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Gene Hackman © DR
Gene Hackmann, mort d’un géant discret du Nouvel Hollywood

Gene Hackman, c’est d’abord un visage qui au fond est presque un non-visage, un cercle à la Tintin, un « ovale de négation » et sur lequel on peut donc projeter à peu près tout. Dès ses premiers grands secondes rôles, il y a dans cette face rondouillette une sorte de stupeur ombrageuse, une densité minérale que les réalisateurs ne se lassent pas d’interroger. Bien sûr, c’est avec French Connection que l’acteur  californien – venu tardivement au cinéma, à ses 30 ans, après avoir servi en Chine dans l’armée et accumulé pas mal de petits boulots – se met à imprimer durablement la rétine et intègre presque immédiatement le panthéon de ces « silhouettes » immédiatement reconnaissables, presque une marque à part entière : un chapeau court, un costume pas très bien ajusté, une démarche encombrée qui ménage quelques rares moments de souplesse féline… William Friedkin a d’emblée su capté toute la versatilité de ce corps et de ce visage empesé, presque monolithique, mais capable de venir à bout du mal par sa ténacité.…

« Queer » : Guadagnino réévalué
Depuis son premier film, Luca Guadagnino a toujours cultivé un principe d’incertitude esthétique. The Protagonists (1999) reconstitue à Londres un meurtre raciste, en ajoutant une récitante (Tilda Swinton) et en donnant son propre rôle à la femme de la victime. Si la fiction très théâtrale contamine le docudrama en l’injectant de kitsch mal dosé, on perçoit déjà la thématique de l’amour perdu qui va irriguer son cinéma. Ainsi des codas surprenantes de Suspiria (2018) et de Queer qui referment des récits d’apparence linéaires mais proliférants. La géométrie soigneuse du film de genreoriginal est mise à mal par un assassinat psychokinésique par désarticulation et un sabbat de prothèses gluantes en bouquet final. [...]
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« A Real Pain » de Jesse Eisenberg : tiède
Deux cousins américains – l’un hyperactif à fleur de peau, l’autre coinços-névrosé – partent en Pologne suivre un voyage organisé pour honorer la mémoire de leur grand-mère déportée récemment décédée. Jesse Eisenberg avait fait une petite impression avec son premier film When you finish saving the world sur les incompréhensions entre une mère militante et son fils adolescent. Il n’en ira pas de même avec A Real pain qui ne dépasse jamais son argument de départ. [...]
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Mercato de Tristan Séguéla : quand le football-buisines se dribble lui-même

Dans l’arène saturée du cinéma français contemporain, où la quête du consensus prime souvent sur l’audace artistique, Mercato de Jamel Debbouze s’annonçait comme une incursion prometteuse dans les méandres du football professionnel. Le film ambitionnait de dévoiler les rouages impitoyables des transferts de joueurs, tout en offrant une critique acerbe du mercantilisme dévorant ce sport autrefois noble mais en passe de racaillisation.

Hélas, cette promesse se dilue rapidement dans une narration convenue, où la satire attendue cède le pas à une comédie dramatique trop lisse pour marquer durablement les esprits.

Le postulat initial, centré sur Driss, un agent de joueurs en perte de vitesse interprété par Jamel Debbouze, laissait entrevoir une exploration profonde des enjeux et des compromissions inhérentes au milieu du football. Confronté à des dettes colossales envers des créanciers peu scrupuleux, Driss dispose de sept jours, le temps imparti avant la clôture du mercato, pour orchestrer un transfert salvateur.…

Buraiha, Murakami : comment la littérature japonaise illumine la nuit française
La culture japonaise a longtemps souffert d’une image caricaturale, la faute à des tropes qui sont relayés à partir des années 80, alors que le pays commence à exporter massivement ses produits culturels : cinéma, mangas, littérature. On célèbre d’un côté les tenants d’une « tradition » que sont Kawabata et ses Belles Endormies (aujourd’hui il serait probablement accusé de « pélicotisme ») ou encore le magistral Kenzaburo Oé de Dites-nous comment survivre à notre folie. Avec en surplomb ce soleil noir qui brille à jamais dans le firmament des lettres japonaises et qui s’appelle Yukio Mishima, anomalie fulgurante, comme un retour d’acide de l’impérialisme mystique au cœur des années 50. En contrepoint, la littérature des années 90 impose une singularité quasi-surréaliste, servie par l’ambiance électrique des mégalopoles japonaises où jamais rien ne dort, et qu’engrossent les névroses et fantasmes d’un peuple sous pression. La France découvre au début des années 90 les « deux Murakami » : le premier, Haruki, avec La Fin des Temps (dont le tout récent La Cité aux murs incertains est la suite plus ou moins officielle) s’inscrit dans un projet romanesque que certains grands écrivains sud-américains, comme Roberto Bolano : un « post-exotisme » avant l’heure où les fondations du réel sont fébriles, où quelque chose comme le sentiment d’un complot contre le monde apparaît déjà chez le personnage-type murakamien, une sorte de fonctionnaire kafkaïen amateur de trombones. L’autre Murakami, Ryu, incarne un versant plus punk, en décrivant sans fard les milieux interlopes de Tokyo, dans des brûlots antisociaux qui rappellent, à peu près au même moment, le cinéma viscéral de Shinya Tsukamoto (Tetsuo). [...]
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Luc-Olivier D’Algange : une chaine d’or pour les relier tous
Contre les écrans qui divisent, contre la segmentation des connaissances qui produit des chiens savants tout juste capables de vomir des lignes de code pour enfermer un peu plus le réel dans une nasse numérique, LOA, dans ses Droits de l’âme, propose de réunifier le savoir, de faire comprendre à nouveau quelle grande Tradition (ou sophia perennis) sous-tend les textes majeurs, de rappeler les tunnels et les rhizomes d’idées qui travaillent secrètement les œuvres, qui les relient entre elles dans un vaste dédale de références, de liaisons quasi-chimiques relevant d’une sapience ésotérique. À ce titre, il s’élève contre les approximations et les dérives idéologiques d’un enseignement de la littérature qui voudrait ranger les époques dans des cases, et opposer, par exemple, le classicisme au romantisme : « Il est temps d’en finir avec ce dualisme de pacotille qui ne se lasse pas point d’opposer une raison diurne à une irrationalité nocturne, un « classicisme » prétendument raisonnable et un « romantisme » qui serait tout embarbouillé d’obscurantisme. » [...]
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September & July : sœurs bizarres
En 2010, l’actrice Ariane Labed était découverte dans le plutôt apprécié – ceci tout à fait inexplicablement – Attenberg de Athina Rachel Tsangari, où deux jeunes femmes à la ramasse épuisaient le spectateur en rituels spécieux et danses idiosyncratiques. Quinze ans plus tard, elle remet le couvert, cette fois-ci en tant que réalisatrice, avec September & July, son premier film. [...]
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« Bref » saison 2 : Le naufrage du cool

En 2011, Bref était un petit miracle cathodique. Rythme effréné, voix-off mordante, ironie générationnelle savamment dosée : Kyan Khojandi et Bruno Muschio avaient réussi l’exploit de condenser l’air du temps en pastilles de deux minutes, et d’en faire un phénomène. Treize ans plus tard, Disney+ nous livre une saison 2. L’annonce avait de quoi intriguer. Après tout, un retour après tant d’années est rarement une bonne idée. À l’arrivée, c’est encore pire que prévu : ce Bref 2.0 ressemble à un quadra en crise qui tente désespérément d’être encore cool.

Un changement de format hasardeux

Oubliez les épisodes courts et incisifs. Place à des formats de 30 à 40 minutes, censés permettre de « creuser les personnages » et « aborder des sujets plus profonds ». En réalité, on assiste surtout à un allongement artificiel d’une recette qui fonctionnait par son immédiateté. Là où Bref captait avec brio l’absurdité du quotidien en quelques plans, cette saison 2 s’embourbe dans des tentatives de narration laborieuses et un étirement inutile des situations.…

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