Cruella de Craig Gillespie avec Emma Stone, Emma Thompson et Joel Fry
Londres, années 70, en plein mouvement punk rock. Escroc pleine de talent, Estella est résolue à se faire un nom dans le milieu de la mode. Elle se lie d’amitié avec deux jeunes vauriens qui apprécient ses compétences d’arnaqueuse et mène avec eux une existence criminelle dans les rues de Londres. On ne s’attendait pas à grand-chose, du moins à rien de bien positif, tant le nouveau filon de Disney qui consiste à pondre des remakes de leurs chefs-d’œuvre animés en film renifle davantage la recherche de biftons que de qualité. Cette Cruella est une bonne surprise. D’une part parce que l’histoire s’inscrit en amont des 101 Dalmatiens – de la naissance de la méchante en manteau de clébards tachetés jusqu’à son apogée de malfaisance – dans le Londres des Sex Pistols, et d’autre part parce que l’excellent Craig Gillespie prend un malin plaisir à mettre en scène ce duel d’affreuses grelûches merveilleusement interprétées par Emma Stone et la reine Emma Thompson. Si Cruella reste un divertissement (haut de couture) grand public, relativement prévisible et n’assume qu’à moitié la noirceur de son personnage, il reste suffisamment audacieux, et même jubilatoire par instant, pour surprendre [ ...]
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1960 : modeste représentant de commerce anglais, Greville Wynne se retrouve impliqué dans la guerre froide. À la demande du MI-6 et de la CIA, il noue une alliance aussi secrète que périlleuse avec le colonel soviétique Oleg Penkovsky. Objectif : fournir les renseignements nécessaires aux Occidentaux pour éviter un affrontement nucléaire et désamorcer la crise des missiles de Cuba. Il entame alors une série d’allers-retours entre Londres et Moscou en prenant de plus en plus de risques.
Ce volume inédit rassemble une cinquantaine de microfictions écrites par Slawomir Mrozek dans les années 1960 pour la radio polonaise. Dans une administration communiste typique, croulant sous la bureaucratie et les tâches dépourvues de sens, s’agitent les camarades travailleurs, désignés par leur titre : le Directeur, le Comptable, l’Appariteur, le Conseiller, le Stagiaire, etc. Comparables à des strips en bande-dessinées, ces historiettes à froid, remplies d’humour absurde et débonnaire, racontent les délires du régime sur un ton de parfaite équanimité qui rappelle le flegme british, avec en prime une touche de nihilisme slave et de folie kafkaïenne. C’est inégal mais souvent excellent, comme quand le Greffier part en expédition dans l’effroyable salle des « Archives des affaires non réglées » avec « un thermos et des provisions pour trois jours », ou quand le Directeur annonce l’installation d’un ascenseur : « Nous fûmes tout d’abord quelque peu étonnés car notre bâtiment n’avait pas d’étage ». Jérôme Malbert
En 1960, en Suisse, un couple adultérin monte au Val Lumnezia, complexe thermal à l’abandon, gardienné par un ami. Salles à manger vides, couloirs déserts, lumière aveuglante... Un décor énigmatique et ensorceleur, que l’amant quitte un matin sans avoir averti, mystérieusement. Son départ précipité a-t-il un rapport avec un article lu la veille dans le journal, sur la découverte du corps d’un alpiniste disparu des années plus tôt ? Le roman remonte le temps, des années 1960 aux années 1950 puis à l’Occupation, l’ambiance passant d’une bande-dessinée de Floc’h à l’Armée des ombres. Dancourt s’y entend pour créer des atmosphères modianesques, jouant sur les noms, les détails (ah, les cigarettes Du Maurier), le choix des mots (« une panne d’auto » – comme ça fait Trente Glorieuses !), les décors (paysage, mobilier). Difficile de ne pas tomber sous le charme, même si l’intrigue de la deuxième partie, sur les réseaux de Résistance, est parfois confuse. Bernard Quiriny
WEINSTEIN EN HUIS CLOS
Harvey, Emma Cline, Quai Voltaire / La Table Ronde, 112 p., 14 €
Jeune prodige des lettres américaines, Emma Cline s’est fait connaître avec un premier roman, The Girls, inspiré de la « famille » de Charles Manson. Dans Harvey, elle met en scène Harvey Weinstein la veille de sa condamnation à vingt-trois ans de prison, seul dans la maison que lui a prêtée un milliardaire, morose mais dans un déni complet de la situation et convaincu d’apercevoir Don DeLillo dans la maison d’à côté – l’adaptation d’un roman du grand écrivain américain lui offrant la perspective d’un rebond. Cline parvient à rendre prégnantes ces heures précédant la chute : la déréalisation, l’optimisme délirant, l’angoisse sourde, la défection progressive de l’entourage en dépit de quelques soutiens. Elle a su saisir le flou d’avant le basculement comme une quintessence du drame de Weinstein, à la fois tragique et sordide. Ce bref roman ne résonne pas beaucoup plus loin, mais témoigne d’un art certain et d’une redoutable finesse psychologique. Romaric Sangars
C’eût été tentant de profiter de votre notoriété de comédienne en conservant votre nom. Pourquoi avez-vous choisi de pratiquer la musique sous le masque de Laughing Seabird ?
Je venais d’achever le morceau « My Shell » et j’avais surtout envie de distinguer la comédienne de la chanteuse. J’étais en train de chercher un nom lorsque j’ai entendu une mouette rieuse. Et j’ai fait de suite le lien avec une phrase que j’avais déjà écrite dans le texte du morceau « My Shell » : « and I become the laughing seabird ». Tu entends une mouette à Paris et c’est immédiat, tu es ailleurs, en bord de mer ! Le son possède ce pouvoir de nous transporter instantanément en un autre lieu !
Il semble que c’est lorsque vous entrez dans l’intime, comme dans « In Spite Of », que vous passez du français à l’anglais...
Peut-être, mais je ne suis pas sûre non plus. J’ai aimé cette langue très tôt, je suis presque plus Beatles que Piaf, pardon ! Certaines émotions se présentent en français ou en anglais. Il n’y a pas de règles. C’est l’instant, le sentiment d’un moment et ce qui s’y tricote. « In spite of » est surtout un motif en guise de clin d’œil au « Black Bird » de Paul McCartney évoquant le fait qu’il aura peut-être fallu perdre certains êtres pour leur pardonner totalement. C’est tenace, la colère ! La séparation irréversible met parfois les compteurs à zéro, cuit à petit feu les incompréhensions et les communications diffciles. Alors, en dépit de tout, reste au fond de la marmite un nectar de doux regret et d’amour.
Pourquoi avez-vous choisi ces deux idiomes justement ?
Le passage de l’un à l’autre crée un hiatus sonore intéressant. Ensuite, techniquement, j’ai fait un travail pour que ma voix soit placée au même endroit dans les deux langues. Ce qui a représenté un effort important, notamment sur l’anglais. J’avais une bonne base mais j’ai tout repris en phonétique ! Ça s’apparente à de la « proprioception » [la perception des positions des différentes parties du corps, Ndlr] utilisée par les sportifs de haut niveau pour optimiser les performances. Ici, évidemment, le travail de perception intéresse plutôt l’appareil phonatoire en vue d’obtenir un bénéfice sonore optimum. J’ai eu envie de cette exigence. Le cheminement initiatique est dur en musique. Je ne me sentais pas légitime ! J’ai mis des années à assumer : il a fallu faire sauter des verrous et tout réinitialiser.
Doubler Nathalie Portman, Émily Blunt, Sienna Miller, Gillian Anderson et autres Dr Meredith Grey de Grey’s Anatomy a sûrement dû contribuer à vous aider à peaufiner votre propre voix de chanteuse ?
Plus que le doublage au cinéma, c’est dans les dessins animés, radios, publicités et documentaires que l’exploration de la phonation est poussée à son paroxysme et que l’utilisation multiple de la voix offre une meilleure connaissance de son potentiel. Et inversement, rechercher ma singularité dans le chant m’a permis d'affiner en voix-off . C’est tellement jouissif de trouver l’unité qui ferait que l’on chante comme on parle, que l’on parle comme on chante. Il est question de guérison aussi, le chant est cet outil absolu pour retrouver de la verticalité et parvenir à être authentique. Sincérité et singularité ont été les fruits d’une nécessité intérieure et j’ai pu trouver cette intégrité dans un métamorphisme vocal.
Il est question de guérison aussi, le chant est cet outil absolu pour retrouver de la verticalité et parvenir à être authentique
« I Feel Fat » se confronte aux sentiments mal digérés. Une référence à la « grosso-phobie » ?
Je ne pars pas en croisade sur ce sujet. De fait, la grosso-phobie est présente dans les médias. Il me paraît nécessaire d’essayer d’analyser afin de comprendre pourquoi la société fait ça. Mon sentiment n’est pas tant qu’il y ait une tendance extérieure à ostraciser les gros mais plutôt que ça relève d’une introspection. Et que cela demande d’aller à la source des mécanismes et de travailler à la racine. « I Feel Fat » est un peu autobiographique au départ. J’ai été mal très longtemps. C’était une période de manque a ectif avec la notion de se remplir et de combler un vide par plein de choses. Qu’est-ce qui se passe quand on accepte cet état de vide et qu’on s’y confronte volontairement ? On va immanquablement se débarrasser du corset qu’on s’inflige, atteindre un endroit où l’horizon recule et reprendre contact avec un espace de création en essayant au maximum de se déprogrammer. C’est un long chemin initiatique avant de trouver une libération. C’est assurément la traversée du désert et ça prend du temps.(...)
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Wejdene, Aya Nakamura, Yseult, Camélia Jordana. Tant de noms qui font malheureusement rêver la jeunesse de France. Tant de disques écoulés. Déméritent-elles ? Certainement pas ! Telle est la loi du marché : seul compte ce qui se vend.
Ces différentes chanteuses produisent des morceaux dans l’ère du temps, où le rythme est souvent plus entrainant que ne le sont les paroles elles-mêmes. Quand bien même la chanson française de Léo Ferré à Michel Sardou est mondialement reconnue pour sa poétique riche de sens et d’éloquence, la nouvelle génération, qui bien souvent méconnait ses illustres aînés, s’est détournée de la vraie beauté pour se concentrer sur les battements émis par ce qui a délaissé le nom même de musique pour s’appeler « son ».
Wejdene et Camélia Jordana dont nul n’ignore les origines maghrébines ont également oublié l’immense richesse artistique de leurs terres orientales, où la poésie servait jadis à la dévotion, en entonnant des paroles d’une banalité affligeante. Vocalement aussi, ces deux idoles sont aux antipodes d’une Oum Kalthoum dont la voix si éblouissante lui a valu le titre de « L’Astre d’Orient ». [...]
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À presque 38 ans, Thomas est un tennisman qui n’a jamais brillé, pourtant, il y a dix-sept ans, il était l’un des plus grands espoirs de sa discipline. Mais une défaite en demi-finale l’a traumatisé et, depuis, il est resté dans les profondeurs du classement. Aujourd’hui, il se prépare à ce qui devrait être son dernier tournoi, mais il refuse d’abdiquer, et, subitement enivré par un désir de sauver son honneur, il se lance dans un combat homérique improbable au résultat incertain... (...)
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Difficile pour Virginie de concilier sa vie d’agricultrice avec celle de mère célibataire. Pour sauver sa ferme de la faillite, elle se lance à corps perdu dans le business des sauterelles comestibles [ ...]
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« Je suis la dernière Bonaparte, proclamait-elle volontiers. Mes cousins de la branche impériale ne sont que des Napoléon ! » Arrière-petite-nièce de l’empereur, Marie aurait pu se contenter d’être une princesse parmi tant d’autres. Descendante de Lucien, née le 2 juillet 1882, elle appartient à la branche indocile du clan. En 1870, son grand-père Pierre a déchaîné le scandale en assassinant le journaliste Victor Noir dans un accès de colère. De son union plus ou moins clandestine avec Nina Ruflin, fille d’un ouvrier fondeur, Pierre aura deux enfants, Roland et Jeanne. En 1880, Roland épouse Marie-Félix Blanc, richissime héritière du casino de Monte-Carlo. À peine la malheureuse jeune femme a-t-elle le temps de mettre au monde Marie qu’elle s’éteint, rongée par la tuberculose.
Pour Marie s’amorce une terne destinée d’orpheline, de nourrices en gouvernantes et en préceptrices, une enfance solitaire dans la grande villa familiale de Saint-Cloud. Dès sept ans et demi, blessée par le réel, elle se réfugie dans la rêverie. À seize ans, un flirt innocent avec le secrétaire de son père l’entraîne dans une spirale infernale, car l’imprudente lui a écrit des billets compromettants.
À 25 ans, Marie épouse le prince Georges de Grèce. Elle espère avoir enfin trouvé l’image masculine qui lui manque tant. Hélas pour elle, le prince Georges, homosexuel, nourrit une passion exclusive pour son jeune oncle, le prince Valdemar de Danemark. Au point que les deux enfants du couple, Pierre et Eugénie, appelleront ce compagnon indispensable, « Papa Two ». Toute sa vie, Marie aura besoin de se rassurer sur son physique et son pouvoir de séduction, subissant pour cela de nombreuses interventions de chirurgie esthétique. L’écriture devient aussi un dérivatif. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle réunit chez elle artistes, auteurs et hommes politiques. Elle s’abandonne à des amours aussi furtives qu’éphémères. Son amant le plus célèbre sera Aristide Briand, plusieurs fois président du Conseil, son aîné de vingt ans. La princesse devient républicaine, se déclare athée, lit Trotski et Lénine. Après cela, Marie entretiendra une longue liaison, discrète, avec un chirurgien brillant… mari de sa meilleure amie. [...]
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