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Prince noir de la folk

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Publié le

1 octobre 2018

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Si la « dark folk » est un mouvement musical typiquement européen, il en existe une version américaine tout à fait probante incarnée par King Dude, sorte de Leonard Cohen sous captagon. Son dernier album, Music to make war to, le prouve encore. À l’attaque !

 

Avatar (ou plutôt doppelgänger) de Johnny Cash, le folkeux King Dude a inventé un mélange aussi improbable qu’intéressant entre blues, americana (synthèse country-rock), batcave et dark folk apocalyptique. S’il plane sur les compositions du roi de la folk noire US un parfum aux relents de soufre et si la noirceur de ses titres exprime une certaine fascination pour le côté obscur de l’humanité, King Dude n’en est pas moins versé dans la mystique chrétienne. Fasciné par les cathares, l’artiste s’apparenterait à un chrétien hérétique des temps modernes qui aurait placé la dualité entre sexe et religion au cœur-même de son œuvre.

 

Johnny Cash au pays des gothiques
« Vous qui achetez ce disque, perdez tout espoir ». Tel pourrait être l’avertissement affiché sur les albums du groupe, tant la noirceur abyssale et la mélancolie sont des caractéristiques essentielles de la musique de King Dude, voire leur marque de fabrique. Doté d’une typographie gothique, le groupe revendique son affiliation à la scène dark folk. Thomas Jefferson Cogwill (de son vrai nom) promène, avec ses costumes sombres et ses lunettes noires, un air de dandy à mi-chemin entre David Bowie et Ian Curtis, évoquant la version gothique et chic de Johnny Cash. Originaire de Seattle, ce berceau du grunge, le musicien possède autant de cordes à son arc qu’à sa guitare puisqu’il a d’abord expérimenté le black metal au sein de son groupe Book of black earth et touché au hardcore avec Teen Cthulhu. Il a d’autre part lancé une marque de vêtements, « Actual pain », et dirige le label Not just religious music, sur lequel sont d’ailleurs sorties quelques-unes de ses productions.
Depuis la naissance du projet, en 2006, le King Cogwill n’a pas chômé puisque Music to make war to est déjà son septième album et qu’il faut également compter de nombreux singles et d’EPs, parmi lesquels des collaborations avec la chanteuse gothique en vogue Chelsea Wolfe. D’un disque au suivant, TJ Cogwill a forgé un style inclassable entre Johnny Cash, The Cramps, Death in June et Sol Invictus, posant sur des ambiances glaciales une voix d’outre-tombe.

 

Lire aussi : Ceux qui ont capturé l’image et le son

 

L’art de l’ambigüité

À la différence de son mentor Douglas Pearce (le charismatique chanteur de Death in June), le King ne joue pas avec des symboles crypto-fascistes et l’imagerie homosexuelle version SA. Il manie néanmoins lui aussi l’ambiguïté. Se définissant comme un chrétien mystique ou un gnostique, le musicien laisse planer le doute sur la véritable nature de ses convictions religieuses. Élevé par une mère païenne passionnée par le spiritisme et un père bon chrétien, il est resté partagé entre les deux voies, une ambivalence qui s’exprime notamment à travers les visuels du groupe, le logo se trouvant à mi-chemin entre une rune nordique et une croix chrétienne. À la manière d’un hérétique, TJ Cogwill s’amuse également à mettre en relief les liens étroits qui existent entre sexe et religion, comme au sein de son précédent album en date, sobrement intitulé Sex et sorti en 2016. Même s’il cultive les atmosphères les plus sombres, King Dude peut parfois faire preuve d’humour, comme lorsqu’il revendique publiquement une admiration indéfectible pour Ritchie Valens – le chanteur de « La Bamba ».

 

Chant de bataille

Dans la continuité de son prédécesseur Sex, le nouvel opus de King Dude, Music to make war to, s’attaque à nouveau à un thème fondamental: la guerre. Néanmoins, il y est surtout question de guerre spirituelle. En effet, des titres comme « Twin brother of Jesus » ou « God like me » sont empreints de mysticisme. Musicalement, il s’agit toujours de dark folk à l’américaine mais agrémenté ici de quelques influences électro, comme dans la chanson « In the garden » (Celui d’Eden ?) Sur ce disque, la voix de Cogwill, moins froide et distante, se fait plus émouvante. Le titre éponyme, atmosphérique, baignant dans les résonances du piano, a déjà été prétexte à un clip dans lequel le chanteur participe à une version trash de la Cène en s’adonnant à sa passion pour la fauconnerie. Manière de rappeler sans doute que malgré son appétence pour le sacré, l’homme reste un prédateur.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

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