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L’édito de Romaric Sangars : lettre à Leïla Slimani
Chère Leïla, je sais que tu crois bien faire, mais décidément, tu t’y prends mal. Conseillère en francophonie pour le compte d’un prince entouré de nombreux débutants grossiers aussi étonnés que nous le sommes de se trouver là où ils sont, tu ne te distingues guère de cet aréopage, avec ta récente déclaration selon laquelle notre langue serait « cool » - raison pour laquelle je me permets de te tutoyer, comme les Anglo-Saxons, puisque tel est ton élément -, et aussi, as-tu osé ajouter, que loin d’être une langue de « boudoir » ou de « lettrés », le français serait « pratique pour obtenir un emploi ».
Cinéma : Rencontre avec Aktan Arym-Kubat, réalisateur du magnifique Centaure
Alors que son film Centaure, primé au festival de Berlin, sort ce mois-ci dans les salles, nous nous sommes entretenus avec Aktan Arym-Kubat, réalisateur kirghize aussi subtil qu’éblouissant. Parce que de ce petit pays dont vous ignorez tout, vient un grand maître. Centaure est introduit par une séquence très western, on y trouve autant de gravité que de légèreté. Pourquoi ce parti pris de mélanger les genres ? Effectivement, c’est un vrai choix de mélanger les genres et si vous avez peut-être vu certains de mes films précédents, j’ai toujours procédé de la sorte. Bien sûr, au départ, mon intention est surtout de capter l’attention du spectateur avant de lui proposer l’histoire que je veux lui raconter. Mais il se trouve également que la vie, en elle-même, est très éclectique et que j’essaie d’être au plus proche de ce qu’est la vie. Votre cinéma est très pudique, autant dans la mise en scène que dans l’attitude des personnages. Rien n’est démonstratif, sinon une main posée sur l’épaule de Centaure. Est-ce que vous vous imposez un éthique de la forme ? Nous sommes un peuple très réservé qui ne parle jamais directement, mais par associations, des détours, des gestes, des silences. Je peux par exemple parler au voisin de mon interlocuteur, pour que ce dernier m’entende mieux. J’ai le sentiment que le cinéma doit être aussi assez réservé, pas forcément pudique, mais en retenue. À ce propos, qu’est-ce qui a présidé à cette idée de personnage de femme muette ? Personnellement, je ne supposais pas que la femme de Centaure serait muette, c’est une idée de mon coscénariste, qui s’appelle Ernest. Je lui ai demandé : « Ernest, pourquoi as-tu souhaité que la femme de Centaure soit muette ? » Il a ré- pondu : « Je préfère quand les femmes ne parlent pas! » Hormis cette boutade, je ne sais pas vraiment quelle idée l’a poussé à faire ça, mais j’ai trouvé que c’était intéressant. Grâce à ça, j’ai réussi à élaborer une certaine plasticité autour du personnage. Mais c’est aussi très symbolique. Comme en français, on parle, en russe, de « langue maternelle », c’est-à-dire que la langue se transmet par la mère, avec le lait de la mère. Or, au Kirghizstan, les malentendants et muets ne parlent que russe, si bien que dans le film, le personnage que je joue parle à sa femme en russe ; elle ne comprend pas le kirghize et ne peut lire sur les lèvres que du russe. Cette situation devient ainsi un symbole de la perte de la langue kirghize, à cause de l’influence historique de l’Union soviétique. Il y a aussi une critique très corrosive de l’offensive salafiste au Kirghizstan. En France, l’islam est un sujet particulièrement difficile à aborder. Comment cette critique est-elle perçue chez vous ? La société au Kirghizstan est divisée entre ceux qui soutiennent plutôt les islamistes et ceux qui s’y opposent. La scène finale du film où on juge Centaure représente exactement cette situation. Au Kirghizstan, les politiques préfèrent éviter le sujet: pour eux les croyants font surtout partie de l’électorat, et la droite comme la gauche ont besoin de voix, qu’elles soient islamistes ou pas. Du coup, personne n’aborde vraiment le problème, alors-même qu’il devient toujours plus (...)
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Baron Noir saison 2 : la solitude du pouvoir
Baron Noir est une série éducative. Elle constitue un accès privilégié aux coulisses de la vie politique que les Français ne connaissent, le plus souvent, que de loin.
Tour d’horizon des sorties cinéma
Une pépite du Kirghizistan, un mariage raté, une Duras insipide, des voyous inspirés et Liam Neeson toujours débout. Tour d’horizon des sorties cinéma
Entretien avec Romaric Sangars, auteur de « Conversion »
Notre rédacteur en chef culture publie la confession intime de son retour au Christ. L’occasion de traverser l’époque et la littérature.
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UNE FEMME QUI EN A
Le premier roman de Nanoucha van Moerkerkenland ouvre l’année nouvelle comme il faut. De la jeunesse, de la passion, du sang, du foutre et beaucoup d’humour. C’est tout cela, Le cœur content: un roman qui sonne comme une gifle, qui transit comme un baiser. Administrés par une jeune femme. Misogynie mise à part, Nanoucha van M. écrit comme un mec. C’est une des premières choses qui viennent à l’esprit. Il n’y a guère qu’Estelle Nollet pour concourir dans la même écurie. Nanoucha le concède : « Cette réflexion ne me choque absolument pas. Il n’y a pas une personne qui ait lu le livre qui ne l’ait faite. » Alors, le style, une affaire d’hommes? « Il faut dire que dans nos grands modèles littéraires, il y a tout de même plus d’hommes que de femmes. Ce sont eux qui ont donné le ton, même si cela résonne d’une manière particulièrement incorrecte aujourd’hui. À l’heure de la dilution du masculin et du féminin, c’est amusant, car il faut bien constater que ce sont des choses qui ressortent. Pour autant, je ne pense pas que le style ait un sexe. Mais il s’agit (...)
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Star Sponge Vision : le nouvel ordre amoral
La sortie de l’album « Crowley & Me » par Twink et Jon Powey, deux survivants des Pretty Things, groupe rock 60’s britannique, sous le nom « Star Sponge vision » nous donne l’occasion d’analyser l’influence, dans le show biz de celui qui était surnommé « l’homme le plus malsain au monde »… Ou l’histoire d’un culte qui, bien que « démoniaque », a plus à voir avec l’homme moderne libéral-libertaire qu’avec le sacrifice de jeunes vierges. Le souci, lorsqu’on évoque le nom d’Aleister Crowley, c’est qu’on touche, en même temps, à tout ce qui se rapproche d’un culte satanique dans le rock. On est vite confronté à deux impasses irraisonnables : d’un côté certains chrétiens à tendance conspirationniste, qui voient des cérémonies sataniques partout… et de l’autre les « métalleux » adeptes du Hellfest qui jouent avec les symboles démoniaques sous prétexte que ceux-ci sont antisociaux. Dans un tel capharnaüm flirtant avec la confusion mentale, il convient de séparer les faits des discours et phantasmes d’un certain « folklore » rock (...)
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JEAN-PAUL BOURRE : LE DERNIER MENEUR DE LOUPS
[vc_row][vc_column][vc_column_text] Revenu du fin fond des Gaules, druide érudit et amoureux de l’Histoire et de nos histoires. Jean-Paul Bourre nous guide dans la forêt du temps. Ici et maintenant. [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_video link= »https://vimeo.com/252491802/c454b266cb »][/vc_column][/vc_row]
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