
IDÉES


Le 10 mars dernier, deux semaines avant la date d’impression de notre livre aux Presses universitaires de France, nous apprenons que la publication est « suspendue », d’abord par voie de presse, puis par un message de Paul Garapon, directeur des PUF. Le motif invoqué est la concomitance fâcheuse avec les annonces de Donald Trump concernant la suppression massive de crédits à la recherche et aux départements DEI (diversité, équité, inclusion), chargés de faire régner la politique – voire la tyrannie – des minorités sur les campus. Trois jours plus tôt, le Collège de France accueillait la manifestation « Stand Up for Science », en soutien aux universitaires états-uniens menacés de perdre leur poste ou leurs crédits. Dans ce cadre, l’un des pontes de l’institution, très proche du pouvoir présidentiel, Patrick Boucheron, avait prononcé une fatwa à l’endroit des PUF et des trois « idiots utiles » de Trump : Xavier-Laurent Salvador, Pierre Vermeren et moi-même. Intimidé par cette dénonciation, l’éditeur a décidé de reculer ; mais devant le tollé unanime soulevé par cette censure, il a rétropédalé et a décidé de publier le livre dès le 30 avril. [...]




À LIRE : CÉLÉBRATION DU RITE
LA DISPARITION DES RITUELS, BYUNG-CHUL HAN, Actes Sud, 128 p., 16 €
Le concept de décivilisation s’est fait une place de choix dans le débat public, bien que trop souvent réduit à la résurgence de la violence : c’est plus largement le relâchement formel des corps, propos, affects et actes qu’il faut interroger. L’essai du philosophe sud-coréen Byung-Chul Han apporte une pierre intéressante à la réflexion en se penchant sur la disparition des rituels, ces « actes symboliques qui transmettent et représentent les valeurs et les ordres sur lesquels se fonde une communauté ». Unificateurs et stabilisateurs, producteurs de sens et d’enchantement, les rites « sont dans le temps ce qu’un logement est dans l’espace, ils rendent le temps habitable », dit-il joliment. Ils donnent forme aux principales transitions de l’existence et inscrivent dans les corps les ordonnancements d’une société. Loin d’être un formalisme tournant à vide, ils produisent des effets mentaux, tempèrent les ardeurs, introduisent en société et protègent des brûlures de la vie.…


Je me range à la définition de Thomas Sowell : l’intellectuel est celui dont le travail commence et finit dans la sphère des idées. Cela signifie que contrairement au boulanger ou à l’ingénieur, l’intellectuel n’est pas jugé en fonction de la validité de ses croyances via un critère de vérification empirique (le pain a-t-il bon goût, le pont s’effondre-t-il ?), mais en fonction du référentiel social : l’opinion des autres sur ses propres opinions. Les intellectuels de gauche au XXe siècle ont peut-être créé un monde autoréférentiel, où des idées catastrophiques (Mao est un philanthrope duquel nous devrions nous inspirer), mais jugées justes ou vertueuses dans leur univers social, rebondissaient et s’entretenaient, sans pouvoir être disqualifiées au contact du monde réel. [...]
L’Incorrect
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