
Culture



FIER, LYRQUE ET BRUTAL
PEOPLE WATCHING, Sam Fender, Universal Music, 16,99€
Sam Fender fait toujours la même chanson. J’aime les obsessionnels, les ruminants de l’infini, le radotage intérieur, le chien qui coure après sa queue. Avec People Watching, il annonce son album à venir, avec un titre qui aurait pu figurer sur ses disques précédents. Sa musique décline sans cesse les mêmes thèmes musicaux : couplets intimes, retenus, et explosion jouissive lors des refrains. Sorte de Springsteen anglais d’une génération qui regardait les premières saisons de Skins et sondait le vide occidental en le remplissant de vodka. Les concerts de Sam Fender sont beaux et touchants, sans jamais être mièvres, pompeux et grotesques (rien à voir avec Coldplay). Il y a dans cette âme fêlée quelque chose de l’Angleterre de la working class, fière, lyrique et brutale. Celle qui met de l’amour dans la camaraderie et qui fait du pub un temple où l’on rit et pleure.…

L’ivresse des débuts colle aux basques d’Un Parfait Inconnu, sage biopic sur Bob Dylan, qui réussit parfaitement son entame, soit l’arrivée du Zim à New-York. Le classicisme bon ton fait ressortir l’étonnante qualité des interprétations (tous les acteurs jouent et chantent leurs titres) avec même une mention « excellent » pour Monica Barbaro en Joan Baez et sa reprise frissonnante de « House of the rising sun ». Si l’impact émotionnel de la musique est rendu comme rarement, James Mangold a un cahier des charges à remplir, et l’arc narratif écartèle vite son Dylan-Chalamet entre deux femmes et deux genres, folk et rock.
On retombe sur le biografilm musical de consommation courante, tel qu’en lui-même, pédagogique et plan-plan. De rares éclats se passent de dialogues: un échange de regards avec Johnny Cash où l’envie se mêle à l’admiration, et le raclement crissant d’un seau sur un sol d’hôpital annonçant le barouf électrique du final au Folk Festival de Newport.…


La première chose qui marque, c’est votre façon de filmer Nice. La ville est presque méconnaissable…
Je vis à Nice depuis vingt ans, j’y ai fait presque toute ma vie, c’était crucial pour moi de la filmer à hauteur d’homme. Et de placer mon premier long-métrage dans cette ville ensoleillée, chaleureuse, qui me permettait aussi de jouer sur ce contraste entre la lumière et l’ombre. On a privilégié des extérieurs lumineux, vaporeux, poussiéreux, avec du soleil dans le cadre. C’était un parti pris pour avoir en contrepoint des intérieurs assez exigus, comme une voiture, une cave, un vestiaire, souvent éclairés avec une seule source lumineuse comme des peintures du Caravage. On a fait ce choix de ne faire que des plans à hauteur d’yeux, en mouvement, très souvent en travelling avant, avec une caméra portée à la main, donc jamais de trépied ou de Dolly. Parce qu’on voulait justement cette sensibilité, que le spectateur se sente à côté des personnages.…


DÉBUTS CLINQUANTS
CEINTURE, Céline Robert, Calmann-Lévy, 250 p., 18 €
Voici Laureen, working-girl de quarante ans, chic, puissante, intimidante. Pour la première fois, elle trompe son mari. L’amant ? Un collègue, Maxime, queutard au langage assez fleuri. Ce Maxime est pourtant marié à Nadia, une femme sublime qui suscite la jalousie de ses amis. Etc. Ronde de personnages, caméra qui bascule de l’un à l’autre au fil des chapitres, éclairant chacun la même histoire sous un jour différent : Céline Robert recourt à une technique classique mais toujours efficace, et a le tact de ne pas tirer trop sur la corde – son histoire s’arrête au bout de six personnages, le dernier bouclant la boucle (pour filer la métaphore de la ceinture). C’est ingénieusement conçu, avec un assortiment de formules souvent bien senties, malgré quelques métaphores parfois baroques (« Elle est l’imprimante 3D dont ses interlocuteurs sont l’encre »).…
L’Incorrect
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