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Le meilleur et le pire des essais de mai

À LIRE : CÉLÉBRATION DU RITE

LA DISPARITION DES RITUELS, BYUNG-CHUL HAN, Actes Sud, 128 p., 16 €

Le concept de décivilisation s’est fait une place de choix dans le débat public, bien que trop souvent réduit à la résurgence de la violence : c’est plus largement le relâchement formel des corps, propos, affects et actes qu’il faut interroger. L’essai du philosophe sud-coréen Byung-Chul Han apporte une pierre intéressante à la réflexion en se penchant sur la disparition des rituels, ces « actes symboliques qui transmettent et représentent les valeurs et les ordres sur lesquels se fonde une communauté ». Unificateurs et stabilisateurs, producteurs de sens et d’enchantement, les rites « sont dans le temps ce qu’un logement est dans l’espace, ils rendent le temps habitable », dit-il joliment. Ils donnent forme aux principales transitions de l’existence et inscrivent dans les corps les ordonnancements d’une société. Loin d’être un formalisme tournant à vide, ils produisent des effets mentaux, tempèrent les ardeurs, introduisent en société et protègent des brûlures de la vie.…

Le Mystère au bout du microscope
Les deux enquêtes de Jean-Christian Petitfils consacrées au Suaire de Turin et à la Tunique d’Argenteuil le faisaient déjà sentir : il est peu de choses aussi troublantes que la rencontre entre la science positiviste, cette discipline sèche, froide et bouffie d’orgueil à qui l’on doit certes beaucoup mais que l’on aime tant détester, et la foi catholique, chose la plus sublime, la plus bouleversante, la plus insondable qui sera jamais. Alors quand le cardiologue italien Franco Serafini, à travers l’analyse scientifique de miracles eucharistiques – en clair, des hosties et du vin consacrés qui se sont matériellement transformés en chair et en sang humains, souvent en réponse à un manque de foi ou à une profanation – propose, en ces Pâques, d’allonger Notre Seigneur Jésus-Christ sur une table d’opération pour le soumettre à des analyses cliniques, tests de laboratoire, investigations histologiques et autres tests ADN, on tremble d’avance – car on pressent que la science, cette vieille incrédule, va nous rappeler, à nous autres croyants de trop peu de foi, que nous assistons pour de vrai à la Passion du Christ lors de la liturgie eucharistique. [...]
Samuel Fitoussi : l’intelligentsia au pilori
Philosophe, universitaire, essayiste… Comment définir un intellectuel ?

Je me range à la définition de Thomas Sowell : l’intellectuel est celui dont le travail commence et finit dans la sphère des idées. Cela signifie que contrairement au boulanger ou à l’ingénieur, l’intellectuel n’est pas jugé en fonction de la validité de ses croyances via un critère de vérification empirique (le pain a-t-il bon goût, le pont s’effondre-t-il ?), mais en fonction du référentiel social : l’opinion des autres sur ses propres opinions. Les intellectuels de gauche au XXe siècle ont peut-être créé un monde autoréférentiel, où des idées catastrophiques (Mao est un philanthrope duquel nous devrions nous inspirer), mais jugées justes ou vertueuses dans leur univers social, rebondissaient et s’entretenaient, sans pouvoir être disqualifiées au contact du monde réel. [...]
Victime de père en fils : entretien avec Pascal Bruckner
D’où vient notre attrait pour la victime ?

Le victimisme est un dérivé du christianisme et du judaïsme. Le souci pour la victime vient de la Passion de Jésus-Christ, le Fils de Dieu crucifié comme un esclave sur la croix, et qui dans son martyr témoigne pour tous les faibles, opprimés et affligés. Les premiers sur terre sont les derniers au ciel, et inversement. C’est la subversion apportée par cette figure unique dans l’histoire humaine : pour la première fois, les forts n’ont pas raison contre les faibles, c’est une révolution fondamentale. Le culte de la victime vient donc du christianisme lequel, contrairement à ce qu’on entend ici ou là, dépérit peut-être comme pratique mais triomphe comme mentalité et continue à irriguer la société française dans toutes ses parties, y compris chez les athées ou à l’extrême gauche. En somme, la victimisation est une illustration de cette phrase de Chesterton : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » [...]
Le meilleur et le pire des essais d’avril

À LIRE : CHRONIQUES ÉVEILLÉES

ABOMINATIONS, LIONEL SHRIVER, Belfond, 340 p., 22,90 €

Excellente romancière (Il faut qu’on parle de Kevin, etc.), Lionel Shriver est aussi une chroniqueuse hors-pair, très active dans la presse anglaise. Elle guerroie depuis les années 2010 contre le wokisme et les dangers qu’il incarne pour la liberté de création, la liberté de penser, la liberté tout court. Abominations est une sélection de ses articles parus notamment dans le Spectator ; certains ont provoqué des remous, comme son papier sur l’immigration extra-européenne en Grande-Bretagne qui, en 2021, a déclenché une tornade de réactions scandalisées. Elle a l’habitude : en 2016, elle faisait blêmir le milieu littéraire anglo-saxon au festival de Brisbane, en critiquant la notion d’appropriation culturelle et l’interdiction faite aux écrivains d’écrire sur des gens qui ne leur ressemblent pas. « Élevée dans un foyer aux idées larges et démocrate depuis toujours, je suis consternée par la liste toujours plus longue de ce qu’on peut ou ne peut pas faire ou dire établie par des militants de gauche.

Claude Tresmontant : le père raconté par le fils
Qui connaît encore Claude Tresmontant, philosophe et bibliste, professeur à la Sorbonne dans les années 1970 et 1980 ? Ce singulier penseur est admirablement présenté dans un récit non moins singulier, celui de son fils, Emmanuel, que son père abandonna à sa naissance lorsqu’il divorça et qui le retrouva à la fin de son adolescence avant de devenir l’un de ses disciples. C’est dire que la biographie intellectuelle de Claude Tresmontant est ponctuée de touchantes confessions de ce fils, en quête de père. [...]
« Le Roi, une autre histoire de la droite » : bataille royale
Il est le spectre qui hante la politique française depuis 1793, celui que la Révolution et les Républiques, quoiqu’elles employèrent les grands moyens, et les plus iniques d’entre eux, pour s’en débarrasser, n’ont jamais su chasser, de sorte qu’il a fallu aboutir à une curieuse fusion, la « monarchie républicaine ». Aujourd’hui encore, de la fascination pour le sacre royal britannique à la décapitation de Marie-Antoinette lors de la cérémonie d’ouverture des JO, de la demande d’incarnation du pouvoir au besoin de considération des plus petits (deux choses que les ânes modernes pensent contradictoires, d’où nos problèmes), tout nous dit – et Emmanuel Macron lui-même l’a reconnu – à quel point l’absence du roi se fait cruellement sentir. [...]
Que faire de Nietzsche ?
La récente publication par les éditions Flammarion des œuvres complètes de Nietzsche (1844-1900) en un seul volume est une bonne occasion de revenir sur cet auteur indispensable à qui veut penser notre époque que l’on peut nommer la « postmodernité ». Soulignons d’emblée un paradoxe. Alors que Nietzsche n’a jamais écrit de philosophie politique proprement dite, il a irrigué deux traditions politiques diamétralement opposées ; par exemple celle de Georges Bataille et celle d’Ernst Jünger ; celle de Michel Foucault et celle d’Alain de Benoist. De telle manière qu’il est aujourd’hui l’une des grandes autorités de la pensée critique radicale (avec Deleuze, Derrida ou encore Judith Butler) et qu’il ne cesse d’être lu et médité par des auteurs et militants réactionnaires et identitaires, par exemple l’Institut Iliade qui en a publié une anthologie postfacée par Rémi Soulié. Il ne nous appartient pas de discerner laquelle de ces deux lectures est adéquate à l’œuvre de Nietzsche, entreprise assez vaine pour un auteur qui a mis au cœur de sa réflexion les notions d’interprétation et de valeur, censées remplacer celles de vérité et de bien. [...]

L’Incorrect

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