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Les critiques littéraires de juin 1/2

Les critiques littéraires du mois de juin par Jacques de Guillebon, Romaric Sangars, Jérôme Malbert, Bernard Quiriny et Alain Leroy. Partie 1/2.

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© Louis Lecomte pour L’Incorrect

MICROFICTIONS KAFKAÏENNES 

Des chocolats pour le directeur, 

SLAWOMIR MROZEK, Noir sur Blanc, 136 p., 16 € 

Ce volume inédit rassemble une cinquantaine de microfictions écrites par Slawomir Mrozek dans les années 1960 pour la radio polonaise. Dans une administration communiste typique, croulant sous la bureaucratie et les tâches dépourvues de sens, s’agitent les camarades travailleurs, désignés par leur titre : le Directeur, le Comptable, l’Appariteur, le Conseiller, le Stagiaire, etc. Comparables à des strips en bande-dessinées, ces historiettes à froid, remplies d’humour absurde et débonnaire, racontent les délires du régime sur un ton de parfaite équanimité qui rappelle le flegme british, avec en prime une touche de nihilisme slave et de folie kafkaïenne. C’est inégal mais souvent excellent, comme quand le Greffier part en expédition dans l’effroyable salle des « Archives des affaires non réglées » avec « un thermos et des provisions pour trois jours », ou quand le Directeur annonce l’installation d’un ascenseur : « Nous fûmes tout d’abord quelque peu étonnés car notre bâtiment n’avait pas d’étage ». Jérôme Malbert 

DU CHARME ET DE LA NOSTALGIE 

Silence radio, Thierry Dancourt, La Table Ronde, 230 p., 18,50 € 

En 1960, en Suisse, un couple adultérin monte au Val Lumnezia, complexe thermal à l’abandon, gardienné par un ami. Salles à manger vides, couloirs déserts, lumière aveuglante... Un décor énigmatique et ensorceleur, que l’amant quitte un matin sans avoir averti, mystérieusement. Son départ précipité a-t-il un rapport avec un article lu la veille dans le journal, sur la découverte du corps d’un alpiniste disparu des années plus tôt ? Le roman remonte le temps, des années 1960 aux années 1950 puis à l’Occupation, l’ambiance passant d’une bande-dessinée de Floc’h à l’Armée des ombres. Dancourt s’y entend pour créer des atmosphères modianesques, jouant sur les noms, les détails (ah, les cigarettes Du Maurier), le choix des mots (« une panne d’auto » – comme ça fait Trente Glorieuses !), les décors (paysage, mobilier). Difficile de ne pas tomber sous le charme, même si l’intrigue de la deuxième partie, sur les réseaux de Résistance, est parfois confuse. Bernard Quiriny 

WEINSTEIN EN HUIS CLOS 

Harvey, Emma Cline, Quai Voltaire / La Table Ronde, 112 p., 14 € 

Jeune prodige des lettres américaines, Emma Cline s’est fait connaître avec un premier roman, The Girls, inspiré de la « famille » de Charles Manson. Dans Harvey, elle met en scène Harvey Weinstein la veille de sa condamnation à vingt-trois ans de prison, seul dans la maison que lui a prêtée un milliardaire, morose mais dans un déni complet de la situation et convaincu d’apercevoir Don DeLillo dans la maison d’à côté – l’adaptation d’un roman du grand écrivain américain lui offrant la perspective d’un rebond. Cline parvient à rendre prégnantes ces heures précédant la chute : la déréalisation, l’optimisme délirant, l’angoisse sourde, la défection progressive de l’entourage en dépit de quelques soutiens. Elle a su saisir le flou d’avant le basculement comme une quintessence du drame de Weinstein, à la fois tragique et sordide. Ce bref roman ne résonne pas beaucoup plus loin, mais témoigne d’un art certain et d’une redoutable finesse psychologique. Romaric Sangars 

Lire aussi : Les critiques littéraires de mai 2/2

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