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Sélectron : l’horreur en mer

Il y a des choses qu'il ne faut jamais faire. Des choses irréversibles comme danser à poil beurré comme un petit lu devant sa belle-mère le soir du mariage de votre beau-frère, ou regarder certains films avant de passer son maillot de bain. Sélectron des films à éviter sur la plage.

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© DR

Le plus mythique : Les Dents de la mer (1975) de Steven Spielberg

Dans les circonstances d’une nuit d’été, sur une plage déserte, devant une mer sombre, le monde se divise en deux catégories: ceux qui plongent; ceux qui jamais ne tremperont un quart d’orteil. En fait, ceux qui ont vu Les Dents de la mer. Si le chef-d’œuvre de Spielberg hante encore ses spectateurs, il le doit pourtant à un tournage cauchemardesque. Fier de son « Bruce », un requin mécanique de sept mètres, le jeune Spielberg propose une visite guidée à ses potes Martin Scorsese, George Lucas et John Milius. Actionnant la commande, Spielberg ouvre la mâchoire géante du requin. Curieux, Lucas plonge la tête pour observer le mécanisme. L’occasion est trop tentante, Spielberg referme la gueule. La mécanique se grippe. Impossible de rouvrir. Aidé par ses camarades, Lucas réussit finalement à s’extirper de la gueule de « Bruce », mais quelque chose a cassé et le requin ne fonctionnera plus jamais. De Palma dira, après avoir vu quelques rushes : « Bruce louchait et sa mâchoire ne se refermait pas correctement ».

Après réécriture et remontage, le requin n’apparaît finalement qu’au derniers tiers, Spielberg préférant se concentrer sur les réactions des victimes et la dimension humaine des personnages. Vue subjective, deux notes mythiques de Johns Williams, un monologue merveilleusement effrayant, c’est la solution de rechange, moins spectaculaire et plus insidieuse, qui permettra aux Dents de la mer de nous terrifier encore malgré ses quarante-trois étés.


Le plus jouissif : Piranha 3D (2010) d’Alexandre Aja

Alors que la ville de Lake Victoria s’apprête à recevoir un Spring break (« relâche de printemps ») pour le week-end de Pâques, un tremblement de terre ouvre une faille d’où s’échappent des milliers de piranhas préhistoriques. Film d’horreur décomplexé, le Piranha du français Alexandre Aja assume son outrance. Ni remake, ni suite du Piranhas de Joe Dante (1978), Piranha 3D, truffé de références aux années 80, lorgne plutôt du côté des Gremlins et des Dents de la mer. Aja ressuscite aussi les vieilles gloires des décennies précédentes : Elisabeth Shue (L’Impasse), Christopher Lloyd (inoubliable Doc des Retours vers le futur) ou Richard Dreyfuss, le scientifique rescapé des Dents de la mer mais becté dès l’ouverture du film.

Bordel aussi sanguinolent que jubilatoire, Piranha 3D ose tout, et c’est même à ça qu’on le reconnaît : Ving Rhames manie l’hélice de moteur de zodiac comme Rambo le M60 et l’affreux producteur de films porno se fait bouffer le chibre par un piranha avant que ce dernier nous le recrache à la tronche en rotant. Fan de films de genre, Alexandre Aja (fils d’Alexandre Arcady – une preuve que le talent peut sauter une génération) s’amuse à massacrer ses spring-breakers, symbole de l’Amérique consumériste, avec une virtuosité sadique. Régressif, transgressif, jouissif.

Lire aussi : Sélectron : 9 authentiques « Rape & revenge »

Le plus innovant : The Host (2006)  de Joon-Ho Bong

À Séoul, alors que Park Gang-du, vendeur au caractère immature, travaille au bord de la rivière dans un petit snack où il vit avec sa fille unique, la foule assiste à un spectacle qui ne tarde pas à déclencher la panique : une créature monstrueuse, surgissant du fond de la rivière, piétine, agresse et ravage tout ce qu’elle rencontre. Après avoir essayé de se sauver avec sa fille, Gang-du la perd dans la foule effrayée puis la voit reparaître soudain alors que le monstre l’enlève et plonge avec elle au fond de la rivière. En dévoilant le monstre dès l’ouverture, complètement et en pleine lumière, Joon-Ho Bong (Snowpiercer : le Transperceneige) transgresse le code fondamental du genre. Film hybride, film hommage, The Host offre une relecture virtuose et amoureuse du cinéma de genre. Sans renier son parti-pris esthétique ni son exigence cinématographique, Joon-Ho Bong revivifie le cinéma populaire. Tour à tour film d’horreur, comédie et mélodrame, The Host désarçonne par sa capacité à faire rire ou pleurer dans la même scène. Et c’est précisément par cet affranchissement des règles que le film propose un renouveau fascinant.


Le plus terrifiant : Open Water (2006)  de Chris Kentis

L’histoire est simple : un couple est abandonné par erreur au large du Mexique dans une eau infestée de requins. À partir de cette situation, ce petit film indépendant bidouillé avec trois bouts de ficelle surprend par son ingéniosité et sa malice, et, entièrement tourné en numérique, il détonne encore par son tempo. En effet, le réalisateur prend son temps pour faire entrer le spectateur dans l’intimité de couple, filmer des scènes du quotidien habituellement amputées d’un scénario afin de crédibiliser davantage son histoire, plus proche en cela du Projet Blair Witch que d’un block-buster. En mer, Kentis joue le hors-champ, un hors-champ gigantesque et angoissant, à la mesure de l’océan. Ici, ni vue subjective, ni contre-plongée sous-marine, ni thème annonciateur, juste un silence effrayant à peine parasité par le léger clapotis des vagues.

En jouant la carte du réalisme avec sa caméra légère et ses requins véritables, Open Water se nourrit de ces détails anodins mais mortels en pleine mer: stress, problèmes gastriques, disputes de couples… Comme il alterne plans serrés sur les visages à la surface de l’eau et plans larges rendant ces visages insignifiants dans l’immensité, nous revient, devant ce spectacle, la phrase de Lévi-Strauss: « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. »

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