5 mars 2019
Les débuts des siècles précédents avaient des manières directes. On ne pouvait plus percevoir le monde selon la même perspective après l’épopée napoléonienne ou le fracas de 14-18. Baptêmes collectifs sanglants, ils avaient le mérite de vous mettre au diapason tout un peuple au moment de changer de tonalité.
Le siècle n° 21, lui, démarra certes, en 2001, le même jour de septembre pour l’ensemble du globe, mais si le choc fut clair, il fut aussi diffus, virtuel, celui d’une simple image relayée en boucle. De là, peut-être, notre difficulté à prendre pleinement conscience des basculements, des enjeux, des zones où désormais croît le danger mais où croît aussi ce qui sauve. La plupart des verres sont périmés. Ceux que portent François Bégaudeau ou Édouard Louis, par exemple, ces écrivains dont l’écriture est soumise à une sociologie grossière, elle-même dépendante d’une eschatologie marxiste dont les visées sont non seulement ridicules (être égal dans le vide avant de crever), le déterminisme affligeant, mais dont la forme, surtout, est une caricature des logorrhées de leurs pères (voire de leurs grands-pères en ce qui concerne le Tintin prognathe), ces verres, donc, datent d’il y a déjà dix lustres – voire un siècle et demi. DAU, le gigantesque projet du réalisateur russe Ilya Khrzhanosky qui fut lancé ce mois-ci à Paris prend les choses exactement où Bégaudeau et Louis les projettent encore : la fabrique soviétique de l’homme nouveau, une fois le bourgeois ou le « dominant » au Goulag, et l’horizon scientifique et égalitaire.