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Métal Hurlant incarne-t-il la meilleure aventure contre-culturelle française de tous les temps ?

Métal Hurlant : ce nom ronflant – évoquant à la fois le surréalisme, les cut-ups de William Burroughs et la sauvagerie punk des Stooges – fut d’abord le titre d’un célèbre magazine de BD des années 70-80 conçu par des Français pour des Français. Bien avant que la science-fiction n’envahisse nos foyers via les plateformes de diffusion et ne s’affirme comme un véritable phénomène de société, le magazine Métal Hurlant, entre1975 et 1987, avait donné à ce genre ses lettres de noblesse. Ressuscité une première fois entre 2004 et 2006, le titre légendaire est à nouveau sur le point de renaître grâce à l’initiative du journaliste et éditeur Vincent Bernière, directeur des Cahiers de la BD et ancien grand reporter à Technikart. Alors qu’une nouvelle mouture du magazine culte, édité par les Humanoïdes associés, s’apprête à orner les kiosques, Mathieu Bollon a tenté de répondre à cette question qui nous taraude : Métal Hurlant incarne-t-il la meilleure aventure contre-culturelle française de tous les temps ?

Non. Métal Hurlant est avant tout un magazine de bande dessinée

Avatar punk et nihiliste du Pilote de Goscinny et Uderzo fondé en 1975 par le quatuor infernal Druillet-Moebius-Dionnet-Farkas, MH est avant tout un magazine de BD vaguement inspiré des pulps à l’américaine, proposant des feuilletons à son lectorat. Même si ses fondateurs vivent et pensent comme un groupe de rock, Métal Hurlant n’est pas à proprement parler un magazine de contre-culture, à la différence d’autres titres plus transgressifs de cette époque comme Actuel ou L’Écho des savanes. Dépourvu de positionnement politique clair, le magazine se conçoit avant tout comme la matrice d’une nouvelle génération de dessinateurs qui ont ainsi pu se faire un nom dans le milieu très fermé de la BD. Entre 1975 et 1987, la crème de la bande dessinée française y participe à des degrés divers : quelques génies du crayon comme Jacques Tardi, Gotlib, Enki Bilal, Franck Margerin, Yves Chaland, Denis Sire, Jacques Terpant et bien d’autres. Même Hugo Pratt, le géniteur du ténébreux Corto Maltese, y a laissé quelques cases. Ce sont ces dessinateurs si divers, parfois étrangers à la SF, qui ont donné naissance à l’esprit du magazine mythique. [...]

La voix d’Aida : notre critique
Après Sarajevo, mon amour (2006), la cinéaste bosniaque Jasmila Zbanic pose à nouveau ses caméras en pleine guerre de Bosnie-Herzégovine. Nous sommes en juillet 1995 à Srebrenica, modeste professeur d’anglais, Aida vient d’être réquisitionnée comme interprète auprès des Casques Bleus, stationnés aux abords de la ville. Leur camp est débordé : les habitants viennent y chercher refuge par milliers, terrorisés par l’arrivée imminente de l’armée de la République serbe de Bosnie (VRS) commandée par le général Ratko Mladic. [...]
La Troisième Guerre : notre critique

Le jeune réalisateur italien Giovanni Aloi nous livre son premier long-métrage, sélectionné à la Mostra de Venise de 2020, qui suit Léo, un jeune soldat français engagé à Paris dans le cadre de l’opération Sentinelle. Le film tente de capter la paranoïa de ces hommes engagés dans une ville où tout peut être une menace, ainsi que leur désarroi face à l’ingratitude et l’incompréhension de la population qu’ils protègent. […]

Transe lente, extase certaine : entretien avec Low

Depuis quelques albums votre son est devenu plus saturé et bruitiste que jamais. Pourquoi cette évolution ?

Je pense que nous avons toujours mêlé à la beauté et l’harmonie du bruit et de la dissonance. C’était parfois inspiré par les personnes avec lesquelles nous travaillions. Par exemple, Dave Fridmann a une certaine approche de l’exploration des possibilités sonores et il a influencé fortement la direction que nous avons prise sur Drums and Guns. BJ Burton, qui a enregistré nos trois derniers albums, dispose quant à lui d’une palette infinie. À cette période de nos vies, il se trouve que nous souhaitons travailler des sons et des arrangements plus extrêmes. BJ Burton semble quant à lui désireux d’aller aussi loin que nous en avons envie.

Comment travaillez-vous ces grains et ces bruits si surprenants ?

Il y a une longue période d’essais afin que nous puissions trouver des sons qui nous semblent intéressants. Parfois le son apparaît à partir d’une improvisation, parfois il s’agit, à partir d’un morceau déjà connu, de réaliser une authentique expérimentation, une importante distorsion avant que quelque chose d’inédit se produise enfin. Il peut arriver que l’esprit initial demeure évident, d’autres fois, il n’en reste qu’un fragment minime. Comme nous savons toujours comment les chansons vont sonner jouées par une formation guitare-basse-batterie, nous aimons faire un pas de côté afin de trouver une autre manière de présenter les morceaux.

L’album débute par une introduction progressive (« White Horses ») et s’achève dans un finale envoûtant (« The Price you pay »). Composez-vous chaque album comme un seul très long morceau ?

Non : parfois une chanson ne va pas correspondre au son de l’album, mais d’habitude nous rassemblons simplement ce que nous avons écrit et sommes confiants quant au fait que tout va s’associer naturellement. Que ce soit quand nous travaillons ou quand nous mixons, les chansons s’inscrivent d’elles-mêmes aux places nécessaires et certaines semblent même vouloir se connecter entre elles. Nous essayons différentes combinaisons et fondus enchaînés, mais en général, dès que nous savons quels seront les premiers morceaux, le reste se combine de lui-même. [...]

Rentrée littéraire : nos recensions (2/2)

DÉTONANT

Mon business model, Julien Gangnet, Le Dilettante, 224 p., 17,50 €

Vous en avez marre, de ces rentrées littéraires ripolinées, de cette procession d’autofictions ronronnantes et de romans-dossiers boursouflés qui bégayent sur les grands sujets de société du moment ? Pas de problème, Julien Gangnet, inconnu au bataillon, s’occupe de tout. Avec Mon Business Model, qui s’inscrit dans la plus pure tradition du roman noir, le primo-romancier frappe fort. C’est l’histoire presque édifiante de Joseph Haquim, jeune marginal aux dents longues qui fait fortune en fondant une agence de presse « B to B » spécialisée dans les faits divers cradingues. Inutile de vous dire que les choses ne vont pas totalement se passer comme prévu, et que la success story va vite prendre des allures de calvaire crépusculaire. Une plongée hallucinée dans la folie qui pourrait évoquer une sorte de Taxi Driver au temps de l’information reine et du communautarisme galopant. L’action se déroule intégralement dans le XVIIIe arrondissement de Paris et Gangnet, visiblement maître de son sujet, nous offre au passage une belle galerie de portraits soutenue par un argot puissant : faux marabouts et vrais sociopathes, maîtresses dominatrices au grand cœur, tueurs « pachtounes », hommes de main serbes et autres gangs de Sénégalaises qui « tchippent » plus vite que leur ombre, tout y est. De la poésie citadine en barre, servie sur sa litière d’ordures, avec même un zeste de mélo familial. Une plume à suivre, définitivement. Marc Obregon


HASARDEUX REMIX

L’enfer de Dante, Antoine Brea, Le Quartanier, 464 p., 23 €

Les sept-cents ans de la mort de Dante ont donné lieu à de nombreuses publications cette année et nous en avons déjà évoqué certaines, mais la plus curieuse est sans doute cette nouvelle traduction de L’Enfer « mis en vulgaire parlure » par le romancier Antoine Brea. Souhaitant redonner sa dimension comique et foutraque au chef-d’œuvre du maître florentin, Brea s’est lancé dans une réinterprétation française argotique et rimée du premier volet de la Comédie. Le résultat fait surtout songer à un slam pour les Visiteurs, mais enfin, aussi peu crédible soit l’entreprise, ça pourra toujours amuser votre neveu pour son anniversaire. Romaric Sangars

Lire aussi : Rentrée littéraire : nos recensions (1/2)

TOUT EST PERDU SAUF L’HUMOUR

Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, Angel Wagenstein, Autrement, 416 p., 22,90 €

Cette invraisemblable et, cependant, véridique histoire d’un juif de Galicie qui traversa les deux Guerres mondiales, séjourna dans trois camps de concentration et changea cinq fois de nationalité, semble tout droit tirée d’un récit hassidique : le sens ultime des épreuves nourrit un dialogue quasi désespéré entre la créature et Dieu, source de ce vertige qui, sans l’humour, suffirait presque à caractériser l’éternelle relation d’équilibriste qui se joue entre l’insignifiance humaine et l’incommensurable.  Fidèle sujet de l’Autriche-Hongrie, Jacob Isaac Blumenfeld devient polonais, soviétique puis, sous le IIIe Reich, l’ombre, sinon le fantôme de lui-même, ce qui constitue en soi une parabole pertinente de la judéité. Sauf que le petit supplément d’âme hassidique, qui veut que tout soit perdu sauf l’humour, fait, ici, toute la différence. Le hassidisme, qui rejette le nominalisme tatillon des textes sacrés au profit de l’intime conviction, se découvre, d’ailleurs, sous le feu roulant des idéologies totalitaires, une portée critique bien plus vaste, résistant à l’endoctrinement d’où qu’il vienne. S’ouvre dès lors la seule voie possible, mystique. Anne-Sophie Yoo [...]

Arachnofolies : entretien avec Mauro Durante

Groupe, chorale, polyphonie, comment vous définiriez-vous ?

Peut-être qu’il s’agit avant tout de musique, d’une musique parfaite pour danser. Et puis surtout il s’agit de notre propre compréhension du genre pizzica. Rythmes, danses, et voix ! Voilà ce que nous sommes.

Pouvez-vous décrire la tarentelle et la pizzica ?

Il existait chez nous dans le Sud, depuis les temps les plus reculés, un phénomène de possession et de transe très renommé : le tarentisme. C’était un vestige païen, voire dionysiaque, relié à l’antiquité grecque classique par le mythe d’Arachné. Il n’a cessé d’être pratiqué même après son interdiction par l’Église. Cette forme d’état second possédant à la fois une dimension psychologique et une dimension sociale provenait de la conviction que la morsure de la tarentule lycosa rendait très malade, fou et impuissant. Le seul moyen de guérir était alors de danser pendant des heures, des jours et des nuits, aux rythmes et mélodies de la pizzica tarantata afin d’expulser le venin et d’exorciser le démon. On utilisait littéralement le pouvoir de guérison de la musique et de la danse.

Si le tarentisme a disparu aujourd’hui, la pizzica elle, fait toujours l’objet d’études importantes. Quel est l’aspect contemporain de ce fort symbole de fierté et de rédemption en Italie ?

Oui, le tarentisme est mort, mais il peut revêtir d’autres formes puisqu’il y a de nouveaux démons à exorciser. Et puis c’est un patrimoine très ancien, ultra-codifié avec des attitudes et des personnages ritualisés révélateurs du monde agricole. Une partie du langage corporel et musical émane de cette ancienne affiliation mais nous nous le sommes réapproprié. Pour nous, il est primordial que l’acte créatif parte de la recherche sur le terrain. Pour être original, il faut nécessairement connaître l’origine ! [...]

L’emballage comme l’art qui triomphe

Cet artiste, dont le vrai nom est Christo Vladimiroff Javacheff est né en Bulgarie en 1935. Il a fait ses études aux Beaux-Arts de Sofia avant de venir s’installer à Vienne, puis à Paris et finalement à New York où il a vécu et a travaillé plus d’un demi-siècle, jusqu’à sa mort en 2020. C’est dans les années 1950 à Paris, en intégrant le groupe des Nouveaux Réalistes, que Christo a élaboré sa propre démarche artistique qui consistait à emballer des objets. D’abord des boîtes de conserve, puis des revues et des meubles ; parmi les créations de cette période, on trouve une moto et même une femme, emballée comme une sorte de mannequin. Avec le temps, ses projets prennent une tournure plus large, voire grandiose.

Les premières initiatives d'envergure de Christo sont soutenues par les centres de l’art contemporain. C’est ainsi que le Kunsthalle de Bern permet en 1968 à l’artiste déjà installé sur le sol américain de recouvrir son bâtiment par presque 2 500 mètres carrés de polyéthylène. Suit, dans la même année, l’emballage de l’église et la fontaine dans le centre-ville de Spoletto, en Italie. Aussitôt, l’artiste se tourne vers la nature et crée de gigantesques installations, en cachant sous le tissu une partie du littoral à Sydney ; en étalant un rideau de 13 000 mètres carrés dans la vallée de l’État du Colorado ; en encerclant par du nylon rose vif les îles de la Baie de Biscayen à Miami. Dans l’année 1985, Christo emballe le Pont-Neuf à Paris et dix ans plus tard, le Reichstag à Berlin.

Lire aussi : #SaccageParis : à Paris on ne répare pas les routes, on répare les gens

Aux questions l’interrogeant sur l’utilité de sa démarche, Christo répondait qu’il le fait uniquement pour satisfaire sa propre imagination et pour le plaisir de ses admirateurs. Il considérait ses installations comme une expérimentation pure avec l’espace et le volume, permettant la transformation d’un objet lourd et statique en quelque chose d’éphémère, prêt à disparaître. [...]

Dune : space opera, mais pas trop

Denis Villeneuve est un chouette type. Déjà, c’est un francophone. Ensuite, c’est un vrai passionné de science-fiction – génération Métal Hurlant, la meilleure. Au milieu d’un imaginaire hollywoodien vampirisé par les franchises régressives, de Star Wars à Marvel, sa proposition reste unique et on a envie de la suivre : bâtir une science-fiction exigeante, adulte, loin des feuilletons bariolés et imbéciles qui monopolisent l’attention depuis 20 ans. Car oui, au final Hollywood ne sait pas quoi faire du « space opera », ce genre qui a fait florès au détour des années 60 et qui a donné des chefs d’œuvre tels que Fondation, Hypérion et bien sûr Dune. Star Wars, justement, a contribué à maintenir la SF dans une sorte de stade prépubère, dans la mesure où il ne s’agit pas à proprement parler de space opera, mais plutôt de fantasy matinée de rayons lasers.

Le space opera se doit certes d’incorporer paysages grandioses et nefs spatiales, mais il se doit aussi d’interroger l’humanité sur son futur, sur ses choix, et sur sa condition profonde.…

L’Incorrect

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