
Les profs de Lettres, les femmes du moins, vont pouvoir recommencer à rêver. Plus d’une, en 2017, s’était mise à regarder son meilleur élève de Première d’un autre œil, imaginant qu’elle pourrait l’épouser un jour et devenir première dame de France quelques années plus tard.
En décernant leur prix à Annie Ernaux, les jurys du Nobel ont-ils voulu donner un peu d’espoir à toutes celles qui, comme la narratrice des Années ne donnent plus que « de vagues cours à des classes énervées » ? Le message serait simple : écrivez, vous pourrez arrêter d’enseigner et vous consacrer entièrement aux Lettres. Pourtant, sans s’en rendre compte, Annie Ernaux a fait l’inverse : depuis qu’elle a cessé d’enseigner pour écrire, elle a renoncé à la littérature, tout en devenant plus prof que jamais. Prof, elle est et elle reste, ce qui ne serait pas honteux si cela ne nuisait pas tant à ses textes. Dans son premier récit, Les Armoires vides, outre son avortement dont elle a fait depuis un argument éditorial permanent, Ernaux rapportait les mots de la fierté de sa mère : « Un futur professeur m’a dit sa maîtresse ».…












