
Frédéric Taddéï a animé durant une dizaine d’années une émission remarquable sur la télévision publique : trente ans après Polac, une culture du débat était à nouveau possible, et des intellectuels, des universitaires, des écrivains, des journalistes, des artistes, échangeaient librement sur toute sorte de sujets d’actualité et depuis des positions variées. L’animateur arbitrait avec discrétion et élégance, distant, subtil, impénétrable - un Français du XVIIIe tentant de recréer les conditions d’un salon au sein d’un univers médiatique toujours plus plombé. Depuis, la plupart des émissions rassemblent des actrices, des comiques et des sociologues qui s’émeuvent de la règle, moquent ceux qui y dérogent ou la rappellent avec des arguments pseudo-scientifiques. À la fin du spectacle, on constate un tel phénomène de glaciation de la pensée qu’il faut sans doute nettoyer le givre accroché aux micros. À comparer, la Russie de Poutine offre un climat qui peut sembler méditerranéen.












