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Le cercle d’Anita par Samuel Brussell
L’écrivain suisse – et éditeur culte – Samuel Brussell, offre ce mois-ci aux lecteurs de L’Incorrect une somptueuse évocation de Trieste, de la poétesse Anita Pittoni et des ombres prestigieuses qui hantent cette ville de Vénétie – évocation d’une Europe de Joyce à Morovich. Dépêche de l’ANSA 5 mars 2017 : « Il s’en est fallu de peu qu’une maison d’édition comme Adelphi naquît à Trieste, à la fin de l’année 1949, plutôt qu’à Milan, en 1962. C’est ce qui ressort de la découverte, faite par la librairie ancienne Drogheria 28 de Simone Volpato, de la correspondance entre les Triestins Bobi Bazlen, un des fondateurs inspirateurs des éditions Adelphi, et Anita Pittoni qui, en 1949, créa la maison d’édition Lo Zibaldone. La correspondance consiste en dix lettres écrites entre 1949 et 1953 et s’ouvre avec l’invitation d’Anita Pittoni faite à Bazlen d’entrer dans le comité du Zibaldone. Bazlen envoie aussitôt ses bons vœux et conseille à Pittoni d’oublier la littérature triestine, à la veine fatiguée, pour s’ouvrir à la Mitteleuropa. » Une maison d’édition milanaise est née à Trieste en 1949. La maison milanaise était une dissidence de la triestine Zibaldone mais Zibaldone était la maison-mère. Je m’ouvris de cette découverte au libraire Volpato, à qui j’étais venu rendre visite à la foire du livre ancien à Milan, où il exposait. Bobi Bazlen avait exporté la peste triestine à Milan, mais la vivifiante peste venue des confins de l’Empire défunt s’était diluée peu à peu après sa mort, jusqu’à se volatiliser à la fin de la guerre froide, quand l’« Europe réunie », à l’instar de l’« Allemagne réunie », se sentit brusquement orpheline, orpheline d’elle-même. Le vieux rêve centraliste de la réunification, de l’indivisibilité, n’en finissait plus de séparer et d’isoler les hommes. On eût dit que les dieux se vengeaient de tous les idéalismes en abolissant l’espace et le temps – alias l’identité. L’Art d’être nulle part « Venez me voir à Trieste », m’avait dit le libraire antiquaire. « Et ne venez plus nous dire que Trieste est inaccessible », avais-je lu sur un dépliant touristique. Trieste se contentait d’être accessible à qui avait envie de la voir ; pour l’heure, elle ne suscitait pas d’autre impulsion. Deux semaines plus tard, je poussai la porte de la librairie ancienne, via Ciamician, derrière la place Hortis, où siégeait le bâtiment de l’ancienne bibliothèque de la ville. Le génie de la littérature triestine se faisait sentir, curieusement, dans sa « veine fatiguée », qui se déployait avec une sourde et mystérieuse énergie sur les étagères de cette ancienne droguerie. Quand je posai le pied à Trieste pour la première fois quelque trente ans plus tôt, la ville me fut aussitôt (...)
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Marguerite : Jazz de circonstance
Marguerite est une nouvelle figure de la variété française, à mi-chemin entre le jazz de Boris Vian et la lyrique légèreté des comédies musicales de Jacques Demy. Derrière la voix puissante de la jeune Lyonnaise perce une critique pleine d’humour de la société marchande. Sur quel terreau poussent les marguerites ? Celle que nous rencontrons, énergique et souriante, a grandi dans un milieu d’artistes : des parents diplômés des Arts-Décoratifs de Paris, une grande sœur photographe et un petit frère architecte. Son bac en poche, et bien qu’elle pratique déjà le chant, c’est d’abord vers le théâtre qu’elle se tourne. Mais la future chanteuse sort de son école au bout d’un an, dépitée : « Il semblait impensable pour mes camarades d’envisager qu’une femme puisse jouer autrement qu’à poil devant le public. On était censés privilégier le dégueulasse et les éructations plutôt que la beauté du jeu et des déclamations. » Après une licence de lettres modernes, Marguerite intègre finalement une troupe de comédie musicale avant de monter à Paris, où, entre les petits boulots et les représentations, elle poursuit sa formation au conservatoire du IXe . « J’étais d’abord entrée pour (...)
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Peter Sloterdijk, un philosophe de la Renaissance
Le philosophe Peter Sloterdijk était à Paris pour présenter son dernier ouvrage, Nach Gott (Suhrkamp), paru cet été en Allemagne. A l'approche de la parution en France d'une nouvelle traduction, L'Incorrect est allé recueillir quelques éléments de son gai savoir.
Première classe
Il y eut une époque, on peine à le croire, où voyager était une activité respectable. Plutôt que de déchoir et d’embarquer dans un low cost pour chercher un climat plus favorable, restez chez vous cet hiver, et plongez dans L’Âge d’or du voyage (Taschen). Mieux vaut une belle nostalgie qu’une réalité médiocre. Aujourd’hui, à moins d’être Sylvain Tesson et de conférer à vos pérégrinations un surcroît de tension, d’inconfort et de symboles, voyager est bien devenu l’une des pratiques les plus méprisables au monde. Le tourisme de masse avait inventé la première grande pollution humaine des plus beaux endroits de la planète, mais Easy Jet et Airbnb ont encore accentué le phénomène, donnant les moyens à n’importe quelle bande d’étudiants fauchés d’aller instagrammer leurs cuites devant des monuments que des populations précédentes, moins mobiles et inconséquentes, avaient pris le temps d’ériger. Mais ce ne fut pas toujours ainsi. Il y eut une pratique raffinée de la chose. Une visée initiatique, d’abord, qui motiva ce qu’on appelait alors le « Grand Tour » et qui donna le mot « tourisme », officialisé par Stendhal en français, un grand tour de l’Europe de l’Ouest et du Sud qu’entreprenaient les jeunes gens du nord une fois achevées leurs études, afin qu’ils sentissent leur civilisation comme (...)
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Guy Dupré est mort : ses fiancées sont tristes
Retranché dans le quartier parisien du Marais, il était de ces écrivains que l’on ne voit pas vieillir tant leurs interventions extérieures sont rares et leurs publications tout autant. Six romans en tout et pour tout avec une publication étalée sur un demi-siècle. Guy Dupré aurait eu 90 ans le 27 février prochain.
« CROWLEY ET MOI »
En 1974, Jon Povey découvre Aleister Crowley via Jimmy Page, suite à la projection de « Scorpio Rising » de Kenneth Anger. Dès lors, le clavier des Pretty Things, groupe de la British invasion dont le concept album « SF Sorrow » est à classer avec les plus grands albums de rock de 1968, développe sa connaissance du « mage controversé ». En 2016, Povey monte le projet « Star Ponge Vision » avec Twink, ex batteur des Pretty Things, cheville ouvrière des cultissimes Pink Fairies et dont le plus grand titre de gloire fut d’être le dernier musicien à jouer sur scène avec Syd Barrett après son éviction des Pink Floyd et avant sa chute dans l’aliénation mentale. Aujourd’hui, Twink se fait appeler « Mohamed Abdulah » suite à sa conversion à l’islam, tandis que Povey présente la poésie de Crowley comme une base pour la méditation. Une synthèse qui a de quoi intriguer : nous avons donc tenté d’en savoir un peu plus, le résultat reste néanmoins assez confus. Crowley a été présenté comme très anti religieux… Twink (Mohamed Abdulah) : C’est complètement faux. Il venait d’un milieu très religieux et il a essayé d’en sortir, mais il s’est beaucoup intéressé à la Franc-maçonnerie dont le principe de base n’est pas très différent de l’islam. Il a gravi les échelons de la Franc-maçonnerie jusqu’à en atteindre le sommet. Puis il est devenu, en quelque sorte, sa propre religion, celle de Thélème. Celle-ci ne correspond pas à la magie noire, mais à la blanche, à l’inverse de ce qu’a affirmé une certaine presse. Son image publique est malgré tout très noire. Jusqu’à un certain point, il en est un peu responsable, à cause de son énorme égo. Ce qui énervait beaucoup de gens, et c’est pourquoi il s’est retrouvé seul contre tous. Je l’étudie depuis des années et je trouve que c’était un individu (...)
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L’ŒUVRE AU FÉMININ
Si le titre paraît trivial, le livre ne n’est pas. Il s’agit bien du carnet rétrospectif d’une toute jeune femme - au sortir de l’enfance - aux prises avec son pouvoir de séduction.

L’Incorrect

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