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Du désintérêt des Français pour la vie politique

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Publié le

14 septembre 2021

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Le désamour des Français pour la politique ne se dément pas. Les taux d’abstention le montrent, les études du Cevipof détaillent ce mouvement de fond. À quoi les Français sont-ils réfractaires ? À la chose publique, à la démocratie représentative ou aux partis politiques ? Et comment les réconcilier avec la politique ?
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Le 22 février, le Cevipof, Centre de recherches politiques de Sciences Po, publiait, en collaboration avec l’institut de sondages OpinionWay son baromètre annuel de la confiance politique titré : « En qu(o)i les Français ont-ils confiance aujourd’hui ? » À la question : « Quand vous pensez à la politique, pouvez-vous me dire ce que vous éprouvez d’abord ? », 77 % des sondés répondaient par un terme à connotation négative. Ils étaient 39 % à affirmer que la politique leur inspirait de la méfiance, 23 % du dégoût, 12 % de l’ennui – et même, pour 3 %, de la peur ! Seuls 4 % affirmaient de but en blanc avoir du « respect » pour la politique et 1 % éprouver de l’« enthousiasme ».  Des taux de défiance du reste bien plus élevés que ceux enregistrés chez nos voisins britanniques ou allemands. Outre-Rhin, par exemple, le « dégoût » ressenti par rapport à la politique n’est exprimé que par 8 % des Allemands.

Du dégoût pour les égouts

Une analyse fine des différents baromètres Cevipof des années précédentes montre d’ailleurs que le phénomène est ancien. Il n’est pas corrélé à la présidence d’Emmanuel Macron. Les taux de « méfiance » et de « dégoût « sont exactement les mêmes que ceux enregistrés en 2010, alors que la présidence de la République était assurée par Nicolas Sarkozy. Mais si, à peu de chose près, le taux de « méfiance » est resté stable – près de 40 % des Français sont donc d’un naturel prudent… –, celui du « dégoût » fluctue considérablement, jusqu’à connaître des pics à 33 % de Français écœurés par la politique. Dernier sommet en date : à la fin de 2018, soit en plein dans la montée en puissance du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, c’est la décrue : de 32 % de « dégoûtés » fin 2018, la France est passée à 27 % fin 2019 et donc 23 % fin 2020.

Lire aussi : Plus on est de fous, mieux on se porte

Dans le même esprit, le niveau de confiance dans les partis politiques, qui était tombé à 9 %, est paradoxalement remonté depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Paradoxalement car LR et le PS se sont effondrés, le PCF n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut, le RN, ex-FN, connaît un nombre d’adhérents historiquement faible, et le parti du président de la République n’a aucune existence sur le terrain ! 16 % des Français disent néanmoins faire confiance aux partis politiques. C’est tout de même peu ? En effet. C’est nettement moins que les trois autres institutions les plus impopulaires que sont les médias (28 %), les syndicats (32 %) et les banques (38 %) ! Pour compléter le tableau, les Français jugent à 65 % que les hommes politiques sont « plutôt corrompus » et à 80 % qu’ils ne se « préoccupent pas d’eux ». Se fait aussi jour en filigrane la certitude que les prochaines générations « auront moins de chances de réussir que leurs parents ».

De la paix et de la prospérité

Cela étant, et contrairement à ce qu’affirment quelques éditorialistes en manque de sensations fortes, les Français sont attachés au fonctionnement démocratique des institutions. Ils ne demandent pas l’instauration d’un régime autoritaire. De fait, ils ressentent la Ve République comme de moins en moins démocratique et de plus en plus déconnectée de leurs attentes personnelles comme de leurs aspirations collectives. Ils sont 55 % à le dire : elle ne fonctionne pas très bien (19 % estimant même qu’elle ne fonctionne « pas bien du tout »). Il n’y a qu’en Italie qu’on soit plus mécontents de son fonctionnement. La question est donc : pourquoi les Français ont-ils cette impression diffuse de ne plus vivre dans une démocratie ? Peut-être parce que rien ne change jamais même quand ils daignent se déplacer aux urnes ?

Le peuple, quelle que soit la définition qu’on lui donne, ne se sent plus ni représenté par le mode de scrutin, ni correctement défendu par une classe qui a tout décidé sans tenir compte de ses avis (sur l’immigration, par exemple, ou, exemple le plus caricatural, sur la construction européenne, puisque son « non » au référendum de 2005 a été balayé par le Parlement). Ils sont 70 % à penser que « les hommes politiques sont déconnectés de la réalité et ne servent que leurs propres intérêts ».

L’impuissance qui caractérise les Français dans leur façon d’appréhender la politique n’est que le miroir de l’impuissance de la classe gouvernante à influencer le destin du monde

Or les Français ont des aspirations très simples : la prospérité et la sécurité, soit les fins du politique selon Rousseau. Un populisme bien pensé ne doit donc pas s’envisager autrement que comme la nécessaire réconciliation entre le peuple et les structures de pouvoir. Tout régime tire sa légitimité du peuple. Mais ce populisme doit nécessairement se montrer capable de gouverner et non simplement constituer un défouloir, auquel cas il serait un simple discours du déclin, c’est-à-dire de la démagogie. Il n’y a pas de chemin possible entre la révolution et la réforme.

Au fond, l’impuissance qui caractérise les Français dans leur façon d’appréhender la politique n’est que le miroir de l’impuissance de la classe gouvernante à influencer le destin du monde. L’État français est encore bercé par l’illusion de sa puissance militaire, industrielle, commerciale, culturelle ou éducative, chaque jour démentie par les réalités du XXIe siècle. Alors il resserre la vis sur les petits, se gargarise de prétentions ridicules, monte sur ses ergots administratifs avec le zèle des petits chefs qui se vengent.

Un discours politique aux objectifs modestes serait probablement plus à même de séduire les Français. Leurs ambitions sont aussi mesurées qu’importantes ; un pays en sécurité, pacifié et prospère. C’est déjà beaucoup, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Pour parler aux Français, le mieux à faire est de reconnaître les vérités qu’ils énoncent, sans verser dans le catastrophisme outrancier ou la démagogie simplificatrice.  

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