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« Crisis of confidence » : profession de foi

Professeur d’études religieuses à l’Université d’Aberdeen, Carl Trueman a beaucoup fait parler en 2020 avec The Rise and Triumph of the Modern Self, un ouvrage extrêmement documenté qui faisait la généalogie de ce qu’il appelle « l’individualisme expressif » à travers les grands penseurs de la modernité. Pourfendeur d’une culture subjectiviste où le Moi l’emporte sur les commandements extérieurs, il revient à la charge en ce début d’année avec Crisis of Confidence, un plaidoyer pour une vision kantienne de l’authenticité, qui repose sur un credo et une foi dépassant l’individu. Trueman critique donc les nombreux dérivés du protestantisme qui pullulent aux États-Unis, et qui conduisent à un certain individualisme religieux sans grande différence avec celui des hédonistes athées. L’auteur rappelle au contraire que la foi doit unir l’Homme au monde et à des vérités plus grandes que lui, ce qu’empêche l’inversion hiérarchique opérée par la Réforme contre le clergé.

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Cependant, alors que ses constats aboutiraient logiquement au catholicisme, Trueman plaide plutôt pour une forme de « protestantisme confessionnel », qu’il pratique lui-même, laquelle intègre des éléments hiérarchiques à la foi protestante.…

« Féministes des champs » : attention, voilà les comiques

Les premières pages de cette brochure évoqueront sûrement quelques souvenirs à ceux qui auraient vu l’excellente série de Blanche Gardin, La Meilleure Version de moi-même : « l’autrice » y assiste à une «table ronde sur l’écoféminisme, en non-mixité féminine, dans un gîte végétarien situé dans la Creuse ». Autour d’une tisane d’orties, on s’y échange des livres, dont ceux d’une certaine « Starhawk », sorcière néo-païenne et militante altermondialiste. Malheureusement, on n’est pas dans une parodie signée Gardin, mais dans un « essai ». C’est parti pour 296 pages de soupes à l’ortie et de considérations menstruelles joyeusement intersectionnelles, car la marotte des néo-rurales converties au chamanisme, c’est bien sûr la convergence des luttes.

On est sidéré devant la propension de ces castes de citadines névrosées à s’examiner le nombril sur le dos des luttes sociales et écologiques

On est sidéré devant la propension de ces castes de citadines névrosées à s’examiner le nombril sur le dos des luttes sociales et écologiques : comme le rappelle Rimlinger elle-même, il s’agit d’abord « d’écouter son instinct viscéral, ventral », tout en rappelant que la majorité de la production alimentaire mondiale est réalisée par des femmes.…

Tacite : Gardien des vertus

Le principal objet de l’histoire est de préserver les vertus de l’oubli, et d’attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de la postérité et l’infamie. » Que cette gageure tacitienne sonne curieusement à nos oreilles postmodernes, tous bords politiques confondus, tant la morale a été attaquée par les philosophies du soupçon, tant elle est maintenant repoussée par ceux-là mêmes qui devraient la défendre.

À la minutie des faits, cet esthète mi-peintre mi-metteur en scène préfère les grands tableaux dramaturgiques, polarisés entre l’extrême noblesse et l’extrême avilissement

Dans un essai passionnant, l’académicien Xavier Darcos, ancien ministre et spécialiste du monde latin, propose justement de mettre en regard notre époque avec les leçons de l’historien romain, en tant qu’il se fait penseur et moraliste dont l’œuvre serait un miroir de vérités universelles. Car c’est dans un contexte nihiliste similaire au nôtre que Tacite se lance dans la rédaction de ses deux monuments historiques, les frénétiques Histoires (parues en 108 et consacrées aux Judéo-Claudiens) puis les démonstratives Annales (publiées en 117 et consacrées à Néron puis aux Flaviens).…

« La langue anglaise n’existe pas » : my Molière is rich

Empruntant son titre à une célèbre citation de Clémenceau (citant en fait d’Athos dans 20 ans après), le linguiste Bernard Cerquiglini signe un ouvrage érudit et malicieux, à mi-chemin entre le dictionnaire et le livre d’histoire, compilant une ribambelle de mots courants du vocabulaire anglais dont le pedigree est français. Et quand l’anglais utilise le français, ce n’est pas pour n’importe quoi ! Ne faisons pas mentir les préjugés, soyons cocardiers et pavanons-nous, en bons Français que nous sommes : les termes anglais issus du français relèvent de l’abstrait, du moins fréquent et de l’intellectuel – quand le lexique anglais commun est d’extraction bêtement saxonne.

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Au fil des pages, on se plaira à découvrir les liens, souvent inévidents, que peuvent avoir des termes comme «stress» et «détresse»,«pool» et « poule », « squatter » et « aplatir », ou « glamour » et… « grammaire » !…

Penser l’intelligence artificielle : l’être et le béant

L’approche de Julien Gobin se veut davantage anthropologique. S’inscrivant dans la démarche du philosophe techno-critique Jacques Ellul, Gobin montre de quelle façon la civilisation occidentale est passée en deux siècles de la personne à l’individu, une métamorphose qu’il compare à celui d’une chrysalide, et dont l’aboutissement serait l’imago, au terme d’une « atomisation » qui sépare progressivement l’individu de la société.

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L’origine de cette transformation, comme toujours, c’est le prométhéisme jacobin et avant lui l’Homme des Lumières. Le transhumanisme, estime Gobin, constituerait in fine le réceptacle politique idoine de l’individu, qui achèverait enfin le processus, en se désindividualisant, justement. Car le transhumanisme n’est jamais qu’une « généralisation de la technique à toutes les sphères de l’existence », technique qui entend bien anamorphoser le réel avec le langage unique de la Raison… et donc réduire le monde sensible à sa part congrue, à savoir une succession d’informations et de paquets d’ondes assemblés par un nouveau Logos tout puissant, mais « mort-vivant » : la logique.…

Frédéric Saint Clair : « Le coup d’État n’est pas une violence exercée contre les hommes, mais contre les institutions »

Qui est Marie-Chantal ? Le mouvement sinistrogyre ayant fait son œuvre, ne sommes-nous pas tous, d’une manière ou d’une autre, des Marie-Chantal ?

Ha ha ! Vous risquez de fâcher une partie de votre lectorat avec votre deuxième question. Cependant, d’une certaine manière, vous avez raison. Si l’on prend la conception « bourgeoise » dans son sens le plus large, celui d’un attachement au principe libéral et démocratique, alors nous avons tous été plus ou moins contaminés. Nous réclamons tous davantage de libertés. Et nous aspirons tous à plus de démocratie, ou à ce que nous estimons être une « vraie démocratie ».

Sauf que le profil politique de Marie-Chantal ne se limite pas à un attachement à la démocratie libérale. Bourgeoise, citoyenne du monde, bien-pensante, elle incarne une idéologie propre à notre temps, une classe composée d’un « petit nombre de privilégiés » qui monopolisent « les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir » pour parler comme Christopher Lasch ; des privilégiés qui n’aspirent au statut d’élite que pour « échapper au sort commun », et qui ne se reconnaissent pour ainsi dire aucune obligation envers « leurs prédécesseurs », ni envers « les communautés qu’ils font profession de diriger ».…

Sohrab Ahmari : contre la tyrannie privée

Qu’entendez-vous par « tyrannie privée » ? Un exemple ?

Nous avons l’habitude de penser que la coercition est uniquement le fait des gouvernements. En réalité, nous sommes aussi gouvernés, et donc contraints, dans nos vies de travailleurs et de consommateurs. Pourtant, dans une grande partie de l’Occident, et en particulier dans le monde anglo-saxon, nous ne pouvons pas négocier politiquement cette coercition et la soumettre à des compromis, précisément parce que l’idéologie dominante désigne le marché comme étant « privé ». Ce système de coercition omniprésente, à l’abri de toute contestation politique, est ce que j’appelle la « tyrannie privée ».

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Un exemple évident est l’engloutissement de l’économie réelle (où nous produisons des biens et des services tangibles) par l’économie financière, par Wall Street. Loin d’améliorer indéfectiblement les entreprises qu’ils rachètent, les fonds de capital-investissement les dépouillent de leurs actifs, ne réinvestissent pas les bénéfices pour maintenir le capital social existant, et rendent les faillites beaucoup plus probables.…

Matthieu Lavagna : « Michel Onfray accumule une grande quantité d’arguments fallacieux »

Pourquoi vous semblait-il important d’écrire ce livre sur Jésus vu par Michel Onfray ?

Parce que Michel Onfray a encore malheureusement beaucoup d’influence sur les esprits contemporains. Son Traité d’athéologie a été vendu à plus de 350 000 exemplaires et la désinformation historique anti-chrétienne continue à se répandre plus que jamais. C’est pourquoi il m’a semblé urgent d’apporter une réponse de fond à l’ensemble de ses arguments contre le christianisme, montrant à quel point ils relèvent de l’imposture intellectuelle.

Quelles sont les sources non chrétiennes permettant de certifier que Jésus a bien existé, contrairement à ce qu’il avance ?

En plus d’être attestée dans les Évangiles, dans les écrits du Nouveau Testament et dans ceux des Pères apostoliques, l’existence de Jésus est aussi confirmée par un grand nombre d’auteurs non chrétiens : Flavius Josèphe, Tacite, Suétone, Pline le Jeune, Lucien de Samosate, Galien, Mara bar Sérapion et Celse, de même que dans le Talmud de Babylone.…

L’Incorrect

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