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Un siècle de mangas, l’éternité d’une sainte

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Publié le

29 septembre 2018

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Notre correspondant esthète Richard de Seze a sillonné les expositions d’été pour indiquer à nos lecteurs où se rendre ce mois-ci avant que ne débute la nouvelle saison. Dans les vieilles cités de Nantes et Orléans, affirme-t-il, pour s’imprégner de l’esthétique manga et se laisser à nouveau éblouir par la sainte Pucelle.

 

Mangas à Nantes

L’Asie produit des voitures, des téléphones et des touristes qui, inexplicablement, adorent venir se faire photographier à Paris, en tenue de mariage, tôt le matin. Sinon, l’Asie produit des dragons, des nuages aux contours nets et compliqués et les fantômes les plus horribles qui soient. C’est aussi un continent où la bande dessinée est si populaire que les fascicules s’y écoulent par millions. « Mangasia » entend en donner un rapide aperçu, sur un siècle de production: l’entreprise est proprement folle. Un peu comme si l’on voulait, en moins de 500 objets, rendre compte d’un siècle de bande dessinée américaine et européenne, en alignant Achille Talon à côté de Jack Kirby…

La sélection ne semble pas avoir été opérée « scientifiquement », en dressant de soigneuses généalogies ou en distinguant auteurs majeurs et production de masse – mais est-ce vraiment intéressant? Le fait manga est là, écrasant, et l’exposition permet de vérifier d’une part l’impérialisme culturel japonais sous nos latitudes – car la bande dessinée asiatique c’est aussi la Chine, la Corée, l’Indonésie, la Mongolie ; d’autre part la vitalité incroyable du genre, sa popularité, qui s’explique par la réactivation continuelle du fonds culturel traditionnel. Vie quotidienne et monstres fabuleux, turpitudes sexuelles et épopées héroïques, lointains étranges et merveilles immédiates, tout est en permanence malaxé, mélangé, restitué, transformé, avec naïveté, luxuriance, emphase et le goût des histoires longues qui entraînait déjà Homère à tirer à la ligne. On vérifiera aussi que la vulgarité est la chose du monde la mieux partagée, même quand on prétend la déguiser en  liberté de l’artiste. Mais cela aussi est signe et moyen de vitalité.

 

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Boutet de Monvel à Orléans

Jeanne d’Arc est une jeune fille qui mène une charge furieuse environnée de lances que Paolo Uccello n’aurait pas reniées. Jeanne d’Arc est une jeune fille agenouillée devant un roi incertain environnée par les plus somptueux brocards immobiles, portés par les courtisans les plus dédaigneux. Jeanne d’Arc est l’obsession de Maurice Boutet de Monvel. Il lui consacra un livre « pour la jeunesse » qui est un sommet (les Viennois de la Sécession en étaient si épris que Boutet de Monvel fut invité à leur exposition de 1899), et projeta de peindre six panneaux pour la basilique de Domrémy mais mourut avant de les achever. Fort heureusement, il en avait tiré six versions réduites pour un sénateur américain (dont l’existence est ainsi justifiée aux yeux de Dieu).

L’exposition d’Orléans revient sur tous ces projets et on est saisi par la puissance, la présence évidente de la sainte et, encore plus présente et évidente, la foi chrétienne et nationaliste de l’auteur. Boutet de Monvel, peintre d’histoire, instille dans ses compositions quatre siècles de réflexion sur la manière de représenter le mouvement (merveilleuse immobilité de la cour), le sentiment et la vérité, avec une palette étonnante, tour à tour criarde et nuancée, plus expressive que naturaliste. À l’époque, l’Europe et l’Amérique concluaient au chef d’œuvre. Ces méditations johanniques sont un cycle unique d’images si délicatement forgées qu’il porte encore son message avec une intensité intacte.

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