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Faut-il réformer le système des parrainages ?

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27 janvier 2022

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Plusieurs candidats de droite peinent à obtenir les 500 parrainages nécessaires pour la présidentielle et réclament une réforme radicale du système en vigueur. Alors, nécessité démocratique ou fausse bonne idée ?
elysée 2017

Marinistes et zemmouriens n’en peuvent plus : leur champion affiche quelques difficultés à recueillir les 500 parrainages, et voilà qu’il faudrait mettre à bas tout le système des parrainages ; c’est-à-dire pêle-mêle supprimer la publicité des parrainages, ou créer un pool d’élus qui avalisent (toutes ?) les candidatures (idée déjà avancée par le comité Balladur en 2007), ou mettre en place des parrainages-citoyens (proposition de la commission Jospin en 2012), ou supprimer tout entière l’entrave des parrainages, car après tout, seul le peuple est réputé avoir raison. Soucis conjoncturel et intéressé, réponse structurelle et systématique : quelle étroitesse de vue !

Faisons un bref tour d’horizon. Le système des parrainages date de la première élection présidentielle au suffrage universel direct en 1965 – avalisé donc par de Gaulle en personne. Il fallait alors 100 parrainages, nombre qui passa à 500 lors de la réforme de juin 1976 pour contrer la multiplication des candidatures (6 en 1965, 12 en 1974). Notons que ce nouveau seuil n’a pas depuis empêché la multiplication des candidatures – il y en eut seize en 2002, onze en 2017.

Lire aussi : Les hommes politiques ont-ils une vie privée ?

Quant à la publicité des parrainages, elle date de cette même réforme. Nom et qualité de 500 des parrains par candidat étaient publiés ; beaucoup pouvaient donc espérer ne pas être connus. Ce texte a été modifié par une loi d’avril 2016 sous le quinquennat François Hollande qui oblige la publication en continu de tous les parrainages, une réforme autant idéologique – la sacro-sainte transparence – que cynique – compliquer la tâche des candidats minoritaires et/ou très marqués politiquement. De fait, si près de 42 000 élus, dont 36 000 maires, peuvent parrainer, seuls 14 000 s’étaient pliés à l’exercice en 2017, ce qui n’avait pas empêché Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jean Lasalle et même Jacques Cheminade d’être candidats. Vous parlez d’une entrave !

Un mécanisme doublement conservateur

Qu’à cela ne tienne : mises en difficulté, les droites réclament une réforme, sans pourtant remarquer que le système des parrainages est éminemment conservateur, au moins pour une double-raison.

D’abord, en défendant l’une des dernières poches de démocratie indirecte (avec les élections sénatoriales), il reconnaît l’importance politique des notables (ces fameuses « autorités morales » sur lesquelles Frédéric Le Play vouloir refaire la France) et consacre une démocratie anti-rousseauiste qui fait toute sa place aux corps intermédiaires – quand la grande maladie moderne est à leur lente et progressive disparition, pris en tenaille entre l’extension infinie de l’État central d’un côté, et d’une souveraineté populaire qui se veut translucide et sûre d’elle-même de l’autre, refusant que quiconque parle encore en son nom. Ultime incarnation des réseaux constitués dont parlait Alexis de Tocqueville et qui, en maillant le territoire et l’opinion, devaient contrebalancer la tyrannie de la majorité. Ultime permanence de la conception patriarcale, hiérarchique et pyramidale de l’État dont Charles Maurras fut l’un des ultimes défenseurs, et que les populistes – ces révolutionnaires qui considèrent que tout doit plier devant l’opinion – rêvent de mettre à terre.

Revenir sur la publicisation des parrainages, c’est encourager le dégoûtant double-discours des élus et donc l’existence d’une omerta intellectuelle sur les idées conservatrices

Dès lors, la publicité des parrainages ne paraît pas injustifiée, pour une tout autre raison que la transparence d’ailleurs : le parrainage n’est pas un choix individuel et secret en isoloir pour un scrutin majoritaire, mais bien la décision d’une autorité publique en tant qu’elle dirige et représente une communauté politique. Pourquoi ne devrait-elle pas assumer cette autorité ?

Ajoutons un second point tout aussi fondamental : les parrainages permettent de contrôler le maillage territorial d’un candidat, puisqu’ils doivent émaner d’élus répartis dans au moins trente départements différents, sans que plus d’un dixième des parrainages n’émane du même. Et de fait, le recueil des parrainages oblige le candidat à se rendre dans la France périphérique, d’y rencontrer les petits maires et d’écouter leurs doléances. Une bonne bouffée de réel qui ne fera pas de mal à certains !

Cette demande d’ancrage territorial rappelle le système de la présidentielle américaine qui, à l’absolu du vote populaire, préfère la représentation de toutes les Amériques, en donnant proportionnellement un poids plus important aux votes des périphéries (système qui a permis à Trump de gagner, et l’on n’a pas entendu les populistes français le remettre en cause à l’époque !). Pensé par James Madison, « père de la Constitution » américaine, issu de Virginie et défenseur des intérêts confédérés, ce système permet l’élection d’un président qui ne soit pas uniquement celui de la majorité urbaine. Et si le problème des candidats qui galèrent n’était pas au fond leur très faible enracinement territorial ? Le Rassemblement national a longtemps négligé la question, alors que rien n’est dû au tout récent Reconquête, sauf à revendiquer un bougisme démocratique permanent. S’il fallait réformer le système des parrainages en un sens conservateur, sûrement faudrait-il encore augmenter cette nécessité d’implantation locale.

Lire aussi : Jordan Bardella : « Notre priorité est de rendre aux Français leur pays et leur argent » (1/2)

Répondre au chantage par l’éthique du courage

Il ne s’agit pas de nier les problèmes de fond, mais bien plutôt de les poser sérieusement (donc au-delà des intérêts immédiats). Peut-être ce décalage traduit-il un manque de représentativité des collectivités territoriales, auquel cas l’on pourrait s’interroger sur les modes de scrutin locaux. Bien évidemment, des pressions et chantages aux subventions sont exercés par les exécutifs locaux supérieurs pour que les élus subordonnés parrainent « bien », sinistre rappel des ravages du fait partisan (donc la démocratie !) qui a beaucoup fait oublier le souci du bien commun.

Il n’est qu’une solution sérieuse et viable : l’éthique du courage. Les élus de droite à tous les niveaux doivent assumer publiquement leurs positions pour faire définitivement voler en éclats le politiquement correct. Revenir sur la publicisation des parrainages, c’est encourager le dégoûtant double-discours des élus et donc l’existence d’une omerta intellectuelle sur les idées conservatrices, quand la publicisation permet, si courage il y a, d’ouvrir la fenêtre du dicible et de les normaliser. Comment prétendre gouverner 65 millions de personnes si l’on n’est pas capable de réunir 500 élus derrière sa bannière ? Le courage donc, quitte à risquer le martyre. Si les élus s’y refusent, c’est que la droite n’a pas encore gagné dans les esprits et que l’état de l’opinion ne lui permettrait pas de faire ce qu’elle doit faire une fois aux manettes ; au fond, qu’elle n’est pas en état de gouverner.

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