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Ernest Hello : Ermite des âges bibliques

D’Ernest Hello, on retient surtout l’image qu’en brossèrent certains de ses plus illustres contemporains, comme Léon Bloy ou Joris Karl Huysmans. Dans À rebours, le héros huysmansien pose d’ailleurs sur l’œuvre du Breton un regard plutôt critique, l’assimilant volontiers à un « fanatique religieux » qui « pontifiait et vaticinait du haut d’un rocher fabriqué dans les bondieuseries de la rue Saint-Sulpice ». Il faut dire qu’Ernest Hello fait figure d’anomalie, même dans le singulier paysage littéraire français du XIXe siècle. C’est presque un météore venu d’un temps passé, féodal, qui observe avec un mépris total les turpitudes de son temps, vomissant une époque régicide où fermentent la vulgarité, l’amour de l’argent et le scientisme aliénant. Même Léon Bloy, ce doloriste qui passa sa vie en lamentations à biffer ses propres chances de réussite à coups d’invectives, voit en Hello un martyr : « Peu d’écrivains illustres furent, autant que cet obscur, coupés en morceaux.

« L’obsession égalitaire » : essai inégal

Erwan Le Noan accuse une dérive de notre démocratie : l’obsession pour l’égalité. L’analyse tocquevillienne et une étude sourcée des inégalités lui font soutenir une thèse intéressante : loin de signifier une injustice, les inégalités, inévitables, peuvent s’avérer bonnes et stimuler la mobilité sociale, alors que le combat visant à les éradiquer provoquerait lui de l’injustice en consacrant une société de la « comparaison permanente ». Si l’auteur pointe à juste titre la confusion entre égalité des chances et des places, il entend restaurer la méritocratie dans un sens très libéral qui peine à dépasser les principales objections faites à cet idéal. Sans nier un certain déterminisme en matière d’éducation, le journaliste affirme combien l’égalité y est un « mensonge coupable et hypocrite » qui laisse croire à une équivalence des talents et des efforts.

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Il fustige une excessive redistribution qui généraliserait un contrôle social en maltraitant le droit de propriété par l’impôt.…

« Le piège de l’identité » : golem progressiste

Quand France Culture promeut Le Piège de l’identité, cela pique ma curiosité d’homme blanc, catholique et hétérosexuel. Bilan : un livre qui malgré ses redites et sa foi progressiste ne manque pas d’intérêt. Les quatre parties du livre sont inégales. La première remonte aux origines intellectuelles du wokisme, appelé synthèse identitaire et souligne le rôle clé de penseurs comme Foucault, Saïd ou Spivak dans la critique des valeurs universelles.

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La deuxième partie explique avec brio comment cette théorie universitaire de niche pour la défense des minorités a gagné, avec une rapidité foudroyante, une influence considérable et délétère. Après une description, souvent ahurissante mais centrée sur les États-Unis, des errements de cette idéologie, la dernière partie se veut une défense, assez élémentaire, du libéralisme universaliste. En conclusion, Mounk appelle à un combat de tous les progressistes libéraux pour vaincre cette idéologie qui pourrait aussi, en filigrane, favoriser le retour du grand méchant Trump.…

« L’avenir de la démocratie » : achever Habermas

Avec l’Américain John Rawls, le philosophe allemand Jürgen Habermas (94 ans) est le grand ponte de la modernité libérale et démocratique. C’est bien simple, derrière toute logorrhée progressiste (mais pas postmoderne) plus ou moins sophistiquée se cache de près ou de loin des idées habermassiennes. Certes lui, ainsi que l’attestent les textes réunis dans L’Avenir de la démocratie, est un grand savant, à la rudesse prussienne : ses textes sont de volumineuses architectures de concepts qui semblent se soutenir logiquement, du moins pour qui n’est pas égaré par le jargonnage – on s’étonne que le verbe de celui qui prône une politique transparente et universelle soit ainsi réservé aux initiés.

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Parti du marxisme et de l’école de Francfort, Habermas s’inscrivit par la suite dans l’héritage des Lumières et fixa dans les années 90 sa théorie de la démocratie, avec pour objectif de faire accoucher la promesse moderne (l’autodétermination) tout en résolvant l’antique tension entre souveraineté populaire et droits de l’homme (les deux sont pour lui « co-originaires »).…

« Israelophobia » : l’antisémitisme politiquement correct

Le conflit qui fait rage entre Israël et le Hamas depuis le 7 octobre 2023 a exposé au grand jour un antisémitisme de gauche qui couvait depuis de nombreuses années, sous couvert d’antisionisme. Le journaliste britannique Jake Wallis Simons, rédacteur en chef du Jewish Chronicle et chroniqueur au Spectator, s’attaque à cette haine politiquement correcte dans Israelophobia. Pour décrire les multiples visages qu’a pris l’antisémitisme à travers les siècles, l’auteur parle du « Juif de Schrödinger », d’après le chat du célèbre physicien, à la fois vivant et mort. S’ils étaient détestés pour leur foi au Moyen Âge puis pour leur ethnicité au XXe siècle, les juifs sont désormais attaqués pour l’État-nation d’Israël, honni de la gauche sans-frontiériste et anti-occidentale, une aversion qui remonte à l’Union soviétique.

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Simons s’emploie à démontrer que la logique antisioniste est en fait antisémite, dans la mesure où elle applique des doubles standards impossibles: personne ne remet en question le droit aux États-Unis d’exister pour des débordements policiers ou militaires par exemple, alors que c’est régulièrement le cas en ce qui concerne Israël.…

[Idées] Le phénomène divin

Parcours de la distance est le recueil de quatre des plus décisives et importantes œuvres de Jean-Luc Marion, le plus célèbre des philosophes catholiques de notre temps. En 1977, alors qu’il a seulement 31 ans, il publie L’Idole et la distance, qui interroge la « mort de Dieu » nietzschéenne. N’a pu « mourir » qu’un Dieu qui n’en était pas vraiment un, c’est-à-dire une idole, image forgée par nous du divin. Dès lors, la voie est libre pour penser à nouveaux frais, hors de concepts usés et idolâtriques, le vrai Dieu, lequel ne se donne que dans une irréductible distance – ce que Marion essaye à partir de Hölderlin et de Denys l’Aréopagite.

Lire aussi : [Idées] La survie des médiocres : haro sur Darwin

Cette tentative de soustraire la théologie à la métaphysique et au filet de ses concepts toujours trop courts est approfondie dans l’énigmatique Dieu sans l’être (1982).…

[Idées] La survie des médiocres : haro sur Darwin

Provocateur, le titre de l’ouvrage – La Survie des médiocres – l’est moins encore que la thèse défendue par son auteur, le philosophe Daniel Milo : le paradigme darwinien « prouve trop » pour être efficace (prétendre que ce qui est devait être ne démontre rien) et s’avère fallacieux dès lors que la sélection naturelle et la survie du plus apte sont déduites du seul principe d’évolution des espèces par modifications génétiques. Humain trop humain, Darwin aurait théorisé un ordre naturel en se basant alternativement sur l’artifice – le perfectionnement des bêtes d’élevage par domestication fermière – et l’exception statistique entrevue durant un voyage aux Îles Galápagos. Du cou de la girafe au dimensionnement excessif du cerveau humain, le superflu règne pourtant en maître de l’ordre naturel.

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Si l’efficacité scientifique du réquisitoire de Daniel Milo contre les naïvetés prépolitiques de Darwin est indéniable, la faiblesse de la critique du capitalisme en conclusion d’ouvrage surprend quant à elle par sa naïveté.…

Étienne-Alexandre Beauregard : le Québec pour 1000 ans

En quoi le clivage identitaire, plutôt que le clivage économique ou constitutionnel, est-il aujourd’hui le plus déterminant au Québec ? De quand datez-vous l’entrée dans cette ère identitaire ?

Les lecteurs français qui suivent ce qui se passe outre-Atlantique sauront sans doute qu’en 1980 et en 1995, les Québécois se sont prononcés sur leur indépendance par référendum. Suite à une très courte défaite en 1995, le Oui ayant atteint 49,5% des votes, le souverainisme et le nationalisme avec lui sont entrés en crise pendant une quinzaine d’années, et peinaient à se trouver une légitimité. Dans mon précédent ouvrage, Le Schisme identitaire, je décrivais comment la question identitaire, qui s’exprime chez nous à travers les débats sur la langue française, la laïcité et l’immigration, a servi de bougie d’allumage pour que le camp national regagne en popularité. Depuis environ le milieu des années 2000, ces enjeux occupent une grande place dans le débat politique et intellectuel québécois, et ont contribué à redessiner les clivages politiques, principalement via la prise du pouvoir par la Coalition Avenir Québec, un parti nationaliste, mais non souverainiste.…

L’Incorrect

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