« Il n’y a pas de principe supérieur dans notre République qui oblige les patients en fin de vie à vivre leurs souffrances jusqu’au bout ». Telle est la citation qui orne le site de l’ADMD, principale association à combattre pour la légalisation de l’euthanasie. Développant depuis 1980 un arsenal législatif et intellectuel pour défendre sa proposition, l’ADMD regroupe des dizaines de milliers d’adhérents pour appuyer ses actions. L’année dernière, elle a notamment aidé des députés comme Olivier Falorni à présenter un projet de loi visant à réformer la loi Claeys-Leonetti. Un délégué de l’ADMD, Philippe Lohéac, explique que l’association milite pour « un accès universel aux soins palliatifs en accordant le droit à la fin de vie en dernier recours et une aide active à mourir ». Leur objectif n’est pas de consacrer un « droit absolu » mais de mettre en place une loi « universelle, républicaine et non-marchandisée contrairement à l’association Ultime Liberté » en se fondant sur la loi belge. « Nous ne sommes pas des intellectuels, ni des idéologues. Nous nous inspirons de ce qui fonctionne », ajoute-t-il.
L’ancien président de l’ADMD, Jean-Luc Romero, est une des figures-phare de la lutte contre le SIDA et a été élu parisien de droite. Parmi ses soutiens, on retrouve d’anciens ministres comme Marylise Lebranchu ou Véronique Neiertz, mais aussi des politiciens comme Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo, des philosophes – Michel Onfray et Boris Cyrulnik – et des personnalités avec Hugues Aufray et Line Renaud. Une assise médiatique forte qui donne de la légitimité à leur cause.
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L’association dispose de puissants moyens. En 2012, Jean-Luc Romero crée un fonds de dotation ayant pour seule finalité de financer l’ADMD. Ce fonds reçut en quatre ans 3 939 250,5 euros, principalement le legs d’une personne non-adhérente inconnue. Fin 2019, le montant de ce fonds s’élevait à 4 759 575,68 euros. Il permet de financer l’ADMD à hauteur d’environ 100 000 euros par an.
Le reste du budget provient des cotisations. Elles sont copieuses. En 2019, l’ADMD a encaissé 1,4 millions de cotisations normales (entre 20 et 50 €), plus 200 000 adhésions « bienfaitrices ». Si on ajoute des produits financiers, ses ressources 2019 se sont élevées à 1,9 millions. Et puis au bilan elle possédait plus de 982 571 de disponibilités financières. L’ADMD est riche. Elle peut payer neuf salariés.
Si l’ADMD est indubitablement l’association ayant le plus de poids, elle n’est pas la seule à entendre peser dans le débat. L’association « Le Choix »déclare ainsi : « Nous voulons une loi offrant à chacun la liberté de choisir sa fin de vie ». Ses deux présidents sont Denis Labayle et Nathalie Andrews. Le premier est un ancien chef de clinique des Hôpitaux de Paris qui, depuis 20 ans, milite en faveur de l’euthanasie. Écrivain, il dénonce la manière dont les mourants doivent terminer leur vie à l’hôpital et a rejoint Le Choix il y a trois ans. Nathalie Andrews de son côté est une ancienne de l’ADMD Belgique dans laquelle elle a longtemps milité. Ayant fait de l’euthanasie un combat de longue haleine, elle souhaite exporter le modèle belge en France, raison pour laquelle elle est désormais membre du Choix.
Le Choix se veut donc complémentaire à l’ADMD, tout en militant pour une législation proche de celle des Pays-Bas ou de la Belgique
Le Choix se fonde sur un soutien citoyen (au contraire de l’ADMD, plus médiatique). L’association tente de fédérer un mouvement autour de cette question. Les moyens mis en œuvre divergent donc, mais pas le fond. En effet, c’est une querelle interne à l’ADMD qui a donné naissance au Choix. On peut lire sur leur site des lettres adressées à des politiciens et des témoignages des membres qui décrivent la douleur qui fut la leur en voyant des membres de leur famille souffrir avant de mourir. Le Choix se veut donc complémentaire à l’ADMD, tout en militant pour une législation proche de celle des Pays-Bas ou de la Belgique.
Enfin, c’est Ultime Liberté qui complète ce triptyque des associations pro-euthanasie. Créée en 2009 par des anciens de l’ADMD France exaspérés du manque de résultats et de l’impossibilité d’agir concrètement pour l’euthanasie, Ultime Liberté fait figure d’association la plus radicale en la matière. Claude Hury, présidente de l’association, décrie la « modération de l’ADMD depuis 1987. Voyant que je ne pouvais pas changer la tendance en tant que secrétaire adjointe de l’ADMD, j’ai décidé de monter Ultime Liberté ».
Désirant faire de la mort un acte individuel, de façon tout à fait inconditionnelle, elle cherche une légalisation totale du suicide assisté. « Notre modèle, ce n’est pas la Belgique comme l’ADMD, c’est la Suisse », explique la présidente. C’est philosophiquement, dans la lignée du droit à l’avortement et du « Mon corps mon choix » qu’Ultime Liberté s’inscrit. Leur radicalisme leur a d’ailleurs valu une mise en examen en 2021.
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Dix membres de l’association ont en effet été traînés devant la justice pour « complicité d’importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique ». Ayant trafiqué un anesthésiant interdit en France depuis 25 ans, leur objectif était de vendre ce produit servant à se donner la mort sans douleur. Leur action, qu’ils n’ont pas niée, visait ainsi à aider 135 personnes à mourir par l’intermédiaire de ce produit. Claude Hury nous explique qu’Ultime Liberté a simplement « donné les informations permettant d’acquérir un produit aidant à partir sereinement et sans douleur […] Chacun prend sa responsabilité de commander [le produit]». Le produit utilisé, le pentobarbital, est selon elle un « médicament » interdit en France, mais légal en Belgique où il est utilisé pour se donner la mort.
Dans cette association, on peut notamment retrouver un certain Alain Cocq dont la mort avait été médiatisée en 2020 : atteint d’une maladie incurable, il avait choisi d’aller mourir en Suisse. On retrouve aussi des artistes, des psychologues et des membres du personnel soignant. L’artiste Livio Bernardo ou le réalisateur Olivier Peyon font ainsi partie de Ultime Liberté. Utilisant les journaux en guise de tribune, ils cherchent à convertir la population à leurs idées en employant des arguments comme « la vie est une prison ».
La pression s’exerce également au niveau européen. C’est en 2002 qu’une instance supranationale européenne s’exprime pour la première fois de façon significative sur le sujet. Alors que l’Anglaise Diane Pretty, atteinte d’une sclérose latérale amyotrophique (SLA) à un stade avancé, souhaite que son mari l’aide à se suicider, l’État britannique rejette sa demande. Elle fait appel à la Cour européenne des droits de l’homme (du Conseil de l’Europe). La Cour « consacre l’auto-détermination à la vie », tout en reconnaissant la souveraineté des États à ce sujet et donc n’accède pas à la demande de Diane Pretty, qui décèdera finalement quelques jours plus tard.
L’institution est également infiltrée par l’Open Society de Georges Soros, via Yonko Grozev : un ancien membre désormais juge à la CEDH
Dès lors, des pressions nationales se font sentir sur la CEDH. Les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et le Luxembourg légalisent l’euthanasie entre 2001 et 2021. L’institution est également infiltrée par l’Open Society de Georges Soros, via Yonko Grozev : un ancien membre désormais juge à la CEDH. En 2021, Yonko Grozev siège dans l’affaire d’un patient polonais résidant au Royaume-Uni qui risque d’être euthanasié en raison de son incurabilité. L’homme n’étant plus en capacité d’exprimer sa volonté, sa famille, appuyée par la congrégation des évêques polonais, demande un rapatriement sur son sol natal afin qu’il y soit soigné jusqu’à sa mort naturelle. Yonko Grozev a prononcé un jugement empêchant son retour en Pologne et a fortiori, pour son euthanasie.
Pour le moment, l’Union européenne tente de maintenir une certaine neutralité sur le sujet. Les rares interventions viennent ainsi de la CEDH. Les deux décisions prises ci-dessus ne sauraient être généralisées, mais démontrent un glissement dangereux des instances européennes sur la question. On ne peut donc pas nier l’existence de lobbys militant pour une forme ou une autre d’euthanasie en France. Pourtant, avec seulement trois associations (dont une seule ayant une incidence réelle) ces mouvements n’ont pas encore le poids que peuvent avoir les associations LGBT, bien plus médiatisées, et qui dictent leur loi sur les questions sociétales. Est bien plus à craindre en revanche, l’entrisme de ces lobbys dans les institutions européennes.





