Inconnu pour certains, marxiste invétéré pour d’autres, André Gorz n’est « pas un maitre à penser » mais bien un « auteur de combat » assure Sylvain Monnier. L’enseignant-chercheur signe un ouvrage croisant la vie éprouvée de Gorz, né Hirsch en Autriche, et la genèse d’une pensée évolutive qui syncrétise, entre autres, marxisme et existentialisme.
Que l’on ne s’y méprenne pas, si Gorz « est indubitablement un penseur de gauche, il n’a rien d’un marxiste orthodoxe ni d’un socialiste de bon ton ». Reste l’omniprésence de la dialectique de l’aliénation dans le travail, que Gorz ne cherche toutefois pas à éradiquer mais à restaurer comme « autopoïèse de l’humanité », c’est-à-dire en vue de l’accomplissement libre de l’homme. Clairement anticapitaliste, sa critique du travail dépasse le matérialisme marxiste qui fait fi des dimensions culturelle et spirituelle de l’homme.
Lire aussi : Étienne Gilson, thomiste intégral
Contemporain et adepte de Sartre, Gorz surprend par une conception classique de la liberté qui admet une critique indirecte du droit-de-l’hommisme. S’il souligne habilement l’absurdité de l’État-Providence comme désordre dans la répartition même des tâches, il persiste dans une perspective existentialiste angoissée par la réappropriation de soi.
Face aux impasses de la modernité – à laquelle il appartient pourtant –, Gorz propose un éco-socialisme anthropocentré : la défense de l’environnement n’est recevable que parce que l’homme y vit, et ne saurait être spolié par la nature. Pour s’extraire de la promesse consumériste de survie et de nécessité, Gorz entend agrandir la sphère de la liberté, « c’est-à-dire les activités autonomes, collectives ou individuelles, ayant leur but en elles-mêmes ». Sylvain Monnier résume ce qui fait la difficulté majeure de la démocratie pour Gorz : conjuguer les impératifs de « l’écosystème » compris par des individus qui embrassent eux-mêmes leur propre finalité.
L’entreprise semble audacieuse et les moyens flous ; aux détracteurs qui fustigent son optimisme, Gorz accuse une vision trop centrée sur le court terme… À travers la vie et la pensée de Gorz, Sylvain Monnier offre une autopsie édifiante de la modernité et de ses absurdités, qui, si elle pointe de justes désordres, peine à dépasser une lecture encore socio-économique dont les limites décrédibilisent le réalisme du projet d’André Gorz.

Éditions de l’Escargot, 96 p., 14 €





