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Walter : « L’HUMOUR REPOSE SUR UNE TRANSGRESSION BÉNIGNE »
Si le Québec fournit la chanson française en voix hystériques, la Belgique semble s’être spécialisée dans l’exportation d’humoristes faussement cocasses et dopés à la moraline, Charline Vanoenacker en représentant le spécimen le plus célèbre et le plus lamentable. Pour se faire pardonner, elle nous a aussi offert Walter, classe et caustique, qui sévit encore ce mois-ci au Palais des glaces. Un stand-up subtil, virtuose et décomplexé – en un mot: formidable. Avant de devenir humoriste, vous avez longtemps exercé une profession plus commune… J’ai toujours fait du one man show en amateur, mais mon précédent métier était de faire du conseil en gestion et stratégie informatique, ce qui me donnait l’occasion d’être à Paris et de goûter un peu à la scène. Et puis je me suis dit que j’allais me donner les moyens d’essayer de faire cela sérieusement durant six mois, quitte à revenir ensuite à mon ancien boulot, mais sans regrets. Or, il se trouve que ça a assez vite marché au point que, si la première scène que j’ai faite était l’arrière-salle d’un bar du XXe arrondissement, quelques mois plus tard, ma deuxième scène, c’était L’Olympia ! N’y a-t-il pas des catégories d’humoristes bien distinctes? Pour faire court, il y a deux types de one man show: celui où l’acteur, sur scène, invente un quatrième mur et s’adresse à un autre personnage inapparent; et celui où il n’y a pas de filtre et où le comédien s’adresse directement au public, soit en son nom soit au nom du personnage qu’il incarne. On associe cela au Jamel Comedy Club, mais en réalité, Robert Lamoureux et Pierre Desproges faisaient déjà du stand up. C’est cette tendance-là, que je pratique, qui a le vent en poupe depuis des années. Quels sont les humoristes qui vous ont inspiré ? J’ai eu la chance d’avoir un père qui avait bon goût en matière d’humour, si bien que je regardais déjà Desproges quand j’avais dix ans, qui m’a bien sûr beaucoup influencé pour le côté incisif des textes. Coluche, lui, m’a touché pour son sens de l’efficacité. Quant à Thierry Le Luron, c’est un imitateur, ce que je ne suis pas, mais j’admirais chez lui le côté classe avec son smoking et l’orchestre autour, et c’est par cet aspect qu’il m’a inspiré. Vous avez aussi des influences littéraires? Je joue simplement, comme la plupart des gens qui font du stand up, des versions exagérées de moi-même. Je lis beaucoup mais tout est prétexte à sketch, pour autant que ce soit une idée intéressante et qui permette de ne pas dire trop de banalités. Ce peut être également l’attitude d’un acteur, un article de journal… Le sketch que j’ai écrit sur les prénoms m’est venu par la réflexion selon laquelle les pauvres se plaignent de ne pas être riches, mais appellent souvent leur fils Brandon. Or, ça ne revient pas moins cher ! (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Les Confins du monde : notre Vietnam.

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Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par son désir de vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète pour retrouver les assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune prostituée indochinoise, va bouleverser ses croyances.

 

 

Si l’histoire démarre sur un fait authentique, la cruelle riposte japonaise du 9 mars 1945, intervenue alors que de Gaulle veut récupérer l’Indochine, Guillaume Nicloux exploite ce moment historique d’une transition flottante où le rapport des forces en présence (français, japonais, vietminh) demeure indéterminé, pour mieux ancrer son film dans un univers fantasmagorique empreint d’ombres et de brouillards.

 

La filmographie du réalisateur continue de se montrer surprenante : du thriller comique avec le génial Enlèvement de Michel Houellebecq, au road-movie de Valley of Love en passant par l’adaptation de La Religieuse de Diderot, Nicloux a fait profession d’éclectisme.

Un sacrifice inutile ?
« Mère, voici vos fils qui se sont tant battus » écrivait prophétiquement Péguy en 1913, un an avant de tomber lui-même au champ d’honneur, comme 9,7 millions de soldats au cours de la Grande guerre. Ces soldats n’étaient pas, loin s’en faut, des « civils armés », comme l’a répété à satiété l’Élysée avant les célébrations du 11-Novembre. Mobilisés, pour la plupart, dans le cadre d’armées de conscription, ils n’avaient certes pas choisi le métier des armes par vocation. Beaucoup d’entre eux étaient d’ailleurs agriculteurs dans une Europe restée, à bien des égards, un monde rural. Mais ils n’étaient pas non plus les jouets involontaires d’un conflit macabre auquel ils seraient demeurés totalement étrangers, comme dans Voyage au bout de la nuit.
L’éditorial de Romaric Sangars : Hausse des prix
Nous sommes très fiers, à L’Incorrect, d’avoir contribué à l’inflation des prix littéraires de l’automne à notre mesure, qui ne fut pas chiche puisque nous n’en décernâmes pas moins de quatre. Cette manie de primer à tout bout de champ la littérature me paraît excessivement française : goût du prestige frôlant le snobisme en permanence, passion des débats interminables et des décorations, élévation des livres au statut d’enjeu national, prétexte intellectuel à l’éthylisme le plus débridé…
Bernard Plossu : PARIS ET LES CONFETTI DU BONHEUR
Grand photographe et incessant voyageur, Bernard Plossu aura néanmoins toujours gravité autour de Paris, sa capitale de cœur. L’album Plossu Paris (Marval – Rue Visconti) témoigne de cette fidélité amoureuse en cinq cents clichés d’une grâce intacte. Bernard Plossu photographie depuis l’âge de neuf ans, comme en témoigne la première photo en couleur, prise en 1954, place de l’Étoile, de cet album parisien qui couvre plus d’un demi-siècle de photographies (1954-2017). Souvent, je me suis demandé quelle était cette grâce qui habitait l’univers de Plossu. Et j’ai pensé à la Nouvelle Vague, ce grain de folie aimable qui a osé mettre la vie au-dessus de l’art. François Truffaut, Éric Rohmer choisirent l’audace de la sincérité, de la candeur. C’est ce qui fait que tant de scènes, de dialogues ont conservé un charme inouï dans notre souvenir. Il émane des photos de Plossu cette énergie de la vie proche de ce cinéma, l’énergie du naturel, de l’absence de calcul. Son défi à la beauté, c’est « ne jamais faire quoi que ce soit pour plaire ». Et c’est ainsi qu’il ne s’est jamais trouvé prisonnier des modes. Plossu est un peu un Français idéal, comme l’écrivait Antoine Faugères de Truffaut il y a vingt ans dans Le Lecteur. C’est-à-dire un artiste qui, quasiment à son insu, laisse entrevoir la poésie, la douceur, la délicatesse toutes françaises auxquelles aspirent le lecteur, le spectateur. Un quartier de Lisbonne ou une île de la Méditerranée, un coin d’Afrique ou d’Asie ou d’Amérique saisis par son regard deviennent le patrimoine du photographe et du photographié. On peut voyager aussi loin que l’on veut, mais il faut bien revenir quelque part (…) A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
POURQUOI MALAPARTE N’EST-IL PAS AU PANTHÉON ?
Signant Malaparte et espérant, au contraire de Bonaparte, finir bien, l’écrivain « architalien » quoique né à demi-allemand, ne se trouve pourtant pas au firmament des lettres européennes, où son génie aurait dû le propulser. L’auteur de Kaput et La Peau reste une figure controversée, souvent pour des raisons paralittéraires, et l’excellent Cahier de l’Herne qui lui est consacré offre quelques éclaircissements au sujet de ce scandale. A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Gaspar Noé, Noé Gaspar ou l’intoxication volontaire et collective
« Le processus mondial, dans son ensemble, a beaucoup plus de traits communs avec une party de suicidaires à grande échelle qu’avec une organisation d’êtres rationnels visant à la conservation de soi. » Peter Solterdijk, Essai d’intoxication volontaire – « Il y a deux tragédies dans la vie: l’une est de ne pas satisfaire son désir et l’autre de le satisfaire. » Oscar Wilde – « L’amour excessif de la vie est une descente vers l’animalité. » Baudelaire. On ne devrait pas connaître la vie des gens. Gaspar Noé est cool. Il n’a pas été le dernier choisi en EPS. Il devait faire de grandes fêtes chez lui. Il est mondain et prend de la cocaïne à l’église Saint-Merri avec des assistants de Rick Owens. Bien habillé, bien coiffé, il écoute de la bonne musique (d’Erik Satie repris par Gary Numan en passant par Cerrone, sans négliger Patrick Hernandez) et colle de bonnes références sur son écran : clins d’œil appuyés à Fassbinder, à Argento, et à ce livre fétiche, Suicide mode d’emploi. L’ambiance de fin de monde désynchronisée est là. Sans message, sans issue, brute. On mélange grande et petite culture, absolu et dérisoire. On change de rythme, on accumule des sensations et des moments d’exception.
L’Épopée Beraber
Au milieu de tant de publications sans grâce, il en est une qui a traversé discrètement la rentrée littéraire. Pour quelques-uns qui font ces colonnes, il s’agit pourtant d’une très grande œuvre qui aura eu le charme rare de nous faire vivre une épopée, littéraire aussi bien que réelle. En été, les pages ouvertes d’un livre à paraître à la rentrée, La Grande Idée, m’ont révélé qu’un écrivain d’aujourd’hui, Anton Beraber, gardait en lui le souvenir sensible de civilisations enfouies et des temps archaïques. Que, quelque part ici, quelqu’un vivait de poésie. Les onze chapitres de son volume s’organisent autour d’une recherche, d’une trace à préciser, celle laissée par un Grec, Saul Kaloyannis, durant le périple qui suit la débâcle d’une guerre lointaine. Kaloyannis, sans que le lecteur sache vraiment pourquoi, a durablement marqué ses contemporains, proches ou lointains, et ouvert derrière lui un sillon de fascination et d’imprécisions.

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