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La Pièce rapportée : comédie acidulée

C’est l’histoire de deux êtres que rien ne prédestinait à se rencontrer. Paul Château-Têtard (Philippe Katerine), riche héritier de quarante-cinq ans, fils à sa maman, mollasson, vissé à son portable et obnubilé par ses parties de Candy Crush et Ava (Anais Desmoustier), jeune fille en fleur naïve, pleine de vie, idéaliste et sans le sou. Alors que l’un vit reclus chez sa mère (parfaite Josiane Balasko) qui le couve jusqu’à l’étouffement dans un superbe hôtel particulier et que l’autre travaille dans une cabine souterraine de la RATP, une histoire naît. […]

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En formation : docu cliché
On aime, en documentaire, redoubler le sujet de l’enseignement, afin de faire passer les connaissances des élèves aux spectateurs. Qu’apprend-on, dans En formation, qui suit durant une année des étudiants en journalisme ? Que la fabrique du reporter est une fabrique à clichés, ce qu’on suspectait bien et qui relève en soi du cliché. L’insistance portée sur le storytelling et le calibrage des voix donne quelques scènes intéressantes mais trop répétées, si bien que le filon s’amenuise rapidement. Julien Meunier et Sébastien Magnier se mettent alors à guetter le réveil du citoyen dans la masse informe des futurs Pujadas. [...]
Station opéra : Ardent Pelléas

Pelléas et Mélisande (1902) est un cas unique dans l’histoire de l’opéra. Trois siècles après la naissance du « recitar cantando » (inventé avec l’opéra pour éviter l’ennui du récitatif), Debussy ramène le chant au plus proche de la déclamation. Le drame de Maeterlinck n’a rien d’un livret traditionnel : sa prose dépouillée est surtout faite d’allusions et de non-dits. Une brume épaisse enveloppe la plus ordinaire des histoires, le triangle amoureux : un mari jaloux de la complicité qui s’installe entre son frère et sa femme. La tragédie sera inéluctable, quoiqu’à peine esquissée. […]

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De la persistance du clivage droite-gauche

« Tiens, maman, regarde, c’est bizarre, non ? De placer les couverts comme ça, la fourchette à droite et le couteau à gauche… C’est pas l’inverse, en général ? », demanda la jeune fille en faisant le tour de la table, gracieuse comme un faon mais curieuse comme une pie.

– Anna, s’il te plaît ! lui répondit sa mère en la foudroyant du regard. Ça ne se fait pas, quand on est invité, de commenter ce genre de choses ! À quinze ans, tu devrais le savoir tout de même, ce n’est pas la première fois que je te le répète !

– Allons, Charlotte, laissez-la donc s’exprimer ! pouffa E., qui venait d’entrer dans la salle à manger. La vérité sort de la bouche des enfants, nous en avons une preuve supplémentaire. D’ailleurs, vous n’ignorez pas que notre chère Chantal, quoique née Trompier-Gravier, a toujours eu, en ce qui concerne les arts de la table, des manières disons… peu conventionnelles.

– Pourquoi ça, peu conventionnelles ?

Comme dans les vaudevilles ou les feuilletons télévisés, Chantal était arrivée à l’improviste derrière lui, et avait saisi suffisamment de bribes de la conversation pour en deviner la tonalité générale. […]

Tout ceci ne tient aucun compte de la diversité, ni de la minorité trop longtemps opprimée des gauchers, ni des droitiers qui ont décidé qu'ils ne voulaient plus l'être

Chauds les marrons !

On trouve, dans plusieurs régions de France, des terres de castanide. Des sols granitiques, acides, pentus, dur à travailler. Des sols froids dans des climats froids et rugueux. Des régions pauvres, loin des plaines de froment et de bonnes céréales. Dans ces régions, en Bretagne, Corse, Limousin, Ardèche, le châtaignier seul pousse. Un arbre dur à la peine, qui offre son bois pour la construction des maisons et des meubles et ses châtaignes, pour la nourriture des hommes et des cochons. Bienvenue en terre de castanide. Au XXe siècle, le châtaignier a failli disparaître, devenu inutile tant pour son bois que pour sa farine, dont la population a fini par se lasser. Puis, redécouvert, apprécié de nouveau, il a sauvé sa tête et poursuivi son histoire. […]

Dans les campagnes, on ramasse les châtaignes et, dans les villes, on les grille au coin des rues quand retentit de nouveau ce cri de « Chaud les marrons ! »

Partout, les saints : Saint Galgano Guidotti

Galgano naît dans une famille de la noblesse de Sienne, en 1148. Dès qu’il tient vaguement sur ses guiboles, son père lui donne toute l’éducation que le pognon peut offrir : maniement de l’épée, équitation, latin et arts de la table. Ces plaisirs terrestres conviennent parfaitement au jeune Galgano. Adolescent, il partage son temps entre hacher consciencieusement ses ennemis et scandaliser allègrement la bonne société. Bref, c’est un très gros toquard, mais pas un mauvais bougre.

Un jour, il part en tournée sur ses terres pour vérifier que tout le monde gratte assez bien ses terres et qu’aucun malfrat ne prend trop la confiance. Sur la route de Montesiepi, un petit bled du coin, il est pris d’une vision extatique. Comme Galgano est chevalier de son état, Dieu sort l’artillerie lourde : saint Michel Archange, Prince des Archanges, Archange du Premier Rayon, Défenseur de la Foi, Prince de tous les anges du Bien, chef des forces du ciel, de la milice céleste, champion du Bien. Pour le jeune Galgano, c’est le choc : un envoyé céleste beaucoup trop fort en baston lui parle. Michel l’invite à se rendre dans une chapelle abandonnée située sur les hauteurs du village. Sur place, une nouvelle vision lui est révélée : Jésus et Marie sont assis autour d’une table ronde, entourés de douze apôtres. Ok, reçu mon capitaine, on arrête les frasques.[…]

Sa vie est à Dieu, ceux qui ne sont pas contents vont se faire voir chez les Maures

Les critiques littéraires de novembre (2/2)

Fugue latine

Continent’italia, Samuel Brussell, Stock, 272 p., 19,90€

Notre complice Samuel Brussell nous offre un beau livre sur l’Italie où cet esprit mercuriel de l’Europe, toujours en partance, carnet à la main, œil alerte, mémoire bouillonnante, sourire malicieux, compile des dérives sur le corps aimé de la sœur latine, laquelle, à force qu’on y multiplie les trajectoires et les correspondances, atteint la dimension d’un continent. Sous l’égide de Stendhal (« Non, l’action la plus simple ne se fait pas à Rome comme à Paris »), Brussell relève des attitudes, des réflexions, des anecdotes récoltées lors de voyages qui ressemblent tous à des fugues, au sens musical du terme, faisant courir la mélodie de ces détails sur les grands accords du passé. « Comme toujours, il suffisait de se souvenir du passé vivant pour mieux déchiffrer le présent, cette ombre coquette ». Cette manière subtile et foutraque de capter la vitalité des êtres et des choses, si distincte de la cérébralité parisienne, possède elle-même un accent et un charme italiens.…

La compromission est entrée à l’Académie

On s’est récemment félicité de l’élection de l’écrivain d’origine péruvienne Mario Vargas Llosa, lauréat du prix Nobel en 2010, au dix-huitième siège de l’Académie française. Au vu de son élection dite de maréchal par un vote quasi-unanime, il semble bien que soit passé inaperçu, parmi les sages, le fait que le candidat n’ait jamais écrit en français.

Les sièges se comblent difficilement compte tenu du faible taux de grands écrivains, dit-on. Quelle merveilleuse occasion pour adopter une politique de « diversification », comme on les connaît en Union européenne ! Ces derniers jours, on parlait donc dans les médias de littérature mondiale, de cosmopolitisme, d’un esprit d’ouverture ou encore d’une ouverture internationale, pour renchérir. Pour une institution qui avait longtemps dédaigné Corneille et carrément barré la route à Molière pour cause de chichis ridicules, on aurait pensé les quarante immortels plus exigeants, conformément à la tradition et à l’histoire de la maison.

Il n’a jamais rendu l’hommage suprême à notre langue, qu’il se vante d’adorer, en y trempant sa plume comme l’ont fait d’autres académiciens nés à l’étranger

Il est vrai : l’œuvre magistrale de Vargas Llosa est nourrie d’une tradition française et est éprise de nos idées de liberté, d’humanisme et d’universalisme. L’écrivain a longtemps vécu à Paris, s’y est réfugié et y a appris la langue française. Ses opinions politiques marquées à droite n’étaient pas, non plus, pour déplaire au conservatisme de l’Académie et on peut également dire qu’il a contribué à la diffusion d’une certaine philosophie française. Toutefois – et c’est l’essentiel –, il n’a jamais contribué au génie des lettres françaises. Il n’a jamais rendu l’hommage suprême à notre langue, qu’il se vante d’adorer, en y trempant sa plume comme l’ont fait d’autres académiciens nés à l’étranger : citons les exemples actuels d’Andreï Makine, François Cheng, Maurizio Serra et Michael Edwards qui se sont donné cette peine et qui se sont chargés de cet honneur. [...]

L’Incorrect

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