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Partout, les saints : Sainte Élisabeth de Hongrie

Élisabeth naît en 1207 à Bratislava, avec une cuillère en argent au paprika dans la bouche. Son papa, le roi André II de Hongrie, en impose tellement à la street européenne qu’il la promet à ses quatre ans à son allié le landgrave Ludovic IV de Thuringe, alors qu’on ne sait pas encore si elle sera regardable ou sympa. La jeune fiancée grandit en grâce et en caractère : sa piété la fait négliger les ors de la cour. Ses demoiselles de compagnie se paient ouvertement sa tronche, probablement un peu par jalousie. Si sa mise reste simple, elle dégage cette lumière intérieure qui transforme son humilité sincère en présence gracieuse. De quoi foutre en rage celles qui ont passé cinq heures sur le make-up pour ressembler à un cageot en comparaison.

À quatorze ans, elle épouse le brave Ludovic, qui turbo-craque pour son adorable bout de femme. Élisabeth découvre le courant franciscain naissant, dont elle en embrasse les principes de charité et de dénuement. Dans un contexte politique très dur de guerres, famines et maladies, elle abreuve et nourrit ceux qui se présentent, sape les plus pauvres et soigne les malades. Le brave Ludo la soutiendra toute sa vie. Face aux langues de pute de la cour qui essayent de salir sa réputation, il déclare : « Tant qu’elle ne vend pas le château, je suis content ! ». [...]

Éditorial culture de février : Mais les Cosaques ne meurent jamais

J’entendais l’autre matin François Busnel sur France Inter au micro de l’inénarrable Sonia Devillers (j’aime me vriller les nerfs au réveil) lâcher un terrible aveu : « Je ne suis pas certain, disait-il, que « La Grande Librairie » soit une émission littéraire, c’est une émission autour du livre (…), de ce qu’il peut déclencher dans une société. » Manière de justifier la promotion des livres de Vanessa Springora et, le mois dernier, de Camille Kouchner, lesquels représentent les sommets médiatiques de l’émission de Busnel et, en effet, le reconnaît-il en creux, des platitudes en termes de littérature. Désormais nous le savons, en dépit de son air naïf, Busnel est conscient, conscient d’avoir substitué à la question de la littérature – de la forme et du feu –, celle du « produit livre » et de son simple écho dans la masse. Une continuation de la sociologie par d’autres moyens. Et qu’on se débarrasse des artistes, ces ennemis de la société qui cherchent moins à la réformer qu’à la dévoiler, à réparer les vivants qu’à approfondir la douleur, à résoudre les problèmes psychologiques des foules qu’à s’armer d’un style pour transcender l’existence.

Cela me rappela qu’il y a dix ans exactement, le 3 février 2011 pour être précis, Olivier Maulin et moi-même lançâmes le Cercle Cosaque avec l’ambition de prôner l’inverse de ce que François Busnel cultivait depuis déjà trois saisons. Nous recevions, ce premier soir d’hiver, le romancier François Taillandier, devant un auditoire nombreux et hétéroclite. Reprenant la formule de Bloy qui disait attendre « les Cosaques et le Saint-Esprit » au début du siècle précédent, nous proposions quant à nous de fournir déjà les Cosaques. Le Saint-Esprit finirait bien par suivre. Sabrer dans le vif, incendier les vieilleries littéraires, nous réunir autour de chefs Sioux, de glorieux vétérans ou de vibrants mercenaires dans un cadre échappant au pince-fesses mondain comme au brise-burnes scolaire, tel était le programme, un programme qui convertit en quelques mois de nombreux adhérents. Bertrand Lacarelle et Jacques de Guillebon rejoignirent bientôt le comité central de la conspiration. [...]

Wardruna, les hommes au milieu des runes

A sa naissance en 2003, le groupe Wardruna (contraction de « warden of runes » ou « le gardien des runes ») semblait voué à demeurer dans l’underground, soit les sphères musicales souterraines. Après sa participation à la bande-son de Vikings, la série phare de la chaîne History, sa notoriété a pourtant explosé. Désormais, les Norvégiens font salle comble à chacune de leurs tournées, en Europe comme en Amérique, et ont vendu pas moins de 120 000 disques. Mystérieuse, leur musique est l’achèvement d’une savante alchimie entre néofolk, dark ambient et musique médiévale. À l’occasion de la sortie de leur nouvel opus Kvitravn, le 22 janvier, L’Incorrect s’est entretenu avec le leader du groupe : Einar « Kvitrafn » Selvik, un barde qui nous a ouvert les portes de son univers païen. Primitif, mais inspirant.

Quelques mots sur l’origine de Kvitravn ?

C’est la suite logique de la trilogie des runes (les trois premiers albums du groupe). La seule différence avec les précédents albums est qu’il va encore plus loin dans l’exploration de certains concepts comme la relation entre l’homme et la nature ou la dualité entre le corps et l’âme. [...]

Judo : notre critique

On ne dira jamais assez à quel point Johnny To est un génie. Cinéaste hong-kongais, il est toujours resté à l’ombre de ses collègues les plus prestigieux, comme John Woo, Tsui Hark ou Ringo Lam. En vrai amoureux d’Hong Kong, il creuse le sillon d’une œuvre élégiaque et opératique, qui célèbre le petit peuple de la mégalopole et constate avec amertume les changements profonds subis par la ville depuis la rétrocession.

Lire aussi : Paris au mois d’août : notre critique [...]

Jeanne Barret, La première femme autour du monde

Fille de métayers bourguignons, née en 1740, elle recevra assez d’éducation pour entrer au service du botaniste et médecin Philibert Commerson, dont elle devient tout à la fois la gouvernante, l’assistante indispensable… et la concubine. Et quand le savant naturaliste décide de participer à l’expédition de circumnavigation de Bougainville, il ne songe pas une minute à se séparer d’un « bras droit » si précieux.

Afin de détourner les soupçons, Jeanne se travestit en moussaillon et s’enrôle sous le nom de « Jean Barret ». Après quoi, elle s’arrange pour être mise à la disposition de Commerson en qualité de domestique. Les cheveux coupés, la poitrine bandée, des vêtements amples pour cacher ses formes, Jeanne donne aisément le change, d’autant qu’elle n’a rien d’une beauté fatale ! Petite et trapue, large d’épaules et de bassin, une tête ronde tavelée de tâches de rousseur, elle est « assez laide et mal faite » aux dires d’un témoin du périple. [...]

Les critiques musicales de janvier

ATTENTION AUX TURBULENCES

Pondicergy Airlines de Stéphane Edouard, Label Cjazz Productions/Absilone, 22 €

Pondicergy Airlines est le premier album solo du percussionniste Stéphane Edouard. Pas si seul que ça si l’on en juge par la participation exceptionnelle de trente-deux renommés compagnons de route internationaux à ses côtés, du départ, Pondichéry, l’ancien comptoir français du sud de l’Inde, pour arriver à Cergy la ville de son enfance, le répertoire musical du cinéma indien Bollywood et la musique classique indienne demeurant ses premières sources d’inspiration. « Je rends hommage à mes parents en évoquant musicalement les réunions familiales où nous nous retrouvions pour chanter et jouer. Cergy représente une autre part de mon enfance vécue en parallèle, rock, jazz, et world m’ont ouvert de nouveaux horizons totalement exaltants. Mon cœur a trouvé la juste mesure entre ces deux cultures. » Un touché unique qui concilie l’aspect moins évident du jazz avec l’accessibilité à un langage musical festif, savant et généreux. Un embellissement des sections rythmiques en un jeu orchestral autour du tempo en attaque avant la pulsation, ou juste une double croche après, pendant que d’autres suivent scrupuleusement l’andamento : le groove, en quelque sorte ! Alexandra Do Nascimento

INCLASSABLE

Last Night When We Were Young de Sandro Zerafa, PJU Records, 22 € [...]

Flannery O’Connor dans L’Atelier du Roman

En juin dernier, un certain Paul Elie appelait dans le New Yorker au procès de Flannery O’Connor, accusée de ne s’être pas suffisamment purgée des préjugés racistes de son Sud natal et d’élection durant sa courte existence, puisque ce génie des lettres rendit l’âme à juste trente-neuf ans. Les meutes numériques excitées par l’odeur du lynchage et du déboulonnage de tout ce qui les dépasse se déchaînèrent alors sur Twitter et, après pétition des élèves, on finit par débaptiser une résidence, exécutant les décrets de la « cancel culture », cette nouvelle table rase suscitée par de très vieux démons et qui fait toujours aussi bien jouir les médiocres (qui sont légion).

De l’autre côté de l’Atlantique, une revue littéraire résistant encore à l’asphyxie spirituelle ambiante lui consacre son cent-troisième numéro. Promesse tenue par son directeur, Lakis Proguidis : « Je m’acquitte maintenant de la promesse faite à Philippe Muray de consacrer un numéro de L’Atelier du roman à Colette et un autre à Flannery OConnor », la revue est sous-titrée « Le réalisme des lointains », en référence à une réflexion de la célèbre nouvelliste et romancière : « La qualité prophétique du romancier est liée à ce qu’il est capable de voir dans les choses proches les prolongements de leur signification, et capable de voir les choses lointaines de très près. Le prophète est un réaliste des lointains ».[...]

Jean Carrier, le dernier antipape

Au dernier chapitre de la Guerre de Cent ans, alors que la chrétienté retrouvait son unité au sortir du Grand Schisme, un seul cardinal refusera de s’incliner. Depuis près de trois-quarts de siècle, le Saint-Siège résidait à Avignon, sous la protection sourcilleuse du roi de France. À peine rentré en Italie, Gré­goire XI va s’y éteindre, le 27 mars 1378. Élu sous la pression de la foule romaine, son successeur Urbain VI est très vite désavoué par ses cardinaux qui lui désignent un suppléant, Clément VII, lequel s’empresse de regagner les rives du Rhône. Ainsi commence le Grand Schisme d’Occident. Après bien des déchirures, le concile de Constance, en 1417, déposera les deux compétiteurs et nommera un nouveau pontife en la personne d’Oddo Colonna, qui prend le nom de Martin V.

Cependant, le successeur de Clé­ment VII, l’Espagnol Pedro de Luna – alias Benoît XIII – refuse obstinément de se démettre. Réfugié sur le rocher de Peniscola, au nord de Valence, « l’anti­pape » reconstitue en 1423 un « Sacré Collège » de quatre cardinaux. Aus­sitôt après sa mort, trois d’entre eux, créatures du roi d’Aragon Alphonse V le Magnanime, choisissent pour le rem­placer un certain Gil Sanchez Muñoz. Ce Clément VIII finira par abdiquer en faveur de Martin V qui lui offre l’évêché de Majorque. Mais le quatrième cardinal de Benoît XIII, le Français Jean Carrier, ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, l’élection de Clément VIII – à laquelle il n’avait pas participé – est entachée de simonie. Il la déclare donc nulle et non avenue. [...]

L’Incorrect

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