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Beetlejuice-Beetlejuice : Mange tes morts

De quand date le dernier bon film de Tim Burton ? Voilà bien 10 ans que le réalisateur star des années 90 enchaîne les projets embarrassants (Alice aux pays des merveilles, Dark Shadows) et les échecs cuisants (Dumbo). Autant dire qu’on n’attendait pas grand-chose de cette suite de Beetlejuice, on craignait même le come-back opportuniste,  dans cette vague de films hollywoodiens qui tentent lâchement de séduire les quadras nostalgiques avec des suites ou des préquelles convenues de leurs films-doudous.

Foutraque et régressive

La comparaison s’arrête là : il semble que Tim Burton, qui aurait de son propre aveu sombré dans la dépression après l’échec public de Dumbo, avait quelque chose à défendre en ressuscitant Beetlejuice. Cette suite n’est pas tant une « séquelle » qu’une sorte d’aggiornamento crépusculaire et forain, une manière de régler ses comptes une bonne fois pour toutes avec le monde des spectres et cette esthétique gothique qui l’a rendu célèbre – tout en l’enfermant dans une image forcément périssable.…

Thibault de Montaigu : La part de fils
Cœur peut être lu comme une suite de La Grâce, tant sa construction, une fiction avortée débouchant sur une enquête, est similaire, et son objet voisin. Vous êtes-vous converti à une nouvelle manière d’appréhender la littérature ? Ce qui est certain, c’est que Cœur s’inscrit dans le même genre du récit littéraire familial où tout est vrai, et que j’essaie d’écrire avec le plus de sincérité possible. Cela vient du fait que j’ai perdu foi dans le genre romanesque. Je n’arrive plus à adhérer à des romans où l’on me dit que le personnage principal s’appelle Sylvie alors que je sais que cette Sylvie n’a jamais existé ou n’a jamais été puéricultrice en Ardèche. Les seuls romans que j’arrive encore à lire sont ceux où, comme chez Houellebecq, le narrateur se confond avec l’auteur. Je me suis demandé pourquoi et j’en suis arrivé à la conclusion qu’on arrive à la fin du roman comme genre hégémonique, ce qu’il a été au XIXe avant que le XXe ait exploré tous les moyens possibles de sa déconstruction. Au XXIe, j’observe la tendance d’une littérature retournant au réel, ce que les Américains nomment la « narrative non-fiction ». Pourquoi est-ce en train de se développer comme un genre essentiel de notre époque ? Je crois que c’est parce qu’auparavant, quand on habitait dans son petit patelin, le roman représentait une fenêtre ouverte sur le monde. Aujourd’hui, où deux clics suffisent pour obtenir n’importe quelle information et n’importe quelle image, mais que ces informations se trouvent de plus en plus tordues, dans cette virtualité dévorante dans laquelle on vit, on a d’abord besoin de savoir ce qui est réel. [...]
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LE ROMAN FRANÇAIS EN CINQ PLAIES
Ici, Bellanger s’en prend au Printemps Républicain, que tout le monde, soyons honnête, avait oublié, et affuble quelques personnages publics de sobriquets grotesques. Voilà bien une des plaies majeures du roman français : le roman politique de petit malin. Enfin, malin, c’est vite dit : le style post-houellebecquien de Bellanger n’a jamais été aussi proche du zéro – on jurerait lire un rapport d’activité livré par un col blanc de Mc Kinsey. Sans craindre le ridicule l’auteur se place sous le patronage de Balzac. Las, son projet romanesque n’est qu’un vilain pansement boursouflé appliqué sur sa moraline de petit homme de gauche duplice et méchant.
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Éditorial de Romaric Sangars : LES ÉLUS, LES INCLUS ET LES ILLISIBLES

Jusqu’à la dernière décennie, dans une perspective encore parfaitement judéo-chrétienne, nous vivions dans un idéal d’élection. Chacun rêvait d’être élu et de passer à la droite du Christ lors du Jugement final, et semblablement, d’un point de vue amoureux, d’être élu par l’être que l’on voulait élire à l’exclusion des autres. Notre imaginaire, notre mécanique désirante, notre projection de nous-mêmes : tout fonctionnait sur cette logique. Était-elle discriminatoire ? Oui, évidemment, c’était son principe, et nous n’en concevions aucune apoplexie. Pour autant, il serait faux de penser qu’elle excluait des catégories d’êtres humains, vu que le champ de l’élection s’étendait à l’universel et que sa nature transcendante s’opposait aux logiques mondaines, voire les renversait. L’âme du pauvre avait plus de chance de passer le crible que celle du prince enviré de lui-même. Les lois de l’attraction amoureuse déjouaient celles de la reproduction sociale et du pouvoir, c’était même le sujet d’un roman et d’une comédie sur deux, et depuis une dizaine de siècles.…

Emilia Perez : Un bibelot sociétal
La violence masculine et sa transmission hantent le cinéma de Jacques Audiard. Tout comme les familles recomposées qui, dans, prenaient la forme d’une colocation pansexuelle multiraciale – ou à peu près. L’âge aidant, la soif de genres semble animer Audiard qui après le western (Les Frères Sisters) investit la comédie musicale, avec la prise de risque supplémentaire d’un idiome qu’il ne maîtrise pas : l’espagnol. Trois films, trois genres, trois langues, qui dit mieux ? On aimerait saluer la ré- invention constante, mais Emilia Perez ne casse pas le genou à un débiteur de la mafia.
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ALIEN : ROMULUS, CINÉMA-POSTICHE

Connaissez-vous le « retro-engineering » ? Il s’agit de cette technique qui consiste à analyser un produit pour comprendre, sinon son succès, au moins son fonctionnement et ses propriétés physiques. Une méthode qui s’utilise principalement dans l’industrie… mais qui semble être devenue le fer de lance d’Hollywood depuis une bonne quinzaine d’années. Ce dernier opus de la franchise Alien, mis en boîte par l’uruguayen Fede Alvarez, est à ce titre un cas d’école. Après les préquelles signées Ridley Scott, empreintes d’un créationnisme technico-biblique à la fois passionnant et maladroit, tout le monde attendait enfin un retour aux sources de la saga : la peur viscérale, la solitude du vide spatial et le fameux « xénomorphe » comme caractérisation d’une impasse prométhéenne de l’espèce humaine. Las, le yes man de Disney se plante dans les grandes largeurs et se contente d’une sorte de best of insipide de la saga, noyé dans une production design qui finit par être embarrassante à force d’être référentielle (dans Romulus, tout le monde communique grâce à des minitels, c’est tellement « eighties »).…

DELON, ÉTOILE FRANÇAISE

Delon est parti. C’est une part de France qui disparait. Une part grande, à la fois ombrageuse et lumineuse. Delon, c’était un dieu malheureux tombé du ciel par accident. Sa vie fut pavée de blessures et de drames. On les connait et jusqu’à son dernier souffle, il fut sollicité par les rois qui se savent nus pour lui voler un peu de lumière. C’est la rançon que paient les mythes. Ils ne sont pas adaptés à la vie terrestre mais trouvent le bonheur dans l’expression de leur talent. Pour Delon c’était le cinéma.

Il rencontre le septième art pour la première fois au Régina, le cinéma de Bourg-la-Reine tenu par son père. Des westerns, ceux d’Hollywood. Il est tout gamin et ne sait pas encore qu’il partagera l’affiche de Soleil Rouge avec Bronson et Ursula Andress trente ans plus tard. Sa mère est préparatrice en pharmacie. « Je suis tout ce que ma mère était et suis devenu tout ce que ma mère aurait voulu être. 

PATRICE JEAN A REÇU LE PRIX MAISON ROUGE !

Depuis 2019, c’est au pays basque, au début du mois d’août, que la course aux prix de la rentrée démarre, alors que les romans de plage fleurissent encore sur le sable, les pages collantes de crème solaire. Devant la façade altière de la splendide Maison rouge de Biarritz, un jury présidé par Philippe Djian et comprenant entre autres biarrots militants Frédéric Beigbeder ou Frédéric Schiffter, décerne un premier prix dans le creux de la vague, prônant dans ses choix l’indépendance et la décontraction. L’excellent roman de Patrice Jean, La Vie des spectres, a ainsi été distingué, ce qui est d’autant plus heureux qu’il dresse entre autres une impitoyable satire de la dévaluation littéraire contemporaine. Un beau signal, donc, avant la foire d’empoigne, que de rappeler qu’elle a trop souvent lieu au-dessous du niveau de la mer. Déjà récompensé par le prix du magazine L’Incorrect en 2019 pour Tour d’ivoire et par le prix des Hussards en 2022 pour Le Parti d’Edgar Winger, Patrice Jean va bientôt être considéré comme le Léon Marchand des lettres françaises.…

L’Incorrect

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