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Jordan Bardella : « Notre priorité est de rendre aux Français leur pays et leur argent » (1/2)

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Publié le

11 janvier 2022

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La candidate des LR enfin connue, la campagne présidentielle démarre vraiment en ce début d’année au moins à droite, où trois concurrents sérieux, Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour, vont se disputer les votes d’une France plus conservatrice et patriote que jamais. L’occasion pour le jeune président du Rassemblement national de détailler le programme de la candidate qu’il soutient et de souligner ses différences avec ses concurrents. Partie 1/2.
Bardella

Vous ouvrez votre campagne au Zénith de Reims, qui peut accueillir 3000 personnes : n’est-ce pas gênant symboliquement alors que Zemmour a lancé la sienne devant 15000 personnes ?

Benoît Hamon avait rempli Bercy en 2017, comme Le Pen avait rempli le Vélodrome en 1988 et dans les deux cas, cela ne s’est pas traduit électoralement. L’électorat de Zemmour est plutôt urbain, concentré à Paris, notamment avec les réseaux de la Manif pour tous, qui sont extrêmement mobilisables. En revanche, envoyez Zemmour à la foire de Vesoul pour un bain de foule, une personne sur trois ne saura pas qui il est. En lançant la campagne le 15 janvier, nous allons reproduire la formule des européennes qui avait bien fonctionné avec des petites et moyennes réunions dans les petites villes et villages de France. C’est-à-dire cibler les endroits où les responsables politiques ne vont plus, et où Marine Le Pen, par sa notoriété, peut remplir des salles.

Lancer la campagne à Reims, « où tout a commencé », est-ce pour parler davantage d’identité, sujet sur lequel Zemmour vous coupe l’herbe sous le pied ?

L’enjeu de civilisation sera la question centrale de cette campagne. Nous avions déjà posé cette question en 2017, cela fait cinq ans que l’on traduit ainsi la recomposition du paysage politique français : non plus entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui croient en la France millénaire, en la nation et ses protections, et ceux qui veulent sa disparition au profit d’autre chose. Dans cette campagne, Zemmour arrive trois mois trop tôt. Ce que je lui reproche, c’est d’avoir toujours voté pour ceux qui ont organisé et accompagné le déclin. Pour nous, nous avons déjà posé cet enjeu de civilisation sur la table, notamment au moment des élections européennes, qui sont l’exemple même du clivage civilisationnel.

Mais à la fin, cela ne recoupe-t-il pas les termes droite gauche ? Vous aviez dit il y a quelques mois que vous étiez de droite quand même.

Il est évident que je me sens plus proche de Laurent Wauquiez que d’Anne Hidalgo. Il y a des Français qui se sentent de droite, des Français qui se sentent de gauche, mais ce qui se joue dans le cadre de cette élection présidentielle, c’est-à-dire la survie et le destin de la France, dépasse très largement tous ces clivages. Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, savoir qui joue le candidat de gauche et qui joue le candidat de droite est très compliqué, surtout lorsque Valérie Pécresse explique qu’Emmanuel Macron est la copie tandis qu’elle est l’original. Elle donne même des leçons de macronisme à Macron. Derrière l’enjeu civilisationnel, c’est la question de l’immigration que l’on pose au centre du jeu. Mais aussi la question sociale : quoi qu’on en dise, le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français. La différence, c’est que nous parlons de la France et des Français, tandis qu’Éric Zemmour ne parle que de la France sans les Français.

« La différence, c’est que nous parlons de la France et des Français, tandis qu’Éric Zemmour ne parle que de la France sans les Français »

Jordan Bardella

Comment expliquez-vous que l’électorat âgé, qui a aussi des problèmes de pouvoir d’achat, et de retraite, reste plutôt fidèle à l’ancienne droite, voire à Zemmour ? En quoi leur faites-vous peur, et comment pouvez-vous les rassurer ?

C’est qu’il reste une génération de Français qui reste fidèle aux traditions familiales. Et ces traditions pour beaucoup de ces personnes âgées, c’était de voter pour le parti gaulliste, c’est-à-dire aujourd’hui pour LR. Je mentirais en disant qu’il ne persiste pas de craintes à notre égard, mais elles sont de moins en moins prégnantes. Et je pense que Zemmour aura été l’étape finale de la dédiabolisation pour tous ces Français qui en 2017 croyaient que l’on pouvait encore représenter une menace pour les libertés individuelles et publiques, parce qu’ils conservaient l’image du Front national d’il y a trente ans. Je pense que cela sera différent en 2022.

En matière économique, nous avons évolué par rapport à 2017 où nous nous étions focalisés sur les enjeux macroéconomiques – qui sont aujourd’hui bien compris et nous avons remporté une victoire idéologique à ce sujet : en effet ce que l’on retient du quinquennat de Macron, c’est que les grands thèmes comme le refus du libre-échange, le protectionnisme, le patriotisme économique et la souveraineté, sont aujourd’hui unanimement partagés à la fois par la classe politique et par les Français. D’où la possibilité de nous concentrer davantage désormais sur la microéconomie pour répondre aux questions de pouvoir d’achat, régler la question des droits de succession, apporter des réponses en matière de simplification pour les chefs d’entreprise. Notre rapport aux institutions européennes a également évolué, là où ce que l’on a pu proposer pendant longtemps apparaissait comme une sorte de big-bang institutionnel.

La sortie de l’euro est donc définitivement écartée ?

Personnellement, je suis contre la sortie de l’euro, même si en politique il ne faut jamais rien exclure. La rigidité de la Banque centrale européenne a considérablement diminué depuis dix ans, et surtout on a aujourd’hui la possibilité de tout changer en Europe sans rien détruire, parce qu’on a des alliés. La tournée européenne entreprise récemment par Marine Le Pen, auprès des Premiers ministres hongrois et polonais, contribue à montrer qu’une autre Europe est possible : une Europe qui veut défendre l’identité et la civilisation européennes.

Lire aussi : Éric Zemmour : « C’est moi l’élément commun des droites »

En demeurant dans les mêmes institutions ?

En les faisant changer. Marine Le Pen a déclaré que si elle était élue, son premier déplacement se ferait à Bruxelles pour renégocier et « récupérer le volant de la voiture ». Pour récupérer l’ensemble de nos souverainetés : la possibilité de maîtriser les frontières, de maîtriser le budget et de mettre en place un patriotisme économique. Nous souhaitons une Europe à la carte où l’on se met ensemble pour régler les grands défis du XXIe siècle : le doublement de la démographie africaine – ce que Stephen Smith appelle « la ruée vers l’Europe » – l’intelligence artificielle et la transition environnementale.

Pour en revenir aux questions micro-économiques : quelles sont vos réponses à la désertification des campagnes, à l’appauvrissement de la France périphérique ?

Nous souhaitons engager une « démétropolisation » : l’activité économique s’est concentrée autour des grandes métropoles, et a abouti à recréer ce que l’on déplorait après la Seconde Guerre mondiale, les grandes villes contre le désert français. Nous souhaitons désaturer les métropoles, en remettant de la vie à quarante, cinquante ou soixante kilomètres d’elles ; en utilisant le levier fiscal ; en créant des zones franches comme on l’a fait pendant très longtemps dans les banlieues ; en remettant des transports, des activités ; en permettant à des entreprises qui s’installent loin des grandes villes de ne quasiment plus payer d’impôts.

C’est aussi une réponse que nous apportons aux habitants des grandes villes, car qui dit relocalisation de l’activité économique dans les villes moyennes et le périurbain, dit aussi moins de bouchons, moins de pollution, diminution du coût de la vie, diminution du prix du foncier. Cela répond aussi à notre volonté de localisme par opposition au mondialisme. Nous voulons évidemment défendre les territoires par le patriotisme économique, une priorité donnée aux entreprises françaises dans la commande publique et faire en sorte que l’on inverse le coût de la distance : plus on se fournira près des lieux de production, plus le coût de la distance sera faible, alors qu’aujourd’hui c’est l’inverse. C’est la raison pour laquelle nous avons voté au Parlement européen en faveur d’une taxe carbone.

« Les jeunes du Rassemblement national sont aux responsabilités, ils sont députés, maires, président du Rassemblement national »

Jordan Bardella

Marine Le Pen, que l’on considérait comme jacobine, ne l’est plus ?

À l’échelon institutionnel, nous souhaitons revaloriser les communes. Les Français connaissent deux politiques : le maire et le président de la République. Les régions ne sont plus qu’une énième strate du millefeuille administratif, qui vient complexifier le processus de décision. Nous souhaitons que les conseils régionaux redeviennent des instances de coordination entre la nation et les départements qui seraient élus à la proportionnelle. Il faut revaloriser le statut des communes, que ce soit dans les dotations globales de fonctionnement, ou dans le statut des élus locaux puisque le maire est souvent le dernier rempart avant la désertification. On ne peut pas aujourd’hui se satisfaire d’une France où la campagne meurt, où les entreprises se délocalisent, où dans certaines régions, certains départements il n’y a plus de gynécologue par exemple.

Comment explique-t-on, comparé aux soutiens d’Éric Zemmour, le manque de visibilité des jeunes du Rassemblement national ? Peut-être sont-ils moins militants, ne viennent-ils pas des mêmes catégories socioprofessionnelles ?

Les jeunes du Rassemblement national sont aux responsabilités, ils sont députés, maires, président du Rassemblement national. Je pense que s’il y a bien un parti qui a fait confiance à la jeunesse et qui voit dans la politique une forme de transmission, c’est le Rassemblement national, qui a fait élire en 2012 Marion Maréchal, plus jeune députée de l’Assemblée nationale, et en 2014 David Rachline, plus jeune sénateur. Sans compter que Marine Le Pen est en tête, quasiment sur un pied d’égalité avec Emmanuel Macron, dans les sondages pour les intentions de vote chez les jeunes.

Chez les 18 -25 ans, elle est derrière Éric Zemmour et Emmanuel Macron.

Non, je crois que le taux de jeunes chez Zemmour est extrêmement faible dans l’électorat.

Comptez-vous plus utiliser les réseaux sociaux pour attirer les jeunes ?

Nous allons lancer « Les Jeunes avec Marine », à Reims le 15 janvier. Marine Le Pen a un compte TikTok, auquel nous consacrons pas mal de temps. Moi-même, je suis passé dans l’émission de Cyril Hanouna récemment, car les plus jeunes ne s’intéressent à la politique que par les biais de TikTok ou « Touche pas à mon poste ».

Lire aussi : Laure Lavalette : « Il y a eu le moment Zemmour comme il aurait pu y avoir la séquence Hanouna »

Justement : y a-t-il un « Face à Baba » prévu pour Marine Le Pen ?

Je milite pour qu’elle y aille, parce que beaucoup de jeunes ne s’intéressent à la politique qu’au travers de ces émissions, y compris les jeunes électeurs du Rassemblement national. Le défaut de Zemmour est de faire de la politique dans le rétroviseur, c’est-à-dire de considérer que c’était mieux avant. On peut effectivement le déplorer, être nostalgique de lois qui ont été votées en 1804 sur les prénoms et qui ne sont plus appliquées aujourd’hui ; nous, nous préférons dire à la jeunesse que ça sera mieux demain. Il y a là une réelle différence d’état d’esprit entre sa campagne et la nôtre.

Sur la question des prénoms, vous ne semblez en tout cas pas d’accord.

Donner un prénom français à ses enfants, c’est une marque d’amour au pays qui nous accueille, incontestablement. Mais je pense qu’il mélange beaucoup de choses : le prénom Mohammed peut être un marqueur culturel, quand Jordan et Kevin ne sont pas des marqueurs culturels, mais sociaux. Ce sont en fait les marqueurs culturels des classes populaires des années 90. Il n’y avait pas de volonté de défrancisation quand ma mère m’a appelée Jordan.

C’est tout de même une américanisation, donc une sorte de marqueur culturel.

Bien sûr. Mais tout en étant profondément attachés à l’assimilation, nous n’avons aucune volonté de croisade contre telle ou telle religion. Je ne suis pas en croisade contre l’islam. Je pense que l’islam a pris une place prépondérante aujourd’hui dans beaucoup de territoires français, c’est incontestable. Et cette religion sous son projet politique – car la frontière est mince – est en train de bouleverser la manière de vivre, le rapport à la France, à nos mœurs, nos lois, nos coutumes dans beaucoup de quartiers. J’ai aussi rencontré des gens en Seine-Saint Denis qui me disent : « L’islamisme qu’on a fui d’Algérie dans les années 90, on est en train de le retrouver aujourd’hui dans nos quartiers en France et ça nous fait peur ». Pour moi l’assimilation, c’est la phrase de Romain Gary : « Je n’ai pas une goutte de sang %ançais, mais la France coule dans mes veines ».

On a demandé un effort extrêmement exigeant à toutes les générations d’immigrés arrivés dans les années 50 et 60. L’idée alors n’était pas « Venez comme vous êtes », mais « Devenez ce que nous sommes ». Et ils ont fait ces efforts pour s’intégrer, s’assimiler, apprendre la langue, respecter le pays qui les avait accueillis. C’est typiquement l’exemple de ma famille et c’est ce qui fait que nous nous sentons aujourd’hui redevables à la France, à un pays qui nous a absolument tout donné. Le problème d’aujourd’hui est que les nouvelles générations semblent dispensées de cet effort.

« Le rôle du responsable politique est justement d’éviter la guerre civile »

Jordan Bardella

Mais vous voyez bien que cette « nouvelle génération » est issue d’une immigration particulière ? Les Chinois du XIIIe arrondissement s’assimilent, et ils ont des prénoms français.

Certainement. Mais que ceux qui se sont succédé à la tête de l’État ont enfermé les immigrés issus de nos anciennes colonies dans une posture victimaire et dans une forme d’ambiguïté à l’égard d’une rente mémorielle. Quand les supporters algériens défilent sur les Champs- Élysées, ils se comportent comme des prédateurs en terrain conquis. Il y a visiblement une bonne partie de ces jeunes-là qui ne se sentent français que le 5 du mois, au moment de recevoir la CAF. Nous disons donc que nous ne pouvons plus accueillir d’immigration supplémentaire : en conséquence, la première mesure que nous prendrons sera d’arrêter l’immigration. Mais je sais aussi qu’il y a beaucoup de tensions dans le pays et que dans beaucoup de quartiers, nous sommes déjà au bord de la guérilla. Et ce que ne perçoit pas Éric Zemmour, c’est que le pays est dans un tel état de fractures et de divisions, sociales et culturelles, ethniques et identitaires, que venir jouer avec des allumettes à côté de la station essence serait irresponsable. Le rôle du responsable politique est justement d’éviter la guerre civile.

Quand Éric Zemmour dit que « la guerre civile a déjà démarré », quelle est la suite des opérations ? De notre côté nous avons justement la volonté d’éviter la guerre civile. Pour cela, la première des mesures à prendre est d’arrêter l’immigration : on diminuera le nombre de titres de séjours légaux, on supprimera le regroupement familial, on supprimera le droit du sol, on réservera les aides sociales aux Français, et on fera voter par référendum un projet de loi visant à rendre l’ensemble de ces mesures inattaquables devant la justice. Parce qu’une partie des juges dans notre pays ne fait plus du droit mais de la politique. On instaurera également dans le droit la priorité nationale, qui fait qu’à compétences égales pour l’accès à l’emploi ou au logement, les Français doivent être prioritaires. Les Français sont chez eux, ils n’ont qu’une seule maison, il est normal qu’ils aient la priorité. Avec nous, les Français seront premiers servis chez eux. Mais nous n’avons de haine contre personne : la question migratoire peut être traitée humainement et fermement.

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