mortel. D’ailleurs 80% des malades du Covid 19 guérissent naturellement, et 5% seulement courent un vrai risque.

 

Que vous inspire la déclaration de Christophe Castaner selon laquelle « la prière n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement » ? Le gouvernement gère-t-il convenablement la question des cultes dans cette crise ?

 

Christophe Castaner est ignorant et inculte. C’est impressionnant, peut être prie-t-il dans sa chambre. Cet homme ne sait manifestement pas à quoi sert un lieu de culte. Évidemment qu’il est possible de prier chez soi, là n’est pas la question. J’ai aussi lu les déclarations des responsables des autres cultes, qui ne sont pas favorables à la reprise des célébrations collectives. Mais ces cultes sont différents du catholicisme et n’entretiennent pas le même rapport que lui à la célébration religieuse. Ne pas accepter les propositions des évêques est une aberration totale.

Il est plus facile pour l’État de se faire respecter à l’église qu’à Chanteloup-les-Vignes.

C’est une forme de lâcheté de la part du pouvoir, car il n’y a pas beaucoup de rebelles parmi les catholiques. Il est plus facile pour l’État de se faire respecter à l’église qu’à Chanteloup-les-Vignes. Quand il est facile de se faire respecter, ce n’est plus de l’autorité mais de la lâcheté. On en vient presque à croire que le gouvernement prend un certain plaisir à exercer une autorité sur quelque chose qui le dépasse. Depuis quand un État laïc se mêle de la prière des gens ? Nos dirigeants n’ont pas le pouvoir de s’en mêler, de donner leur appréciation et indiquer des directives concernant le culte. La loi de 1905 est complètement bafouée. Il se passe des choses qui ne peuvent pas continuer, il est nécessaire d’ouvrir les yeux sur ce fait.

 

Quelle est votre position face aux décisions du pouvoir concernant la réouverture des écoles ?

 

Le Président Macron fait comme il a toujours fait : il fixe un objectif et dit ensuite « Débrouillez-vous ! » Le protocole concernant l’école est inapplicable ; il a été fait par des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe. Ont-ils déjà vu une classe de maternelle ?

 

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Le gouvernement prévoit aussi de ne pas placer en quarantaine les individus qui arriveraient en France depuis des pays de l’espace Schengen. La gestion des déplacements et des frontières vous semble-t-elle raisonnable ?

 

Comme le reste, tout ceci est truffé d’incohérence ; pour aller de Bretagne en Alsace, mieux vaut passer par Londres !  La colère commence à gronder, nous dans l’Oise sommes au cœur de la crise depuis fin février. J’entends certains qui râlent. J’ai parlé il y a quelques jours à une dame de 73 ans qui m’a dit qu’elle est prête à aller dans la rue ! Il y a trop d’incohérences.

 

 

Propos recueillis par Arthur de Watrigant 

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adewatrigant@lincorrect.org

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