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[Idées] Aux sources du complot
L’historien Edmond Dziembowski nous plonge dans les eaux bouillonnantes de la Révolution, et des mille théories du complot qui virent alors le jour pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Francs- maçons, illuminés, Anglais, Allemands, juifs, Necker, Orléans : chacun vit derrière les événements la main de son choix – et en des sens contraires. S’il mouille quelques sans- culottes (Robespierre contre la secte philosophique, Desmoulins contre l’argent de Pitt), l’auteur se penche surtout sur les contre- révolutionnaires, et c’est logiquement Augustin Barruel qui essuie les coups, lui qui écrivit : « Dans cette Révolution française, tout jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué. » [...]
[Idées] Drôlerie contre idolâtrie
Un titre savoureux, une préface de Rémi Brague, Les Illusions dangereuses ont de quoi séduire. Plus qu’un précis d’analyse des idéologies nouvelles, cet essai place le combat intellectuel auquel notre époque fait face sur le plan métaphysique et spirituel. Mélangeant les tons critiques et apologétiques, Jean-Philippe Trottier, philosophe et journaliste, dresse une synthèse sans équivoque des idéologies LGBT+, woke, et de tous les avatars de la cancel culture. Plutôt que de les reléguer au rang de simples délires irrationnels et démagogiques, l’auteur les prend au sérieux et présente ces mouvements comme les héritiers d’un rationalisme désincarné et d’un essentialisme libertaire. [...]
Le péril Tristane Banon
Le Péril Dieu est un titre mensonger, puisque la journaliste Tristane Banon ne consacre qu’une partie de son essai à la religion. Principalement les trois premiers chapitres, écrits façon Wikipédia, qui nous enseignent que les trois monothéismes sont fondés sur des principes patriarcaux et que même Aristote et Platon sont d’insupportables machistes. Inutile de dire que calquer les principes modernes de parité sur les propos du Stagirite relève de l’escroquerie intellectuelle. Pour le reste, on est en terrain connu et on a l’impression de lire une rédaction féministe conçue par Chat GPT. Le vrai sujet du livre (le rapport fondateur entre monothéisme, invention du capitalisme et appareil de production – c’est-à-dire corps de la femme) est malheureusement évacué assez vite – sans doute Banon s’est-elle rendu compte que pour déflorer un tel argument, il fallait s’aventurer sur des terres autrement plus philosophiques que cet ersatz de sociologie-bonbonnière. Au final, Le Péril Dieu se contente d’aligner de très courts chapitres qui reviennent sommairement sur les petits débats sociétaux du moment, avec en toile de fond cette tentative candide de mettre les religions face à leurs responsabilités. [...]
[Idées] Giorgio Locchi : le mythe surhumaniste
Romain, élevé chez les Pères et docteur en philosophie du droit, Giorgio Locchi se tourne vers le journalisme et devient en 1957 correspondant du quotidien conservateur italien Il Tempo à Paris. Après la fin de la guerre d’Algérie, il fréquente l’équipe de la revue Europe Action puis le G.R.E.C.E. d’Alain de Benoist et Nouvelle École à laquelle il collabore jusqu’en 1979. C’est à lui que l’on doit l’intérêt pour la Révolution conservatrice allemande en France. Il prend dès le début des années 1980 ses distances avec la politique qui passionnait alors ses amis de la ND. En 1982, il fait paraître en Italie son Wagner, Nietzsche et le mythe surhumaniste, que l’on publie enfin dans sa traduction française. [...]
Rémi Brague : « Certains intellectuels admirent en pays d’islam des modes de vie qui leur feraient horreur si l’on prétendait les leur imposer »
L’islam comporte des prescriptions rituelles et juridiques comme dans le judaïsme mais avec une portée universelle comme dans le christianisme. Est-ce la cause du choc culturel qui se produit nécessairement quand il rencontre d’autres cultures ? Il faudrait commencer par se demander pourquoi l’on ne se refuse à chercher l’essence d’une religion que dans le cas de l’islam. Il existe des livres sur l’essence du christianisme ou sur l’essence du judaïsme – c’est leur titre. Ce dont il faut se garder, c’est de confondre les quatre sens du mot « islam » que j’ai essayé de distinguer : l’attitude fondamentale de soumission à Dieu, la religion de Mahomet avec ses croyances et ses règles (les « cinq piliers »), la civilisation du monde islamisé, et enfin les populations habitant ledit monde. Pour qui confond les deux premières significations, l’islam comprend les autres religions comme des trahisons par rapport à l’attitude originelle, et même antérieure à la création, de reconnaissance de la souveraineté exclusive d’Allah. La scène figure dans le Coran (VII, 172). De ce point de vue, tout non-musulman est objectivement un apostat ou un amnésique. Au fond, il n’y a sur terre que des musulmans, soit conscients, soit oublieux. Adhérer à l’islam est donc moins une conversion qu’une reconversion. [...]
Les wokes passent à la casserole
Ce fut une très salutaire réaction du monde académique que l’organisation en janvier 2022, par le Collège de Philosophie et l’Observatoire du décolonialisme, du colloque dit « contre le wokisme » dont l’objet était de diagnostiquer et de répondre aux assauts devenus systémiques, pour reprendre leur terme, du « déconstructionnisme » contre la connaissance. Organisé par Xavier-Laurent Salvador, Pierre-Henri Tavoillot et Emmanuelle Hénin, introduit par les propos mielleux d’un Jean-Michel Blanquer dont il faut toutefois saluer le courage, il réunissait une cinquantaine d’intellectuels dont quelques-uns des esprits les plus aiguisés de l’université française : citons pêle-mêle Pierre-André Taguieff, Dominique Schnapper, Pierre Vermeren, Olivier Rey, Pierre Manent ou Jean-François Braunstein. Ordre du jour : sauver l’esprit critique des études critiques. [...]
[Idées] André Gorz face à la modernité
Inconnu pour certains, marxiste invétéré pour d’autres, André Gorz n’est « pas un maitre à penser » mais bien un « auteur de combat » assure Sylvain Monnier. L’enseignant-chercheur signe un ouvrage croisant la vie éprouvée de Gorz, né Hirsch en Autriche, et la genèse d’une pensée évolutive qui syncrétise, entre autres, marxisme et existentialisme. Que l’on ne s’y méprenne pas, si Gorz « est indubitablement un penseur de gauche, il n’a rien d’un marxiste orthodoxe ni d’un socialiste de bon ton ». Reste l’omniprésence de la dialectique de l’aliénation dans le travail, que Gorz ne cherche toutefois pas à éradiquer mais à restaurer comme « autopoïèse de l’humanité », c’est-à-dire en vue de l’accomplissement libre de l’homme. Clairement anticapitaliste, sa critique du travail dépasse le matérialisme marxiste qui fait fi des dimensions culturelle et spirituelle de l’homme. [...]
Penser la justice avec Michael Sandel
Parmi les grands critiques contemporains du libéralisme, Michael Sandel occupe à n’en pas douter une place de choix. Son grand œuvre : avoir porté un coup très sévère à la neutralité libérale – cette idée au fondement de la modernité d’après laquelle il faut laisser les sujets libres et indépendants choisir leurs propres finalités, de sorte que la société doit être gouvernée par des principes de justice purement procéduraux qui ne présupposent aucune conception particulière de la vie bonne. Le juste précèderait le bien. Parmi d’autres, John Rawls déclina politiquement ce libéralisme déontologique d’inspiration kantienne dans sa Théorie de la justice (1971). [...]

L’Incorrect

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