Voici l’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien que son pays a livré aux États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et qui resta emprisonné de longues années à Guantanamo sans inculpation ni jugement. Annoncé comme favori à l’Oscar du meilleur acteur, le Français Tahar Rahim est finalement reparti bredouille, doublé sur la ligne par Anthony Hopkins.
De grands spécialistes du Consulat et du Premier Empire seront présents pour évoquer un aspect qui fait l’objet à la fois de lourdes critiques mais aussi de vives reconnaissances, celui du legs laissé par Napoléon dans notre vie quotidienne, 200 ans après sa mort ! David Chanteranne, Jacques-Olivier Boudon, Gilles Wauthoz, ou encore Jean-Baptiste Noé de la revue Conflits ont répondu à l’invitation de Bertrand d’Ortoli, adjoint au maire de Sartène, d’Olivier Battistini et d’Antoine-Baptiste Filippi pour rencontrer le public sartenais et plus largement le public insulaire passionné par la vie de l’Empereur.
Pour les organisateurs : « Les Rencontres napoléoniennes se concentrent désormais uniquement sur Napoléon Bonaparte. […] La trilogie “Alexandre le Grand/Napoléon Bonaparte” –des rencontres de 2015, 2016 et 2017– est close car elle a atteint son but, à savoir mettre Alexandre le Grand et Napoléon Bonaparte en harmonie sur le plan du politique, de l’art de la stratégie et celui de la parole. […] Les deux Rencontres suivantes se sont intéressées à “Napoléon et l’Italie” et à “Napoléon, les origines”. En 2020, le thème [était] tout aussi ambitieux : “Napoléon, le politique, la puissance, la grandeur” ».
Cette cité de Sartène, recroquevillée sur elle-même, conçue selon la coquille d’un escargot avec ses vieilles et grandes bâtisses est le cadre idéal pour songer aux civilisations, aux empires et à notre époque
[...]
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Benedetta est une enfant promise au couvent par son père. Dès l’ouverture, Verhoeven le surligne : la petite brune est différente, quasi mystique. Les rossignols sur son ordre chantent et chient sur l’œil des brigands, surtout s’ils sont borgnes, et lorsqu’elle demande de l’aide « à sa mère » au pied d’une statue de Marie, la sainte vierge lui tombe dessus pour lui donner le sein. On connaît le goût du Hollandais pour le symbolisme, faut avouer qu’il démarre fort le bougre.
Arrivée au couvent, la mère abbesse à qui Charlotte Rampling prête son regard d’acier négocie avec le papa. « Vous amenez à Jésus une nouvelle épouse » demande-t-elle ? Qui dit épouse dit dot : et oui en Toscane, les vocations naissent à coup de biftons, et la petite Benedetta monnayée tel un chameau aura droit à son voile pour plus de cent écus. Pour l’habit, il faut attendre. L’argent ouvre les portes mais n’accélère pas les délais, et en guise de vêtement, on lui refourgue des haillons qui grattent. « Ton corps est ton pire ennemi » lui répond une sœur. La voilà bien punie. Malin, le Hollandais prépare le terrain.
Dix-huit ans plus tard, Benedetta la petite brune est devenue une grande blonde. Premier miracle. Elle joue un spectacle devant ses parents revenus pour l’occasion, et fait la morte. Jésus apparaît la barbe brushinguée et la chevelure au vent, il gambade avec les brebis dans un pré aussi crédible qu’Anne Hidalgo en couverture de Paris Match à la campagne. « Tu es mon épouse » lui dit-il. On aura compris, Benedetta a chaud à la truffe. Manque de pot, c’est là qu’apparaît Bartolomea. Elle fuit son affreux papa qui la cogne et se jette aux pieds de la jeune nonne en la suppliant de la garder au couvent. Mais elle n’a pas un radis et la mère abbesse tient toujours une calculette. « Ça sera mon cadeau » dit le père de Benedetta en payant la caution. On a bien envie de lui souffler que son cadeau ressemble furieusement à une pomme perdue dans le Jardin d’Éden, mais non. On ne peut pas. Paul Verhoeven verrouille tout, son script est rectiligne comme une ligne de métro, il n’y a pas de bifurcation possible.
Lui le cinéaste du trouble, l’athée obsédé par le péché originel qui fait danser le grotesque avec le tragique, le vice avec la vertu, se révèle soudainement aussi didactique et prévisible qu’un vieux boomer. « J’ai besoin de chier » dit Bartolomea à sa nouvelle copine. Et les voici toutes les deux sur des chaises percées. Un pet de nonne plus tard, c’est le premier bisou. On ne va pas tortiller de la caméra, surtout qu’à plus de quatre-vingt ans, Paul Verhoeven n’a plus beaucoup de temps, et son esprit divague. Alors il saute les obstacles tel un chamois en rut et, par le truchement des visions de la pauvre Benedetta qui à force de câliner Jésus sur la croix chope des stigmates et donc nécessite d’être soignée et surveillée, réunit les deux bonnes sœurs dans la même cellule. La finesse d’un bulldozer conjuguée au regard libidineux d’un vieillard à l’Ehpad.
Verhoeven a la bave aux lèvres et la couche qui fuite. Pépé a trouvé un bon prétexte pour se rincer l’œil gratos
Formellement, le cinéaste hollandais ne fait même plus d’effort. Les raccords sont grossiers et la caméra semble peser une tonne. Pourtant, on devine une idée derrière cet artifice. La mise en scène de la croyance – est-ce le diable, Dieu ou une manigance de Benedetta elle-même ? – combinée au jeu de pouvoir. Ce n’était qu’une illusion. Paul Verhoeven ne questionne plus, il veut choquer. Il déserte le hors-champ, confond l’audace avec l’esbroufe, et son théâtre devient du grand guignol.
La nonne prend du galon et remplace la mère abbesse. Sa nouvelle chambre offre une belle vue, une porte qui ferme et un lit double. Verhoeven a la bave aux lèvres et la couche qui fuite. Pépé a trouvé un bon prétexte pour se rincer l’œil gratos. Il nous rejoue La Vie d’Adèle version Au nom de la rose mais les « doigts sont trop petits ». Qu’à cela ne tienne, Bartolomea transforme une statuette de la Vierge Marie en godemichet, « c’est un peu rugueux » répond l’autre en l’effleurant du doigt. Un polissage plus tard, elle jouit et une comète débarque au-dessus du couvent. Le lecteur de Libération n’en peut plus, il n’a jamais rien vu d’aussi transgressif. Évidemment, les deux lesbiennes vont se faire gauler, l’Église va débarquer avec un nonce qui ressemble au répurgateur joué par Elie Semoun dans la série Kaamelot. On vous épargne la suite : la transgression du boomer n’offre pas de surprise, seulement de la peine.
Ça commence dans un studio d’enregistrement, quelque part dans la Cité des Anges. On branche les guitares, on tourne les potards, les tensiomètres s’excitent, quelque chose grésille dans l’air, l’imaginaire retient son souffle. Les regards, concentrés, se tournent vers le groupe qui occupe la cabine insonorisée. « May we start ? » questionne l’ingé-son. Le chanteur du groupe, un sexagénaire aux yeux pétillants, en fera immédiatement son refrain : « So may we start ! » entonne-t-il en forme de réponse à l’injonction du maître d’œuvre, alors que le groupe, débordé par l’énergie des commencements, finit par sortir de l’immeuble, emmenant au passage les protagonistes du film, comme sortis d’un chapeau invisible.
La grande procession du cinéma de Carax peut commencer, déjà gorgée d’électricité : musiciens, acteurs et figurants scandent à leur tour cet ordre originel, mantra de la création, prescription démiurgique transformée en ritournelle pop. Toute la poétique de Carax s’inscrit ici, dans cet imaginaire élégiaque qui prend forme devant nous, dans ce plaisir presque enfantin qui consiste à montrer les coutures, l’envers des masques, à révéler ses secrets de fabrication et à jouer sur toutes les tonalités du faux. Pas de vérité sans un spectacle qui la contredise radicalement, semble nous dire Carax, qui professe à chaque plan cette reconnaissance de l’artifice comme force prééminente, capable de débroussailler le réel, de révéler l’authentique. [...]
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Pourquoi Leos Carax a-t-il voulu une marionnette comme personnage principal plutôt qu’une actrice ou un hologramme ?
Romuald Collinet : Le scénario de base provenait du groupe Les Sparks et dans ce scénario, le personnage d'Annette est une enfant âgée de 0 à 5 ans tout au long de l'histoire. Il était difficile de le faire interpréter par une comédienne, d'autant que l'enfant en question possède des pouvoirs surnaturels. L'équipe a commencé à avancer sur la piste des images de synthèse, mais une marionnette correspondait mieux à la poésie que visait Leos Carax. Ils ont donc cherché des marionnettistes pendant trois ans, je crois, et à l'autre bout du monde pour finalement rencontrer Estelle à Paris.
Et comment cette rencontre s’est-elle déroulée ?
Estelle Charlier : Au début, Leos Carax cherchait plutôt des manipulateurs que des constructeurs. Il avait déjà beaucoup de propositions et il n'avait donc pas encore choisi son sculpteur pour le visage d'Annette. Son modèle de départ, c'était la photographie d'une petite fille ukrainienne qu'il avait rencontrée vingt ans plus tôt. Son visage très particulier m'a également fascinée. Je lui ai donc proposé de tenter quelque chose, et quelques semaines plus tard, quand je lui ai envoyé les photos de ma création, il a été touché, parce qu'il les trouvait très expressives et c'est ainsi que j'ai rejoint l'équipe.
Le surgissement du visage n’a donc pas été immédiat…
E.Charlier : Non mais je me souviens qu'à la première réunion à laquelle j'ai assisté, Leos avait déjà presque adopté le demi masque d'Annette que j'avais élaboré. Elle paraissait cependant trop âgée et il y avait, bien sûr, des retouches à faire. Ce prototype fonctionnait, mais j'ai vite pris conscience que ce chantier marionnette était énorme, qu'il me fallait du soutien, alors j'ai présenté Romuald à Leos et son ancien producteur.
Avez-vous déjà eu une première expérience du cinéma et connaissiez-vous l’univers si singulier de Carax ?
E.Charlier : J'ai été comédienne dans des courts-métrages, étant plus jeune, c'est pratiquement ma seule expérience dans le cinéma. Je suis une spectatrice dévouée et j'admirais Carax depuis toujours, j'attendais ses films avec impatience. [...]
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Danny, un producteur de musique londonien branché se rend en Cornouailles pour un enterrement de vie de garçon. Quand son patron et ami lui lance le défi de faire signer un contrat aux pêcheurs du coin pour un album de chants de marins, Danny tombe dans le panneau. Bien loin de ses repères citadins, il tente tant bien que mal de gagner la confiance de cet improbable boys band, qui accorde plus d'importance à l'amitié qu'à la célébrité. [...]
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L’ère des pionniers de la culture « Pop » est révolue. Les revivals ne servent donc à rien, pourquoi insister ? D’ailleurs, cet entêtement est criminel : il transforme les avant-gardes d’hier en manufactures à clichés, convertit en entertainment ce qui, en son temps, fut question de vie ou de mort pour quelques visionnaires. Les reviviscences ont souvent pour amorce un succès cinématographique. En 1991, à cause des Doors d’Oliver Stone nous subîmes le retour des sixties ; en 2007, suite à Control d’Anton Corbijn, relatant la vie et l’œuvre de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, ce fut au tour du post-punk d’être ranimé, et de donner naissance à de nombreux groupes dont bien peu, hélas, furent porteurs d’inédit. Ce genre musical est désormais l’affaire d’élèves appliqués, d’enfants sages incapables d’être tristes, qui jamais ne surent que la cold wave fut une tentative élégante de s’extraire du nihilisme punk, de marier lucidité et semblant d’espérance, de cultiver l’art de n’être dupe de rien, pas même de sa propre pulsion de mort.
Cette formation belge exhume tout vif l’esprit du post-punk, mais le transcende, et ouvre de nouvelles perspectives
Vague froide
Dans ce panorama grisâtre, Whispering sons fait figure avec quelques autres – les Français de Varsovie par exemple – de brillante exception. Cette formation belge exhume tout vif l’esprit du post-punk, mais le transcende, et ouvre de nouvelles perspectives. Première singularité : un son ample et profond qui évoque moins le monde urbain que les grands espaces. Spengler eût qualifié leur musique de « faustienne » : comme certains morceaux des Swans ou le post-rock d’un Labradford, elle offre soudain de larges échappées, dégage des chemins de traverse qui expirent à l’infini. Au beau milieu d’un morceau, l’auditeur a parfois l’impression de survoler, à toute allure et très haute altitude, les Highlands ou l’Atlantique déchaînée. La cold wave de Whispering sons est iodée, venteuse, océanique ; elle enivre davantage qu’une errance éthylique en bord de mer, un premier de l’an au matin. Autre qualité, étonnante vu la jeunesse du groupe : une parfaite maîtrise de soi. L’agressivité, constante, est toujours dominée ; la mélancolie, fiévreuse, reste d’excellente tenue, loin du débraillé Batcave ou des beuglements éperdus d’un Robert Smith.(...)
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“Oui, chère madame, je viens de le recevoir, c’est un très beau travail et je vous en remercie infiniment !” Tenant d’une main son portable, et de l’autre, avec le plus grand soin, un livre ancien admirablement relié, E. raccrocha après avoir salué à nouveau sa correspondante, le visage illuminé par un sourire.
– Je ne sais pas si je t’ai raconté que cet exemplaire rarissime des Essais de Montaigne avait été retrouvé couvert de boue et d’ordures dans une poubelle du square Montholon? J’avais au bout du fil la relieuse qui est parvenue à le restaurer.
– Tout de même, E., « je vous remercie infiniment », tu ne trouves pas que c’est légèrement exagéré, tout de même ? On dirait l’agent spécial Cooper dans la première saison de Twin Peaks affirmant d’une tarte aux cerises qu’elle est absolument miraculeuse, objecta Lucien de S. en se resservant pour la troisième fois un verre de punch coco vigoureusement alcoolisé. Infiniment ! Infiniment ! Et puis quoi encore ?
Chantal, qui observait son mari du coin de l’œil, chipa en douce une poignée de cacahouètes pour assister à l’échange. – Pour tout te dire, mon cher Lucien, j’ai été il y a peu sur le point de renoncer à la formule, en constatant sur Internet qu’elle était de plus en plus fréquemment utilisée. Bref, j’ai eu peur d’être victime de ces stéréotypes langagiers qui s’insinuent sans prévenir dans nos neurones, nos réflexes et nos façons de parler, et qui finissent par nous faire dire «au niveau de», «enchanté», «excessivement» ou « bonne continuation », comme de vilains bruits qu’on laisse échapper sans le vouloir.
– À propos de « excessivement », j’ai relu l’autre jour ce qu’en dit Renaud Camus dans le livre que tu m’as prêté...
– Ah oui! Dans son succulent Répertoire des délicatesses du français contemporain ! Je me souviens d’une exécution en règle, mais fondée sur l’idée qu’on emploie l’adverbe « excessivement » à tort, ou plutôt, à l’envers, de même que les enfants lorsqu’ils déclarent qu’ils sont « trop contents » d’aller en vacances, que les éditoriaux de L’Incorrect sont « trop stylés » ou que Mbappé a été « trop fort » lors du dernier match du PSG... Parce que l’on confond alors l’abus et la perfection. Tandis que « remercier infiniment » me semble avoir à la fois une utilité et une signification. [...]
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