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Le son sur le sable

GOOD INTENTIONS, Session Victim (2012)

Parce qu’il faut toujours avoir sous le coude un truc sur lequel danser quand le soleil se couche ou quand la nuit ne se termine pas. Ça aurait pu être mille autres titres house, mais celui-ci m’est particulièrement familier et évoque mille souvenirs ensoleillés. À égale distance des artifices électroniques et de l’organique humain, « Good Intentions » est une boucle imparable, entêtante, avec sa basse qui groove divinement et son clavier Rhodes d’une classe folle. C’est l’apogée d’un tribalisme musical et d’une transe occidentale qui nous oblige à danser sur les braises finissantes de notre monde déchu, le sourire aux lèvres.

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ALL I WANNA DO, The Beach Boys (1970)

Est-ce seulement possible d’évoquer l’été sans parler des Beach Boys ? Léon Bloy et Flaubert détestaient idées reçues et lieux communs : celui-ci mérite d’exister.…

Les poches de l’été

ATAVIQUE
IDIOTS, Joseph Conrad, L’Arbre vengeur, 78 p., 6,50 €  

Ce tout petit livre est si compact qu’il peut être glissé dans une poche de bermuda. Les dilettantes qui bronzent sans sac sont sans excuses. Il s’agit d’une des premières nouvelles de Conrad (Jacques Darras dans son « Quarto » assure que c’est la première tout court), publiée dans The Savoy en 1896, puis dans le recueil Tales of Unrest deux ans plus tard. On la connaissait dans la traduction de Jean-Aubry (1932, version de la Pléiade) ou celle d’Odette Lamolle (Autrement, 2010) ; elle nous est proposée ici dans une traduction de Dominique Dubois. L’histoire se passe à Tréguier, dans ces Côtes-d’Armor que Conrad a bien connues : un couple de paysans a un enfant, idiot, puis un autre, idiot aussi. « Alors, les jours de marché, on vit Jean-Pierre, devenu querelleur et cupide, marchander âprement pour ensuite, taciturne, se saouler consciencieusement et enfin rentrer chez lui au crépuscule à une allure digne d’une noce mais avec un visage suffisamment sombre pour convenir à un enterrement.…

Plages de l’inquiétude

L’été brûle par les deux bouts. La chaleur est suffoquante. Heureusement, vous venez de repérer une petite crique. Une bande de plage, tout au plus, que semblent éviter étrangement les touristes comme les locaux. Vous étendez votre serviette, vous prenez le soleil, pas trop, vous scrutez les miroitements dociles de l’océan, mais quelque chose ne va pas. C’est comme un dérèglement de l’horizon, comme un tressautement dans le paysage, comme si le ciel n’était qu’un écran mal réglé. Au loin, vous percevez des rumeurs d’enfants et de jeux de plage, sauf que c’est une bande-son : il n’y a pas d’enfant, juste cette mer d’huile qui s’étend de part et d’autre de l’univers. Pas de doute, vous êtes bien sur une plage de l’inquiétude.


Espace vacant

Que vous soyez un garçon ou une fille, vous vous en souvenez forcément. C’est un souvenir cuisant : celui des premières expositions de votre corps malingre à la cruauté du soleil – mais aussi à celle du regard des autres.…

Richard Millet : « Quelque chose est en train de finir »

Vous datez la fin de la grandeur française, comme beaucoup, au Traité de Paris, quand la France renonce à l’Amérique. De quel empire, précisément, avez-vous la nostalgie ?

Si j’ai la nostalgie d’un empire, c’est celui qu’on aurait pu garder et étendre en Amérique du Nord. Le Traité de Paris de 1763 est une catastrophe pour la France, je pense que son déclin date de là. La France avait un grand empire mais elle n’en a rien tiré d’un point de vue linguistique, si l’on compare à l’Espagne ou à l’Angleterre. Cela a accentué son déclin, d’autant qu’aujourd’hui, la langue française régresse partout – y compris en France. Quant à ce qu’il nous reste comme « territoires d’outremer », et j’aime ce terme qui donne à rêver, Macron ayant, comme ses prédécesseurs, une politique désastreuse, ces territoires finiront par basculer dans l’indépendance avant d’être rachetés par la Chine ou l’Azerbaïdjan qui y travaillent activement.…

Qui a peur du grand méchant rock ?

Comment ce livre est-il né ?

Depuis une dizaine d’années, je suis engagé pour Rock & Folk dans une relecture historique des pochettes d’albums. C’est un moyen de raconter l’histoire du rock. D’autres options sont possibles. Il y a les monographies, dont beaucoup sont de très bonne qualité comparativement à ce qu’elles furent dans le passé. Ou bien les livres de souvenirs. Dans le domaine, il y a très peu de gens qui peuvent s’enorgueillir de mémoires intéressantes. De Caunes, Philippe Manœuvre ou Patrick Eudeline mis-à-part. Pour citer les plus emblématiques. En tout cas, ils ne sont pas nombreux. Moi, je ne pouvais pas écrire un livre de souvenirs, ça aurait été ridicule. J’ai donc choisi un autre angle pour parler du rock : sonder quel était l’inconscient de ce mouvement, ne pas le prendre au premier degré, et dégager ce qui, dans cette musique, était susceptible de créer un environnement toxique.…

Francis Jammes : un berceau dans le ciel

Ma fille Bernadette raconte la naissance du monde. Bernadette voit une tapisserie, découvre un arbre, sourit, pleure, boit un sirop, pousse une dent. Rien de spectaculaire. Aucun secret de famille, aucun père toxique à déconstruire au chapitre 12. Juste un bébé. Ce qui, pour Francis Jammes (prononcer à la française puisque qu’il est basco-béarnais) est déjà largement suffisant. Lorsque sa fille naît, à Orthez, le 19 août 1908, le poète a trente-neuf ans. Il aurait pu se contenter de quelques vers attendris, puis refourguer l’enfant à sa mère pour retourner contempler les ânes. Il fait exactement l’inverse. Il observe tout : le premier sourire, les coliques et les pleurs dont on ignore la cause. Jammes s’occupe de sa fille, mais surtout elle occupe son esprit. Le livre est traversé par cette vigilance particulière des jeunes parents : l’enfant dort-elle bien ? Que deviendra-t-elle ? Qui la protégera lorsque son père ne sera plus là ?…

Festivals : stop ou encore ?

L’été est sur sa pente montante et c’est comme s’il durait depuis mille ans. Parvenu à cette page, le lecteur las et échaudé, envisage ce marronnier estival, le festival, et se dit : pourquoi pas ? Pourquoi pas suffoquer ailleurs, dans une ambiance joyeuse et dépaysante ? Pourquoi pas les historiques, Avignon ou Aix-en-Provence, qui n’ont même pas besoin de dénomination autre que le nom de leur ville d’accueil ? Pourquoi pas d’autres lointains et inconnus, les Estivales du Canal à Vierzon ou les Pluralies à Luxeuil ?

Homo festivus en extase

L’abondance et la disponibilité créent le désir. Le festival, principalement musical, est devenue un aimant à touristes, expansion de la fête populaire passée au crible de Jack Lang et dispersée sur le calendrier pour aider à la déconcentration et à la mise en valeur des territoires. Toute cité, tout village avait jusqu’ici ses fêtes, parfois idiotes – comme Sibiril (Finistère) et son championnat du monde de cracher de bigorneau (le premier dimanche d’août, il est encore temps de réserver !)…

« L’Odyssée » de Christopher Nolan : mythologie en toc pour Hollywood en chute

Connaissez-vous la « boue intangible » ? C’est une expression vernaculaire utilisée par les historiens du cinéma pour décrire cette tendance qu’à le cinéma hollywoodien, depuis vingt ans au bas mot, à refuser la couleur, les ambiances bariolées, pour préférer systématiquement une image quasiment monochrome, qui oscille entre le sépia, le grisâtre ou le bleu livide. Un affadissement progressif des couleurs, une désaturation systématique qui serait l’opposé exact des années fastes de l’âge d’or Hollywoodien et du technicolor immortalisé par Douglas Sirk ou Nicholas Ray. On peut voir dans cette tendance à peu près ce qu’on veut : exigence des copies numériques qui réclament un étalonnage toujours plus uniforme, ou simple moyen de rendre crédibles des univers auquel plus personne ne veut croire – notamment les multivers réchauffés de Marvel et consorts.

Lire aussi : « Disclosure Day » de Steven Spielberg : un dernier chef d’œuvre pour la route

Un nouveau pompiérisme

J’y vois plutôt pour ma part, si l’on resitue cette tendance dans ce qu’on appelle pompeusement « l’histoire de l’art », un simple écho de ce qu’on appelle vulgairement l’académisme, puis le pompiérisme, et qui traduit généralement l’épuisement d’une technique donnée, avant un changement brutal de paradigme.…

L’Incorrect

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