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Les Lumières sombres : voyage dans les eaux troubles de la réaction

Rares sont les librairies où l’ouvrage ne trône pas sur les étals, entre mille autres abhorrant le « techno-fascisme », avec un post-it fluo par lequel une lectrice nous avertit combien ledit ouvrage est « effrayant mais essentiel » pour comprendre qui sont les marionnettistes derrière la présidence Trump. En publiant Les Lumières sombres, un premier essai qui nous plonge dans les dédales de la « pensée néoréactionnaire », ceci en inaugurant une collection géopolitique lancée par Gallimard en partenariat avec Le Grand Continent, le jeune historien des idées Arnaud Miranda a réalisé un joli coup éditorial, à défaut d’un grand livre – la faute à un exposé certes intéressant et documenté, mais un peu scolaire et bien trop succinct pour couvrir le sujet comme il l’aurait fallu.

Recomposition des droites

Il faut dire que la question est complexe : comment rendre raison de ce courant radical et foutraque qui n’est pas une « école de pensée », mais plutôt une « constellation numérique » ?…

Peter Thiel : le mage de la Maison-Blanche
En mars dernier, sa descente dans la Ville éternelle, pour donner une série de conférences sur l’Antéchrist, a hérissé plus d’une soutane. Quelques mois plus tôt, sur invitation de la philosophe Chantal Delsol, il avait donné une semblable conférence à l’Académie des sciences morales et politiques, celle-ci étant un condensé de plusieurs interventions déjà données à San Francisco. À chaque fois, la même savante discrétion : réunion confidentielle, téléphones interdits, communication à peu près inexistante. Une stratégie marketing parfaitement rodée pour nimber de mystère des thèses un peu baroques et attiser un peu plus la curiosité : mais qui est donc le mage Peter Thiel ? [...]
Benoît Dumoulin : repenser la laïcité pour nous sauver
Il existe autant de définitions que d’affirmations, souvent contradictoires, sur la laïcité. Alors, qu’est-ce que la laïcité ?

Effectivement, rarement un tel concept n’a suscité autant d’affirmations contradictoires, la laïcité ayant une valeur constitutionnelle depuis 1946 mais n’étant pas définie par le droit français. Sur le plan philosophique, il y a deux conceptions de la laïcité : l’une par distinction, l’autre par soustraction. La première postule que l’ordre spirituel doit être distinct du temporel et assumé par des institutions qui n’en procèdent pas, car sa finalité est différente de la puissance étatique – il vise le salut des âmes là où l’État doit promouvoir le bien commun de la société – et ses moyens sont d’une autre nature que celle-ci – il agit par la persuasion là où l’État opère par la contrainte des corps. Il en résulte que la société doit reposer sur deux ordres, le temporel et le spirituel, qui s’équilibrent mutuellement. On ne se rend pas compte de la portée révolutionnaire d’une telle distinction : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le temporel ne peut plus prétendre exercer un magistère religieux sur les consciences. C’est la limite la plus forte apportée au principe d’auto-croissance infinie que porte en lui l’État quand il ne rencontre aucun contre-pouvoir.

À côté de cette laïcité par distinction, est apparue, beaucoup plus tard, une laïcité par soustraction : celle-ci vise à soustraire le religieux d’un espace afin qu’il reste l’apanage de tous et ne puisse devenir le lieu d’antagonismes religieux. C’est ainsi que la laïcité par soustraction a d’abord concerné l’État et ses agents à qui on a demandé de se dépouiller de tout symbole d’appartenance religieuse pour pouvoir représenter tous les citoyens dans une société pluraliste. Mais depuis quelques décennies, ce principe de soustraction tend dangereusement à glisser de l’État vers la société tout entière, comme en témoignent les diverses propositions pour interdire les signes religieux dans l’espace public. [...]
Gourou trumpiste ou vrai prophète ? Entretien exclusif avec Curtis Yarvin
En France, on vous présente comme l'homme qui chuchote à l'oreille de l'administration Trump. Qu'en est-il réellement ? Comment décririez-vous votre influence ?

C’est très éloigné de la réalité. Je n'ai pratiquement aucun contact avec les hauts responsables de l'administration Trump. Cela dit, beaucoup de jeunes membres de l'administration me lisent. Mais si les idées circulent aussi bien vers le haut que vers le bas, la plupart de mes idées ne s'appliquent absolument pas à leur travail quotidien. Ma réflexion est beaucoup plus abstraite et très peu de choses sont réalisables dans le cadre actuel.

Une expression est beaucoup employée chez nous pour qualifier votre pensée : « technofascisme ». Est-elle pertinente ?

Le mot « fascisme » ne devrait pas être utilisé, car il recouvre trop de sens. Concrètement, il désigne une organisation spécifique qui a existé dans un pays donné et qui a disparu depuis 80 ans. Abstraitement, c’est une étiquette péjorative qui est au communisme ou au progressisme ce que le terme « Gentil » est au judaïsme : ce n’est pas une foi, mais une absence de foi.

Bien qu’il existe des définitions intermédiaires qui peuvent avoir un sens, cela ne vaut pas la peine de s’y attarder. Il vaut mieux dire : si par « fascisme », vous entendez non pas un système de croyances positif, mais simplement une absence de croyance ou une perte de foi dans le progressisme américain du xxe siècle, alors je suis un « fasciste ». Si vous faites référence à une autre croyance positive, je peux y adhérer ou non.

Par exemple, il est bien connu que les fascistes aiment la condition physique. Moi aussi (en principe). Idem pour les uniformes impeccables. Applaudissons Hugo Boss ! Si nous faisons de l’exercice physique et portons du Hugo Boss, la prochaine étape consiste-t-elle pour autant à gazer les Juifs ? Je vais devoir vous répondre par la négative. Le mot « fascisme » ne signifie absolument rien – car il ne prédit rien. « Techno » n’a aucune signification claire – si ce n’est que je sais programmer un ordinateur et que je vis en Californie. [...]
« The Total State » : le Léviathan progressiste disséqué
Pourquoi sent-on que la liberté recule partout en Occident, alors que les institutions libérales censées la protéger deviennent de plus en plus puissantes ? C’est la question qu’aborde Auron MacIntyre, philosophe politique et animateur sur la plateforme américaine The Blaze, dans The Total State. Cet ouvrage aborde frontalement la question du régime politique, pour montrer en quoi nos institutions doivent être réformées pour sortir de la crise civilisationnelle dans laquelle nous sommes enlisés.

La thèse, audacieuse, entend démontrer que les constitutions des démocraties libérales, quoiqu’elles n’aient pas changé, ont été détournées de l’intérieur, dès lors que les pouvoirs qui devaient se contrôler mutuellement se sont mis à travailler de concert au même projet idéologique. MacIntyre pointe du doigt une élite dont la condition d’entrée est désormais de communier à une idéologie qui prétend défendre le progrès, la raison et la science contre la tradition, la foi et la contrainte. Cette « théocratie athée » fonctionne à la manière d’un réseau décentralisé d’institutions qui produisent un consensus élitaire, non par coercition, mais par peur de sortir du rang. Ce dispositif institutionnel, concentré dans les institutions de savoir et de culture, n’a plus besoin des élections pour opérer une révolution. Quand de nouvelles idées naissent dans les universités de l’Ivy League, le New York Times et The Economist les répètent, et elles font tache d’huile dans l’ensemble des médias occidentaux. Elles sont ensuite reprises dans des rapports produits par l’administration publique, puis enseignées dans l’éducation nationale, le tout sans la moindre intention malveillante ou conspiration. Voyons-y plutôt le produit d’institutions centralisées à outrance, et d’une classe « savante » qui s’abreuve à une unique source… au risque d’errer si elle venait à se corrompre. [...]
L’art de penser vu par Jean-Baptiste Brenet
Au fond, qu’est-ce que penser ? Quels sont les divers modes de cette activité essentielle de l’homme ? Pour répondre à cette profonde et antique question, Jean-Baptiste Brenet puise dans la philosophie développée au Moyen Âge par les Arabes et les Latins dans le sillage d’Aristote. Professeur de philosophie médiévale et arabe à Paris I-Sorbonne, auteur de savants essais et d’érudites traductions de médiévaux, il nous invite dans ce livre à parcourir, de sa plume alerte, diverses réponses philosophiques, données au fil des siècles, qui nous donnent encore aujourd’hui à penser. [...]
Pierre de Lauzun : « On ne peut considérer la guerre en Iran comme une guerre juste »

Qu’est-ce que la géostratégie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ?

Parler de géostratégie dans le cadre de la géopolitique, c’est mettre l’accent sur la dimension stratégique. Qui dit pensée stratégique dit opposition de deux volontés ou plus, luttant pour l’emporter – éventuellement par la destruction ou au moins la neutralisation de forces adverses. Une telle opposition est la conséquence presque inévitable de la multiplicité des pouvoirs en présence, chacun gérant sa position par rapport aux autres sans connaître le fonds de sa pensée, et au risque d’être dominé.

D’où une difficulté majeure dans la recherche du bien commun. Alors que, dans le cas d’une autorité commune (notamment un pouvoir politique jugé légitime), on tente de résoudre la question en confiant un rôle ultime de recherche du bien commun à cette autorité, ici, c’est par définition impossible, puisqu’en général, elle n’existe pas ou n’a pas de force. Ce sont donc les acteurs eux-mêmes qui vont devoir chercher ce bien, au moins un certain bien, tout en tenant compte de l’incertitude créée par la volonté contraire qui leur fait face et qui peut être gravement dangereuse.…

Pascal Boyer : Sous le bulletin de vote, des millénaires d’évolution
Quel est le cadre général de vos recherches ?

Je travaille en anthropologie et en psychologie : mon travail consiste à essayer de comprendre comment notre évolution biologique nous a donné un équipement mental particulier, une sorte de boîte à outils, qui explique comment les êtres humains forment des familles, des groupes, des sociétés. C’est dans ce cadre que j’ai voulu expliquer en quoi notre psychologie, qui fait partie de notre nature humaine, explique les comportements politiques, même dans des sociétés de masse. [...]

L’Incorrect

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