Skip to content
Pierre Valentin : Autopsie de la Génération Z
Vous dites que le problème de la santé mentale, si prégnant dans la Gen Z, n’est pas tant psychiatrique que moral. Pourquoi ?

L’une des cassures nettes dans les courbes de la santé mentale de la génération Z date de la première moitié de la décennie 2010. Or, c’est précisément à ce moment-là qu’aux États-Unis elle a soudainement commencé à adhérer beaucoup plus vigoureusement à l’affirmation « la vie semble souvent dénuée de sens » dans les sondages. La jeunesse traverse fondamentalement une crise du sens, comme en témoigne le fait qu’ils se disent davantage en quête spirituelle que leurs aînés. De plus, quand on se rend sur le site de l’OMS pour voir comment définir cette « santé mentale », on a une définition qui s’étale sur une page entière, qui mentionne le rôle des inégalités, de l’enseignement, et le qualificatif de « droit fondamental de tout être humain » ne nous aide pas plus. Ce qui se présente initialement comme une tentative respectable de ne pas avoir une définition trop restreinte de la santé mentale s’est muée en une absorption de ce qui aurait jadis été appelé « la vie bonne », « la politique » au sens noble, ou « la vie de la cité ». [...]
Matthieu Lavagna : « L’archéologie moderne confirme de jour en jour la fiabilité historique des Évangiles »

Votre ouvrage s’intitule Les Évangiles disent-ils vrai ?. Quelle méthode employez-vous pour répondre à cette question que beaucoup considèrent strictement religieuse ?

La question de l’historicité des Évangiles relève avant tout de l’analyse historique, pas de la théologie. Pour essayer d’aborder ce sujet de manière objective, je me suis fondé sur un grand nombre de travaux d’universitaires spécialistes du Nouveau Testament et du christianisme antique (historiens, exégètes et spécialistes de la critique textuelle). Tous les historiens que je cite dans le livre ne sont évidemment pas croyants. Je me réfère également à des biblistes et historiens athées comme Bart Ehrman, que je cite abondamment. Même ce dernier concède que, du point de vue strictement historique, « les sources les plus anciennes et les meilleures que nous avons sur la vie de Jésus […] sont les quatre Évangiles du Nouveau Testament. Ceci n’est pas seulement le point de vue des historiens chrétiens ayant une haute opinion du Nouveau Testament et de sa valeur historique.

Palantir Technologies : la Silicon Valley au service de l’État
Palantir Technologies, l’énigmatique entreprise de défense cofondée par Peter Thiel, le conservateur le plus proéminent de la Silicon Valley, fascine. Avec son nom inspiré par Tolkien (dans Le Seigneur des Anneaux, le palantír est un globe qui permet d'observer des lieux distants dans l'espace et le temps), elle promet de mettre les récentes innovations du Big Data au service de l’armée américaine, alors que l’avenir de la course aux armements se jouera avant tout sur le front technologique. Dans The Technological Republic, Alexander Karp et Nicholas Zamiska, respectivement PDG et directeur des affaires corporatives de Palantir, lèvent le voile sur leur vision alternative de l’industrie numérique, à rebours d’un milieu réputé progressiste. [...]
Henri de Lubac : Pour l’Église
Henri de Lubac fut un des plus grands théologiens catholiques du dernier siècle. Entré à 17 ans dans la Compagnie de Jésus, il enseigna la théologie, écrivit de très nombreux livres (plus d’une quarantaine, sans compter une multitude d’articles), fut expert au Concile Vatican II, puis créé cardinal en 1983. À son œuvre magistrale, Michel Fédou, jésuite comme lui, offre une remarquable introduction, qui en balaye les principaux axes, avec maîtrise et didactisme. Quels sont les principaux apports de ce grand théologien jésuite ? Relevons-en quatre. [...]
Intelligence artificielle : de la servitude volontaire
« Pourquoi et comment résister à l’IA ? » Le sous-titre donne le ton et la thèse de ce nouveau livre de Gaultier Bès, essayiste et professeur de lettres, père de famille et membre d’un éco-hameau dans la Loire. L’essai est sans concession, pur de toute compromission : il faut résister à l’IA, absolument. D’une plume alerte, tantôt grave, tantôt ironique, nourrie de jeux de mots comme de références savantes, l’auteur nous interpelle sur le bouleversement multiforme que nous subissons depuis une poignée d’années, sous la pression des avancées technologiques liées à l’IA. D’où parle-t-il ? De sa vie d’homme, de père de famille, de citoyen, de professeur, lucide, inquiet, sans être désespéré. Il est un homme comme les autres, il ne donne pas de leçon, mais il tient son rôle d’éveilleur, d’interrogateur, de sceptique vis-à-vis de cette nouvelle religion qu’est la technolâtrie et de ses nouveaux dieux. [...]
Les Lumières sombres : voyage dans les eaux troubles de la réaction

Rares sont les librairies où l’ouvrage ne trône pas sur les étals, entre mille autres abhorrant le « techno-fascisme », avec un post-it fluo par lequel une lectrice nous avertit combien ledit ouvrage est « effrayant mais essentiel » pour comprendre qui sont les marionnettistes derrière la présidence Trump. En publiant Les Lumières sombres, un premier essai qui nous plonge dans les dédales de la « pensée néoréactionnaire », ceci en inaugurant une collection géopolitique lancée par Gallimard en partenariat avec Le Grand Continent, le jeune historien des idées Arnaud Miranda a réalisé un joli coup éditorial, à défaut d’un grand livre – la faute à un exposé certes intéressant et documenté, mais un peu scolaire et bien trop succinct pour couvrir le sujet comme il l’aurait fallu.

Recomposition des droites

Il faut dire que la question est complexe : comment rendre raison de ce courant radical et foutraque qui n’est pas une « école de pensée », mais plutôt une « constellation numérique » ?…

Peter Thiel : le mage de la Maison-Blanche
En mars dernier, sa descente dans la Ville éternelle, pour donner une série de conférences sur l’Antéchrist, a hérissé plus d’une soutane. Quelques mois plus tôt, sur invitation de la philosophe Chantal Delsol, il avait donné une semblable conférence à l’Académie des sciences morales et politiques, celle-ci étant un condensé de plusieurs interventions déjà données à San Francisco. À chaque fois, la même savante discrétion : réunion confidentielle, téléphones interdits, communication à peu près inexistante. Une stratégie marketing parfaitement rodée pour nimber de mystère des thèses un peu baroques et attiser un peu plus la curiosité : mais qui est donc le mage Peter Thiel ? [...]
Benoît Dumoulin : repenser la laïcité pour nous sauver
Il existe autant de définitions que d’affirmations, souvent contradictoires, sur la laïcité. Alors, qu’est-ce que la laïcité ?

Effectivement, rarement un tel concept n’a suscité autant d’affirmations contradictoires, la laïcité ayant une valeur constitutionnelle depuis 1946 mais n’étant pas définie par le droit français. Sur le plan philosophique, il y a deux conceptions de la laïcité : l’une par distinction, l’autre par soustraction. La première postule que l’ordre spirituel doit être distinct du temporel et assumé par des institutions qui n’en procèdent pas, car sa finalité est différente de la puissance étatique – il vise le salut des âmes là où l’État doit promouvoir le bien commun de la société – et ses moyens sont d’une autre nature que celle-ci – il agit par la persuasion là où l’État opère par la contrainte des corps. Il en résulte que la société doit reposer sur deux ordres, le temporel et le spirituel, qui s’équilibrent mutuellement. On ne se rend pas compte de la portée révolutionnaire d’une telle distinction : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le temporel ne peut plus prétendre exercer un magistère religieux sur les consciences. C’est la limite la plus forte apportée au principe d’auto-croissance infinie que porte en lui l’État quand il ne rencontre aucun contre-pouvoir.

À côté de cette laïcité par distinction, est apparue, beaucoup plus tard, une laïcité par soustraction : celle-ci vise à soustraire le religieux d’un espace afin qu’il reste l’apanage de tous et ne puisse devenir le lieu d’antagonismes religieux. C’est ainsi que la laïcité par soustraction a d’abord concerné l’État et ses agents à qui on a demandé de se dépouiller de tout symbole d’appartenance religieuse pour pouvoir représenter tous les citoyens dans une société pluraliste. Mais depuis quelques décennies, ce principe de soustraction tend dangereusement à glisser de l’État vers la société tout entière, comme en témoignent les diverses propositions pour interdire les signes religieux dans l’espace public. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest