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« Hussar cut » : un Orbán peut en cacher un autre

Alors que la Hongrie fait parler d’elle à l’international, Balázs Orbán fait figure de penseur incontournable pour comprendre la politique de cette nation d’Europe de l’Est qui trace sa propre voie depuis la fin du communisme. Directeur politique du Premier ministre Viktor Orbán, cet avocat et professeur de 38 ans est désormais l’une des figures de proue de la diplomatie hongroise et de la droite intellectuelle occidentale. En 2021, il publiait Comprendre la stratégie hongroise afin d’expliquer aux observateurs internationaux le parcours historique de la Hongrie et d’asseoir la légitimité de la démarche conservatrice de son gouvernement.

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Avec Hussar Cut,il situela stratégie géopolitique hongroise, à partir du concept de « keystone state », ou État-pivot. Il constate que le plus grand avantage stratégique d’une puissance régionale comme la Hongrie repose sur sa capacité à faire le pont entre deux mondes, soit l’Est et l’Ouest, et que cette particularité lui permet d’occuper un rôle pivot à l’échelle mondiale, notamment en nourrissant une économie diversifiée orientée sur les exportations.…

© Emma Birski - Payot
Salomé Saqué : la belle noiseuse

Salomé Saqué, c’est la nouvelle égérie de la gauche qui ne se tait plus. Omniprésent sur les plateaux et les réseaux, son joli minois – bien qu’affublé d’une expression perpétuellement hostile – fait désormais partie du paysage médiatique. Mais alors, de quoi Salomé Saqué est-elle le nom ? En fait, de pas grand-chose. Dans son livre Sois jeune et tais-toi, réédité en poche, elle défend sa génération, non pour en faire un programme politique, ni même pour lever des constantes et bâtir un semblant de portrait générationnel – chose qui reste à faire.

Non, elle se contente de reprendre un par un les reproches qu’on fait aux gens de son âge pour les contredire à l’aune de son propre activisme. Elle est gentille, Salomé, elle est probablement pleine d’idéaux, mais ce livre – écrit avec un style fascinant, celui d’une collégienne en stage chez France Inter – apporterait plutôt du grain à moudre à ceux qui dénoncent l’inanité du politique chez la génération Z, réduite à quelques stimuli compassionnels, et surtout à reprendre l’ensemble des éléments de langage qui sont distribués par le pouvoir pour affamer les foules et faire trembler les ménagères.…

Joseph de Maistre : Éminence blanche
On connaît le Joseph de Maistre des hauteurs, ce « Génie de l’Aperçu » (Barbey d’Aurevilly) chauffé aux lumières de la Révélation, et dont l’ombre aux ailes largement déployées plane au-dessus du jeu humain. Penseur panoramique, dont le point de vue sur le temps et l’espace importe autant que la pénétration du regard, cet être royal observe, examine tout ce qu’il y a d’orgueil et d’illusion dans le monde d’en bas, entrevoit derrière le rideau de cette comédie ce que le doigt de la Providence décrète. Et c’est encore depuis ces cimes chrétiennes, qu’il fond, serres en avant, sur tout adversaire, sur toute idée pour les déchiqueter d’un coup de plume, avant de regagner ses sommets. Ce génie-là est aussi celui du saisissement. [...]
Frédéric Rouvillois : politesse et politique, les amants terribles

En quoi politesse et politique sont-ils indissociablement liés ?

En tout, dès lors que l’on dépasse les apparences. Si l’on s’en tient à la lettre des manuels de savoir-vivre, qui enseignent doctement que l’on ne parle pas de politique à table, ou à l’observation de la vie politique contemporaine, riche en noms d’oiseaux, en insultes plus ou moins masquées, en grossièretés plus ou moins manifestes, jusqu’au sommet de l’État et au président de la République, on a le sentiment contraire : celui d’une incompatibilité manifeste entre les deux, entre la bienséance et le comportement de ceux qui nous représentent et nous gouvernent.

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En revanche, dès lors que l’on prend un peu de distance pour s’interroger sur les finalités, celles de la politique comme celles de la politesse, les choses apparaissent tout à fait différemment : et l’on comprend que l’une et l’autre ont pour objectif de pacifier les rapports au sein de la cité, de prévenir des frictions qui pourraient dégénérer en conflits, en violences, puis en explosion sociale.…

© Jérôme Panconi - PUF
Les gnoses de Pacôme Thiellement

Voilà une quinzaine d’années que Pacôme Thiellement promène sa silhouette débonnaire dans le petit monde de la cinéphilie à tendance ésotérique. Gourou de la pop culture, Thiellement s’est fait un nom en érigeant son panthéon personnel au stade de corpus philosophique. En cela, il se veut un exégète, c’est-à- dire qu’il fonde un savoir alternatif autour d’un faisceau d’intuitions et de rapprochements plus ou moins fautifs. C’est ce qui fait toute la saveur et toute la limite de son travail. Lorsqu’il se cantonne à ses premiers amours – notamment le cinéma – il fait mouche : à l’universitarisme somnambulique des critiques actuels, il préfère une science de la coïncidence fatale, de la juxtaposition expérimentale. C’est lorsqu’il se politise que le système Thiellement montre ses faiblesses : sur la chaîne YouTube Blast, il tente de faire rentrer au forceps des œuvres et des auteurs dans son logiciel. Dans sa bouche, le Christ et Jeanne d’Arc ont des airs de Karl Marx ou de Rosa Luxembourg, et la France n’est qu’un doux rêve conçu par de méchants rois.…

© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect
« L’Occident déboussolé » : malaises dans la décivilisation

Normalien, agrégé et docteur en philosophie, déjà auteur d’un essai co-écrit avec Renaud Girard sur la psychose engendrée par la pandémie du covid-19, Jean-Loup Bonnamy explore dans son nouveau livre, L’Occident déboussolé, une tout autre thématique : la crise identitaire que traversent la France et l’Occident. Sa démonstration s’organise en trois mouvements : l’immigration comme continuation de la colonisation par d’autres moyens, l’escroquerie antiraciste comme obstacle à l’assimilation, le sectarisme woke comme conséquence de cette perte de repères identitaires. Bien mené, l’ouvrage analyse ces maux contemporains à l’aide de thèses originales autant que d’anecdotes personnelles qui rendent le propos très concret, et entend ainsi ouvrir de nouvelles perspectives de réflexion qui bousculeront sans doute les certitudes de ses lecteurs.

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Parmi d’autres, deux démonstrations retiennent ainsi notre attention. La première concerne l’idée d’un « choc de civilisation ».…

« Vers un homme univoque » : le droit à la différence

Les esprits les plus favorables au progrès technique et moral sont souvent affectés d’une nervosité hystérique au contact de l’altérité. Véritable insulte proférée à l’intelligence, le paradigme de l’univocité émeut l’universitaire allemand Thomas Bauer, auteur en 2018 d’un pamphlet aussi court qu’incisif, traduit pour la première fois en français. Démarche aux accents anthropologiques, la réflexion de Bauer suit un cheminement chronologique : des transformations du rapport à la foi et aux écritures sont déduites les révolutions pratiques et psychologiques ayant contribué au triomphe d’un monde mesurable, quantifiable et orienté vers l’unanimisme passionnel.

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Spécialiste des cultures islamiques, l’auteur souligne avec courage la fertilité intellectuelle des monothéismes sous leurs formes traditionnelles (générateurs d’une pensée ambiguë et plurivoque, donc fondée sur la dialectique et le doute ontologique), qu’appauvrit le réformisme liturgique. Bauer reste néanmoins de gauche, et se démarque des conservateurs par sa critique du culte contemporain des identités – un esprit taquin remarquera toutefois que cette démonstration, laborieuse dans sa reductio ad hitlerum, retrouve de la vigueur en son achèvement, qui souligne la stérilité de la recherche compulsive d’identités en matière sexuelle.…

Thomas Carlyle : Héros du petit peuple

Terre d’élection du libéralisme en même temps que spectatrice des troubles inouïs qui secouaient le continent, la Grande-Bretagne a fourni au XIXe siècle quelques-uns des meilleurs pourfendeurs du monde moderne, depuis le Burke des Réflexions sur la Révolution jusqu’au prodigieux Chesterton, en passant par John Ruskin, dont l’œuvre artistique ne doit éclipser le magistral critique social qu’il se fit dans Il n’y a de richesse que la vie. Il faut ajouter à ce vénérable panthéon leur contemporain Thomas Carlyle, véritable homme-siècle naît en 1795 quand Wellington n’avait jamais entendu parler de Bonaparte, et mort en 1881 comme le red tory Benjamin Disraeli, alors que l’ère victorienne entrait dans sa dernière séquence.

D’un ton féroce aux accents prophétiques, jouant de sarcasmes, d’exagérations et de néologismes, son texte est un appel au sursaut face au scandale de la pauvreté et du matérialisme

La réédition de l’un de ses chefs-d’œuvre, Passé et présent, par Les Belles Lettres nous donne à redécouvrir un très grand écrivain injustement oublié, pour cause de réputation sulfureuse.…

L’Incorrect

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