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SE Georges Habsbourg-Lorraine, ambassadeur de Hongrie : « Viktor Orban veut protéger la culture européenne, c’est tout »

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Publié le

14 octobre 2022

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Vilain petit canard pour les uns, exemple conservateur à suivre pour les autres, c’est peu dire que la Hongrie de Viktor Orban polarise l’opinion. État de droit, Russie, immigration, politique familiale : dans un français presque parfait, l’ambassadeur hongrois à Paris Son Excellence Georges Habsbourg-Lorraine a accepté de répondre à nos questions.
orban

La Commission européenne a proposé le 18 septembre de réduire de 7,5 milliards les fonds alloués à votre pays, en invoquant le « mécanisme de conditionnalité », arguant de problèmes de corruption ou de non-respect de l’État de droit. Que va-t-il se passer ?

L’avantage avec cette décision de la Commission européenne, c’est que les négociations de plusieurs mois sur la procédure de conditionnalité sont terminées, et qu’ainsi on ne peut plus rien réclamer pour le moment à la Hongrie. Cependant, les négociations – qui sont constructives – se poursuivront. La Hongrie s’est engagée à mettre en œuvre les modifications nécessaires et le gouvernement les a déjà soumises au Parlement. Nous avons pris 17 engagements, dont la création d’une Autorité d’Intégrité qui surveillera les procédures de passation des marchés publics pour les projets financés par l’UE.

La Commission européenne évoque des problèmes de corruption, et d’atteinte à l’État de droit. Pour vous, ce sont des choses parfaitement hors de propos ou y a-t-il néanmoins des efforts à faire ?

Il est toujours question d’État de droit : l’État de droit est quelque chose qui n’était pas défini jusqu’ici. Cependant, c’est un concept très important pour nous et nous sommes des partisans convaincus de l’État de droit, car nous avons toujours lutté contre l’oppression, d’abord sous les fascistes, puis sous les communistes. Le Premier ministre hongrois s’est également beaucoup battu pour la liberté de la Hongrie, pour y instaurer la démocratie à la place de la dictature communiste. Mais il faut avoir une claire définition de l’État de droit, pour identifier les problèmes. La question de la conditionnalité, qui est maintenant le grand débat, permet pour la première fois d’éclairer le point de vue de la Commission : ainsi, nous pourrons réagir de manière claire. La Hongrie a négocié avec la Commission européenne dans un esprit constructif afin d’élaborer conjointement les propositions, dont l’objectif est de garantir que la transparence des marchés publics fonctionne en Hongrie conformément aux normes de l’UE, ainsi que la lutte contre les conflits d’intérêts et la corruption. Il est difficile à réagir au simple constat de ce qu’en Hongrie l’État de droit ne fonctionnerait pas. Mais si les critiques sont concrètes, nous pourrons réagir de manière concrète.

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Votre relation est compliquée avec la Russie en ce moment, notamment à cause de la question énergétique. Pouvez-vous la préciser ?

Je suis toujours très étonné quand je lis que la Hongrie serait très proche de la Russie. Il est important de bien connaître l’histoire. Si on la connaît, on sait ce qui est arrivé en Hongrie en 1956 et pendant les années de la dictature communiste. Par ailleurs, sur la question de l’énergie, nous recevons aujourd’hui 85 % de notre gaz de la Russie et 64 % de notre pétrole. Cela nous place dans une situation très spéciale et difficile. Une situation très différente de celle de la France, qui est beaucoup moins tributaire de l’énergie qui arrive de Russie. Nous avons donc la nécessité de dialoguer avec la Russie. Avant l’éclatement de la guerre, notre Premier ministre a fait l’effort d’aller à Moscou parler avec le président Poutine. En amont de cette rencontre, il s’est entretenu avec Emmanuel Macron, et a parlé aussi avec le secrétaire général de l’OTAN. La position hongroise était très claire. Au sein de l’UE, il y a des différends concernant l’énergie, parce que la Hongrie est géographiquement beaucoup plus proche de la Russie que d’autres États membres, mais la Hongrie a condamné l’agression militaire dès le début, soutient la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et nous avons jusqu’à présent signé tous les paquets de sanctions apportés par l’Union européenne.

Et la situation avec les immigrés illégaux à la frontière avec la Serbie ?

Plus de 120 000 migrants clandestins ont déjà été arrêtés à la frontière hongroise cette année, soit deux fois et demie de plus que l’an dernier. Patrouiller le long de nos frontières est une priorité et nous avons heureusement bénéficié de l’aide de policiers de plusieurs pays, comme l’Autriche, la République tchèque et la Turquie. De même, la Hongrie a envoyé des policiers en Macédoine du Nord, en Slovénie et en Serbie. De plus, la clôture à la frontière que nous avons construite procure une protection importante. L’expérience que nous avons acquise nous permet d’aider les autres pays. Cette barrière fonctionne très bien. La Hongrie ne protège pas seulement ses frontières mais aussi les frontières extérieures de l’Union européenne. Ainsi, nous remplissons aussi nos obligations de Schengen.

« Il y a toujours eu une relation très correcte, et je dirais amicale, entre le président Macron et Viktor Orban, parce qu’ils savent chacun exactement ce que l’autre pense politiquement »


SE Georges Habsbourg-Lorraine

L’été dernier, votre Premier ministre a employé un terme mal compris, disant que la Hongrie refusait de vivre dans un monde « multi-ethnique ».

En Autriche, Viktor Orban a eu l’occasion de préciser sa position, après que toute la presse s’en est emparée, en expliquant qu’il parlait de la situation culturelle, de la culture en Europe centrale. Il a voulu dire que les gens d’Europe centrale souhaitaient préserver leur culture, chrétienne ou juive. Il n’y avait absolument aucun sentiment raciste derrière. Il veut protéger la culture européenne, c’est tout. Il y a une tolérance zéro pour l’antisémitisme en Hongrie. Nous sommes fiers que, selon l’enquête européenne récemment publiée, ce soit en Hongrie que les communautés juives se sentent le plus en sécurité sur le continent européen. Nous considérons Israël comme notre partenaire stratégique et le soutenons dans les forums internationaux.

Quelle est la situation économique ? La crise pourrait-elle remettre en cause la politique de « baisse des charges » mise en place depuis dix ans ?

Tout comme dans presque tous nos pays voisins, la situation économique de la Hongrie n’est pas facile. Les 10 dernières années ont été la période la plus faste des 100 dernières années en Hongrie, nous avons atteint le plein-emploi et de nombreux investissements étrangers nous sont parvenus, ce qui a créé beaucoup d’emplois. Le taux d’imposition des sociétés est de 9 %, ce qui en fait l’un des plus bas d’Europe. La France est d’ailleurs très bien représentée parmi les investisseurs. Mais la crise économique est malheureusement de plus en plus forte et nous pourrons rencontrer des problèmes dans les prochains mois.

Des mesures sont-elles déjà envisagées ?

Il y en a beaucoup, comme le plafonnement du prix de l’essence à 1,20 euro le litre. Ou, par exemple, le plafonnement des taux d’intérêt, le plafonnement des prix des produits alimentaires de première nécessité et le moratoire sur le crédit.

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La Hongrie est réputée pour sa politique familiale : en voyez-vous déjà les fruits dans la natalité et dans la démographie ?

Quand notre Premier ministre est arrivé au pouvoir en 2010, il a constaté avec son gouvernement que la démographie était l’un de nos plus grands problèmes. En Hongrie, la natalité était très basse, de l’ordre d’1,2 enfant par femme. Une catastrophe quand on sait que l’on a besoin de 2,2 enfants par femme. Beaucoup a été fait, comme accorder des crédits aux jeunes familles : quand on a un enfant, il faut rembourser moins, moins encore quand on a deux enfants et si l’on a trois enfants, il ne faut plus rembourser le crédit. De même ont été accordés des crédits pour acheter une maison, une voiture. Et les femmes qui ont plus de trois enfants ne paient plus d’impôts. Quel est le résultat de cette politique ? En dix ans, on est passé à 1,6 enfant par famille. C’est un pas très important dans la bonne direction, mais nous sommes encore loin du compte. De même, il y a beaucoup plus de mariages, moins de divorces et aussi beaucoup moins d’avortements. Tous ces résultats sont très positifs. Naturellement, nous avons encore un long chemin à parcourir, pour aider les jeunes familles, mais cela montre que nous allons dans la bonne direction. Une autre chose très importante, c’est que notre ministre de la Famille, madame Novak, est devenue présidente.

Est-ce que le fait que votre Premier ministre ait participé au CPAC, la grande conférence conservatrice américaine, est un signal envoyé à l’Union européenne pour montrer que la Hongrie peut nouer d’autres alliances ?

Nous travaillerons certainement avec tous ceux qui sont élus aux États-Unis, mais il faut être honnête, en matière de relations politiques, il y a une grande différence entre les administrations républicaines et démocrates. Les relations entre les États-Unis et la Hongrie étaient très bonnes sous le dernier gouvernement républicain, mais nous avons des contacts avec d’autres partis conservateurs en Europe.

Quelles sont vos relations en ce moment avec le gouvernement français et Emmanuel Macron ?

Il y a toujours eu une relation très correcte, et je dirais amicale, entre le président Macron et Viktor Orban, parce qu’ils savent chacun exactement ce que l’autre pense politiquement. Il y a des débats très constructifs entre les deux. On l’a vu lors de la visite du président Macron en Hongrie au mois de décembre dernier. Par ailleurs, contrairement à ce qu’on lit généralement dans la presse, les relations entre nos deux pays sont très bonnes d’un point de vue économique ou culturel, par exemple.

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