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Mali : guerre d’influence franco-russe sur fond de coups d’État

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Publié le

27 juillet 2021

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Au Mali, la guerre d’influence entre Moscou et Paris divise l’Afrique. Paris a suspendu sa coopération militaire avec Bamako, conséquence de deux coups d’État en quelques mois. Une occasion rêvée pour Moscou d’apparaître au premier plan dans la région. Entre sentiment anti-français galopant et guerre d’influence, l’Afrique est partagée.
Mali

Vendredi 21 août 2020, à peine 72 heures après le coup d’État militaire, les principaux responsables de la junte dirigée par Assimi Goïta (photo) reçoivent Igor Gromyko, ambassadeur de Russie au Mali. Premier diplomate à être consulté, il s’est contenté, à sa sortie d’audience, d’un sobre « nous avons parlé de sécurité ». Plusieurs sources concordantes au sein de l’armée malienne évoquent « un entretien détendu et très prolifique ». Plusieurs militaires putschistes ont fait des études à Moscou, et tandis que les très francophiles Bah N’Daw et Moctar Ouane, Président de la transition et Premier ministre, ont été déchus après neuf mois de pouvoir, le nouveau maître du Mali, Assimi Goïta, semble plus enclin à se tourner vers la Russie. Paris a depuis poussé la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) à prendre des sanctions et a décidé de mettre fin à sa coopération militaire tandis qu’entraînée par le sentiment anti-français, l’opinion semble désormais favorable à la Russie.

La méthode Assimi

« Le plus grand problème de la France est d’avoir perdu toute crédibilité en faisant de l’ingérence un instrument de contrôle », dénonce Nour Deen Alohou. Patron d’une agence de com à Niamey, le journaliste s’en prend violemment à l’opération Barkhane qui mobilise 5 000 hommes et qui avait empêché en 2014 les groupes islamistes d’entrer dans Bamako. La force G5 Sahel, mise en place en 2014, était censée « prendre sans délai la relève des opérations » selon Jean-Yves Le Drian. En 2021, alors qu’une partie des forces françaises s’apprête à plier bagage, les perspectives ne sont pas encourageantes pour la force G5S, dans un contexte très dégradé.

Depuis le retour au pouvoir en 2012 de Vladimir Poutine, l’Afrique est redevenue le terrain de chasse de la Russie, comme au temps de la guerre froide

Le décès inattendu, le 20 avril, du dirigeant tchadien Idriss Déby, principal allié de Paris, et la succession de coups d’État au Mali a poussé la France à tenter d’impliquer plus largement d’autres pays africains notamment le Togo, pays le plus représenté au sein de la MINUSMA, chargée par l’Organisation des Nations unies (Onu) du maintien de la paix au Mali. Emmanuel Macron a reçu par deux fois le président togolais Faure Gnassingbé. Objectif : « préparer avec le Togo la relève », dans la perspective du « départ des forces françaises », avance une source du Quai d’Orsay. Mais la résurgence du sentiment anti-français, de Lomé à Ouagadougou, de Conakry à Niamey, d’Abidjan à Bamako rend intenables les positions de Macron dont la politique africaine souffre d’absence de clarté.

Moscou avance sous bérets

Moscou semble avoir entendu l’appel. Jean Yves Le Drian a dénoncé à la mi-juin « une captation du pouvoir » par la Russie en Centrafrique. « En République centrafricaine, les milices sont là ! » s’exclame Le Drian qui pointe du doigt les mercenaires de la force Wagner chargés par la Russie d’assurer la sécurité du président Faustin Touadéra, et qui, selon le ministre français, se servent largement sur les richesses du pays. Depuis le retour au pouvoir en 2012 de Vladimir Poutine, l’Afrique est redevenue le terrain de chasse de la Russie, comme au temps de la guerre froide. Et alors que l’aide au développement se rétrécit du côté des ex-puissances coloniales, Moscou met les bouchées doubles, avec une prédilection pour la coopération militaire.

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Depuis 2017, pas moins de 25 accords militaires ont été passés comme en Centrafrique, où elle assure « la formation des troupes et la sécurité des personnalités », réduisant chaque jour un peu plus l’influence française. Au Tchad, « la Russie discute constamment avec les nouvelles autorités », selon un diplomate togolais qui suit de près la situation à N’Djaména pendant qu’à Bamako la société civile défile à Niarela Sud où se trouve l’ambassade russe pour appeler Poutine au secours. Igor Gromyko reçoit régulièrement des organisations maliennes qui réclament, selon la presse locale, « un déploiement militaire russe pour remplacer les Français ». Une option à laquelle travaille Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre des Affaires étrangères. Selon une source militaire dans l’entourage d’Assimi Goïta, « le vice-ministre des Affaires étrangères est chargé par Poutine en personne de tenir le Mali à l’œil » et toutes les solutions restent sur la table, « l’option militaire incluse ».

La bataille de l’opinion

Pour Boubou Cissé, « la France a une longue histoire avec le Mali et ne peut être écartée subitement ». L’ancien Premier ministre malien appelle à « des concertations avec la communauté internationale » alors que Mahmoud Dicko a déjà tranché : « Ce n’est pas à la France d’imposer ses solutions ». La plus grande autorité religieuse du Mali n’a pas non plus donné sa bénédiction à la Russie alors que la majorité des chefs d’État de l’Afrique de l’ouest francophone souhaite le maintien de la présence militaire française. Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Faure Gnassingbé (Togo) et Roch Kaboré (Burkina-Faso) ont obtenu récemment du nouvel homme fort de Bamako qu’il assouplisse son intransigeance vis-à-vis de Paris.

La plus grande autorité religieuse du Mali n’a pas non plus donné sa bénédiction à la Russie alors que la majorité des chefs d’État de l’Afrique de l’ouest francophone souhaite le maintien de la présence militaire française

En attendant de savoir de quel côté le vent de la diplomatie soufflera dans cette partie de l’Afrique, Moscou tente de renforcer son influence médiatique dans la région. Depuis le début du mois de juin, la gabonaise Laurence Ndong, la camerounaise Nathalie Yamb, qui appelle les dirigeants du continent à « essayer une collaboration avec Moscou », ou encore le polémiste raciste et antisémite franco-béninois Kémi Séba se relaient sur la toile pour prendre position pour la Russie. Ils faisaient partie des « influenceurs » que le chef adjoint de la diplomatie russe avait conviés à Sotchi en octobre 2019 en marge du sommet Russie- Afrique. À l’époque Mikhaïl Bogdanov espérait « qu’ils soient les meilleurs relais du Kremlin dans l’opinion ». Moscou peut à cet effet compter sur RT en français et Sputnik qui étendent leur réseau de correspondants locaux ainsi que sur « Afric », le think tank lancé en 2018 par Jose Matemulane. Le Mozambicain a su compter sur des financements russes alors que selon le journaliste Nour Deen Alohou, RFI ou France 24 « suscitent de plus en plus de méfiance sur le continent », accusées « d’être à la solde de Paris ».

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