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Whispering sons : fièvre et mélancolie

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Publié le

5 juillet 2021

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Avec un second album post-punk toujours aussi froid et tempétueux, les Belges de Whispering Sons confirment que tous les revivals ne sont pas des tentatives zombies.
WS

L’ère des pionniers de la culture « Pop » est révolue. Les revivals ne servent donc à rien, pourquoi insister ? D’ailleurs, cet entêtement est criminel : il transforme les avant-gardes d’hier en manufactures à clichés, convertit en entertainment ce qui, en son temps, fut question de vie ou de mort pour quelques visionnaires. Les reviviscences ont souvent pour amorce un succès cinématographique. En 1991, à cause des Doors d’Oliver Stone nous subîmes le retour des sixties ; en 2007, suite à Control d’Anton Corbijn, relatant la vie et l’œuvre de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, ce fut au tour du post-punk d’être ranimé, et de donner naissance à de nombreux groupes dont bien peu, hélas, furent porteurs d’inédit. Ce genre musical est désormais l’affaire d’élèves appliqués, d’enfants sages incapables d’être tristes, qui jamais ne surent que la cold wave fut une tentative élégante de s’extraire du nihilisme punk, de marier lucidité et semblant d’espérance, de cultiver l’art de n’être dupe de rien, pas même de sa propre pulsion de mort.

Vague froide

Dans ce panorama grisâtre, Whispering sons fait figure avec quelques autres – les Français de Varsovie par exemple – de brillante exception. Cette formation belge exhume tout vif l’esprit du post-punk, mais le transcende, et ouvre de nouvelles perspectives. Première singularité : un son ample et profond qui évoque moins le monde urbain que les grands espaces. Spengler eût qualifié leur musique de « faustienne » : comme certains morceaux des Swans ou le post-rock d’un Labradford, elle offre soudain de larges échappées, dégage des chemins de traverse qui expirent à l’infini.

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Au beau milieu d’un morceau, l’auditeur a parfois l’impression de survoler, à toute allure et très haute altitude, les Highlands ou l’Atlantique déchaînée. La cold wave de Whispering sons est iodée, venteuse, océanique ; elle enivre davantage qu’une errance éthylique en bord de mer, un premier de l’an au matin. Autre qualité, étonnante vu la jeunesse du groupe : une parfaite maîtrise de soi. L’agressivité, constante, est toujours dominée ; la mélancolie, fiévreuse, reste d’excellente tenue, loin du débraillé Batcave ou des beuglements éperdus d’un Robert Smith.

Une tempête criblée d’éclaircies

Mais Whispering sons est avant tout un groupe de scène. L’idéal est d’avoir la chance, comme votre serviteur, de les découvrir en concert, par hasard, sans jamais en avoir écouté un traître morceau. Vous êtes alors soufflé. Par la présence de la chanteuse Fenne Kuppens tout d’abord, dont le jeu de scène, syncopé, théâtral, rappelle bien sûr Ian Curtis, et dont l’androgynie, loin d’être neutre, est d’une expressivité bouleversante. Et puis il y a ce son aérien, cristallin, ce rythme soutenu, presque martial, qui vous arrache de la terre ferme. Several others est le deuxième album du groupe. Pour celui-ci, le son est plus rêche et dur ; plus électronique également. En revanche, le recours aux jeux d’échos est moins fréquent, mais c’est la même bourrasque, la même tempête criblée d’éclaircies. Bref, achetez ce disque, ruez- vous au concert, vous vivrez l’étrange expérience de croire, à plusieurs reprises, traverser l’horizon.

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