Skip to content

L’islam est une révolution

Par

Publié le

1 juin 2022

Partage

Sommé de s’adapter à la forme occidentale du politique, l’islamisme incarne un pouvoir religieux structuré sous la forme d’un État – et non un simple retour à l’islam traditionnel.
islamisme

La religion musulmane n’a pas surgi par hasard, n’importe où, ni n’importe quand. Elle s’est dressée dans un monde précis, celui de la péninsule arabique du début du VIIe siècle, comme une révolte, un immense souffle de remise en cause de l’ancien ordre religieux et tribal qui régnait jusqu’alors sur cette partie du Moyen-Orient. Elle représente une révolution tout autant spirituelle que politique. En cela, elle possède une nature historique radicalement différente du christianisme, qui s’est développé dans le cadre déjà établi de l’Empire romain. Tandis que le christianisme forme une rupture de nature religieuse, l’islam représente aussi une rupture politique, une prise de pouvoir sur la société. L’islam constitue son propre césar, là où le christianisme des origines laisse le trône terrestre à un césar puissant et encore polythéiste. Il faudra en effet attendre la conversion de l’empereur Constantin puis celles des rois francs et le Moyen Âge pour que le christianisme accède enfin au pouvoir, mais uniquement en tant que soutien du monarque.

Lire aussi : L’islam est-il notre avenir ?

L’islam s’inscrit pour sa part dans une toute autre trajectoire. Cependant, historiquement, la structuration de l’islam en tant que mode d’organisation de la cité ne passa pas par l’instauration d’un État au sens occidental du terme. L’institution étatique ne doit en effet pas être confondue avec la simple notion de pouvoir politique. L’État constitue une forme particulière de système de gouvernement née à la fin du Moyen Âge en France et en Angleterre. Détenteur absolu de la souveraineté, disposant du monopole de la violence légitime, il repose sur la création d’un appareil spécifique, à savoir un corps fonctionnaire spécialisé dans l’exercice des prérogatives administratives. Il dirige par le recours à l’instrument du droit civil, regroupement d’un ensemble législatif dépouillé des dogmes religieux.

Ainsi défini, le règne de l’État s’est développé en Europe, grâce à sa redoutable efficacité administrative et militaire. Ce modèle l’emporta alors sur des concurrents en apparence bien plus puissants, tels que le système impérial romain germanique, le régime césaropapiste du Vatican, ou celui des cités libres des Flandres et d’Italie du nord.

Reconstruire l’unité du politique et du religieux consubstantielle à l’islam, tout en adoptant le modèle étatique, seul capable d’offrir un instrument de gouvernement suffisamment solide

Appuyé sur la force de sa révolution industrielle, l’occident a pu ensuite dominer le monde et répandre partout son organisation étatique, face à des sociétés incapables de lui résister. L’islam politique, dans son fonctionnement traditionnel, en est sorti brisé. Confronté à une menace d’effondrement, les penseurs musulmans du XIXe et du début du XXe siècle réagirent. En effet, leur ordre politique étant indissociable de l’ordre sacré, accepter de vivre dans un système régalien occidental sécularisé remettait en cause les fondements mêmes de leur édifice religieux. Par exemple la charia, loi tout autant policière que spirituelle, perdait une grande partie de son sens et se délitait si elle devait plier devant la loi civile. Alors que la vieille théologie musulmane traditionnelle se trouvait dans l’impasse, prise en étau entre son système culturel et la nécessité de se doter d’une structure étatique susceptible de faire face à la domination occidentale du monde, de nouveaux penseurs décidèrent de résoudre la difficulté en s’emparant de l’idée de l’État pour l’islamiser. Il s’agissait par-là, pour eux, de reconstruire l’unité du politique et du religieux consubstantielle à l’islam, tout en adoptant le modèle étatique, seul capable d’offrir un instrument de gouvernement suffisamment solide pour parvenir à émanciper l’espace arabo-musulman de l’inféodation coloniale européenne.

Le panarabisme ou le socialisme arabe furent eux aussi des tentatives de repositionner l’islam dans le champ du politique, mais sous une forme plus régalienne que théologique. Le projet de construction d’une nation arabe unitaire servit ainsi, en partie, à la formulation modernisée de l’exigence ancienne du rassemblement de l’oumma, c’est-à-dire de la communauté des croyants. Les mécanismes sociaux inspirés des utopies socialistes permettaient de leur côté de redonner corps aux principes économiques et sociaux anti-individualistes et anti-libéraux de l’islam. Mais face à ces formes nassériste ou baasiste de conciliation de l’islam et du politique, une autre voie émergea, à dominance ouvertement religieuse, l’islamisme. Il apparut en effet que les régimes panarabistes dégénérèrent rapidement en des dictatures militaires bureaucratiques, inefficaces et corrompues. Devant cet échec, une alternative se constitua, se proposant d’étatiser l’ordre islamique. L’islam se mit, dans cette logique, à être conçu comme une constitution politique devant animer, de l’intérieur, la puissance de l’État.

Lire aussi : Burkini à Grenoble : l’islamo-gauchisme en action

Il est par conséquent faux d’imaginer l’islamisme comme le simple retour de l’islam à sa vocation politique originelle. La conception du politique dans l’islam traditionnel est en effet celle d’un pouvoir sans État. À l’inverse, l’islamisme incarne un pouvoir religieux structuré sous la forme d’un État. L’islamisme constitue en réalité une version étatiste radicalisée de l’islam, et donc paradoxalement une forme politique occidentalisée de la religion musulmane. L’islamisme, loin de présenter le simple aspect d’un islam archaïque montant à l’assaut civilisationnel de l’Europe, forme d’abord le double islamisé de notre jacobinisme le plus sanglant, de notre terreur révolutionnaire et de nos totalitarismes. Les islamistes sont les derniers élèves effrayants de Lénine, les fils naturels nés de l’union improbable de Robespierre et du saint coran. L’islam est une révolution. L’islamisme lui mord les talons, avec un visage hideux de 1793. Ce fanatisme islamiste aux allures de Fouquier-Tinville réclame son lot de têtes tranchées. De toute évidence, comme l’annonçait Anatole France, « les dieux ont encore soif ».

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest