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Opéra : Verdi, roi de la fête ultramondaine
Chaque année, « la Première » à la Scala de Milan est un must du monde lyrique. La ville entière se pare pour la fête, contrepoids mondain de la Saint-Ambroise (fête patronale de la ville, le 7 décembre). Le faste des soirées d’antan s’allie à l’excitation artistique. Dans le foyer, une cohorte de mélomanes, mêlée à l’élite citadine, discute les mérites de telle ou telle vedette à l’affiche. Sur scène, le spectacle est souvent mémorable. Surtout s’il s’agit de Verdi, dont l’esprit tutélaire hante ces lieux comme nulle part ailleurs. C’est lui qui est à l’honneur, cette année, avec La Force du destin (1869), grand-opéra romanesque et puissamment romantique. La distribution frôle l’idéal, dominée par une Anna Netrebko des grands soirs, Leonora ardente, passionnée, habitée par un souffle tragique. Brian Jagde (Alvaro) captive moins par la richesse expressive que par le torrent de décibels. De Ludovic Tézier (Carlo) impressionne, comme toujours, l’autorité souveraine de son baryton, que personne aujourd’hui n’égale en puissance et subtilité. Excellence jusque dans les seconds rôles, tout sauf secondaires. [...]
« Better Man » : ignoble et pubard
On discerne une seule idée, liminaire, dans l’ignoble biopic de Michael Gracey sur Robbie Williams : le faire jouer par un chimpanzé numérique. Better Man n’est autrement qu’une version du Vilain Petit Canard d’Andersen modernisée dans le style hystéro-pubard du Loup de Wall Street, en encore moins bressonnien si c’est possible. En fait de cygne, le gavroche dickensien, quitté par son pôpa puis sa mamie morte d’Alzheimer, devient un blaireau multivendeur, drogué et queutard (le film ne s’aventure guère sur ce terrain, au moins apprend-on qu’il s’est tapé toutes les Spice Girls sauf une). [...]
© DR
Sorties musique : critiques du meilleur et du pire

FIER, LYRQUE ET BRUTAL

PEOPLE WATCHING, Sam Fender, Universal Music, 16,99€

Sam Fender fait toujours la même chanson. J’aime les obsessionnels, les ruminants de l’infini, le radotage intérieur, le chien qui coure après sa queue. Avec People Watching, il annonce son album à venir, avec un titre qui aurait pu figurer sur ses disques précédents. Sa musique décline sans cesse les mêmes thèmes musicaux : couplets intimes, retenus, et explosion jouissive lors des refrains. Sorte de Springsteen anglais d’une génération qui regardait les premières saisons de Skins et sondait le vide occidental en le remplissant de vodka. Les concerts de Sam Fender sont beaux et touchants, sans jamais être mièvres, pompeux et grotesques (rien à voir avec Coldplay). Il y a dans cette âme fêlée quelque chose de l’Angleterre de la working class, fière, lyrique et brutale. Celle qui met de l’amour dans la camaraderie et qui fait du pub un temple où l’on rit et pleure.…

« Un parfait inconnu » : Dylan pour débutants

L’ivresse des débuts colle aux basques d’Un Parfait Inconnu, sage biopic sur Bob Dylan, qui réussit parfaitement son entame, soit l’arrivée du Zim à New-York. Le classicisme bon ton fait ressortir l’étonnante qualité des interprétations (tous les acteurs jouent et chantent leurs titres) avec même une mention « excellent » pour Monica Barbaro en Joan Baez et sa reprise frissonnante de « House of the rising sun ». Si l’impact émotionnel de la musique est rendu comme rarement, James Mangold a un cahier des charges à remplir, et l’arc narratif écartèle vite son Dylan-Chalamet entre deux femmes et deux genres, folk et rock.

On retombe sur le biografilm musical de consommation courante, tel qu’en lui-même, pédagogique et plan-plan. De rares éclats se passent de dialogues: un échange de regards avec Johnny Cash où l’envie se mêle à l’admiration, et le raclement crissant d’un seau sur un sol d’hôpital annonçant le barouf électrique du final au Folk Festival de Newport.…

Miki : chanteuse à double détente
Miki est un mystère soigneusement entretenu. Déjà, elle vient d’un pays qui n’existe pas : le Luxembourg. Dur de retracer son parcours, a fortiori depuis cette monarchie bananière perdue dans les brumes mosellanes. Pire, comme certaines stars du rap, elle a effacé toute trace numérique d’une carrière qu’elle aurait commencée quelques années plus tôt. Pourtant, en 2023, son premier EP connaît un joli succès d’estime, louvoyant dans les eaux trop sucrées d’une pop nostalgique et ouvertement girlie. [...]
« Brûle le sang » d’Akaki Popkhadze : tragédie intime

La première chose qui marque, c’est votre façon de filmer Nice. La ville est presque méconnaissable…

Je vis à Nice depuis vingt ans, j’y ai fait presque toute ma vie, c’était crucial pour moi de la filmer à hauteur d’homme. Et de placer mon premier long-métrage dans cette ville ensoleillée, chaleureuse, qui me permettait aussi de jouer sur ce contraste entre la lumière et l’ombre. On a privilégié des extérieurs lumineux, vaporeux, poussiéreux, avec du soleil dans le cadre. C’était un parti pris pour avoir en contrepoint des intérieurs assez exigus, comme une voiture, une cave, un vestiaire, souvent éclairés avec une seule source lumineuse comme des peintures du Caravage. On a fait ce choix de ne faire que des plans à hauteur d’yeux, en mouvement, très souvent en travelling avant, avec une caméra portée à la main, donc jamais de trépied ou de Dolly. Parce qu’on voulait justement cette sensibilité, que le spectateur se sente à côté des personnages.…

« La Pie voleuse » : le miracle Guédiguian
« Samba, j’ai un sujet de dissertation sur l’émancipation, tu peux m’aider ? ». Cette réplique, adressée au héros de Twist à Bamako par son jeune frère, rend bien compte des thématiques à l’œuvre chez Robert Guédiguian, une croyance en la solidarité et en la transmission, un désir de changement et d’amélioration de l’homme qui transparaissent dans des fictions le plus souvent didactiques ou naïves sises à Marseille – son camp de base – ou ailleurs. Le cinéaste d’origine arménienne est « engagé », comme ils disent. Il est donc soumis à un dogme qui rend ses films emphatiques et très calculés, et ce n’est pas le carré d’as inversé dont il sort qui va nous contredire : La Villa (2017), du Tchekhov pachydermique qui aurait oublié toutes les qualités de son modèle, Gloria Mundi (2019), un drame social à gyrophares intégrés, Twist à Bamako (2021) puis Et la fête continue! (2023), deux récits choraux péniblement remplis à ras bord de tous les sujets possibles et qui prennent le Mali de l’indépendance et la cité phocéenne post-Covid comme lieux putatifs mais souhaitables d’implantation du socialisme réel. Une vie meilleure est-elle possible ? Cette question qui tarauda l’auteur de La Mouette, l’une de ses influences évidentes, parcourt toute l’œuvre de Guédiguian, mais ses personnages raides et conscients la tirent un peu trop vers du Brecht simplifié. Les scénarios peinent à sortir du manichéen, et le recours trop fréquent à un registre dramatique qui ne lui convient pas, notamment par le biais du film noir, appesantit ce qui n’est déjà pas léger. [...]
Les critiques littéraires de janvier

DÉBUTS CLINQUANTS

CEINTURE, Céline Robert, Calmann-Lévy, 250 p., 18 €

Voici Laureen, working-girl de quarante ans, chic, puissante, intimidante. Pour la première fois, elle trompe son mari. L’amant ? Un collègue, Maxime, queutard au langage assez fleuri. Ce Maxime est pourtant marié à Nadia, une femme sublime qui suscite la jalousie de ses amis. Etc. Ronde de personnages, caméra qui bascule de l’un à l’autre au fil des chapitres, éclairant chacun la même histoire sous un jour différent : Céline Robert recourt à une technique classique mais toujours efficace, et a le tact de ne pas tirer trop sur la corde – son histoire s’arrête au bout de six personnages, le dernier bouclant la boucle (pour filer la métaphore de la ceinture). C’est ingénieusement conçu, avec un assortiment de formules souvent bien senties, malgré quelques métaphores parfois baroques (« Elle est l’imprimante 3D dont ses interlocuteurs sont l’encre »).…

L’Incorrect

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